LE PRINTEMPS
Déjà les nuits d'hiver, moins tristes et moins sombres,
Par degré de la terre ont éloigné les ombres ;
Et Tastre des saisons , marchant d'un pas égal ,
Rend au jour moins tardif son éclat matinal ;
Avril a réveillé l'aurore paresseuse ;
Et les enfants du Nord, dans leur fuite orageuse.
Sur la cime des monts ont porté les frimas.
L'astre heureux des beaux jours, levé sur nos climats.
Des chaînes de l'hiver affranchit ces rivages,
Rajeunit les coteaux, les monts et les bocages.
Fait verdir le gazon qui rit au bord des eaux ,
Et prépare les champs à ses bienfaits nouveaux ;
L'hirondelle revient, et dans son vol agile
Retourne avec ses fils à son champêtre asile;
Le doux gazouillement de l'oiseau voyageur
Anime et réjouit le toit du laboureur;
Et les bosquets joyeux, dès qu'ils l'ont vu paraître,
En chœur ont salué le printemps qui va naître.
Je ne reconnais plus l'aspect de ce vallon,
Où roulaient les torrents, où grondait l'Aquilon;
Ni ces chênes en deuil , qui voyaient sur leur tête
S'amasser les frimas, éclater la tempête.
La sève, emprisonnée en ses étroits canaux,
S'élève, se déploie et s'allonge en rameaux;
La colline a repris sa robe de verdure ;
J'y cherche le ruisseau dont j'entends le murmure;
Dans ces buissons épais, sous ces arbres touffus, J'écoute les oiseaux, mais je ne les vois plus. Tandis que chaque jour une pluie odorante Tombe d'un ciel d'azur sur la plaine riante. L'humide perce-neige émaille les gazons , Et les arbres en fleurs blanchissent les vallons ; L'or brillant du genêt couvre l'humble bruyère ; Le lis, roi des jardins, lève sa tête altière. L'épi, cher à Cérès, sur sa tige élancé, Cache l'or des moissons dans son sein hérissé; Et l'aimable Espérance, à la terre rendue. Sur un trône de fleurs du ciel est descendue.
Dans un humble tissu longtemps emprisonné ,
Insecte parvenu, de lui-même étonné.
L'agile papillon , de son aile brillante ,
Courtise chaque fleur, caresse chaque plante;
De jardin en jardin , de verger en verger,
L'abeille en bourdonnant poursuit son vol léger ;
Le zéphyr qui s'éveille au bord des flots limpides
Effleure la prairie et les gazons humides ,
Et, ranimant ses fleurs, il dépose en leur sein
La fraîcheur de la nuit, les parfums du matin.
De l'aube radieuse aimable messagère ,
Loin de l'humble sillon , l'alouette légère
Va saluer le jour, et dans l'azur des cieux
Fait éclater la nue en sons mélodieux ;
Des épaisses forêts cherchant l'asile sombre,
Le merle au bec doré vole et siffle dans l'ombre ;
Le corbeau sur les monts, dans leurs bois renaissants,
Semble adoucir sa voix et ses rauques accents;
Des passereaux ardents l'innombrable famille
Fait résonner au loin la bruyante charmille.
(r«I»TEMI'S d'uV rftOSCHIT.)
i16 JOSEPH 'FRANÇOIS MICHAUD.