LE CURÉ DE VILLAGE
Quelquefois le hameau, que rassemble un saint zèle, Au Dieu dont il chérit la bonté paternelle. Vient, au milieu des nuits, offrir, au lieu d'encens. Les vœux de l'innocence et les fleurs du printemps ; L'écho redit aux bois leur timide prière.
Hélas! qu'est devenu l'antique presbytère.
Cette croix, ce clocher élancé vers les cieux.
Et du temple sacré l'airain religieux.
Et le saint du hameau, dont le vitrail gothique
Montrait l'éclat pieux et l'image rustique?
Ces murs où de Dieu même on proclamait les lois.
D'un pasteur révéré n'entendent plus la voix.
Des paroles du ciel vénérable interprète ,
Le pasteur a quitté sa modeste retraite.
Et, du sein des forêts, veille sur son troupeau.
Chaque jour rappelé par les vœux du hameau ,
Le Fénelon rustique, aux fêtes solennelles.
Vient visiter encor ces campagnes fidèles ;
Dans ces champs attristés, dans ce vallon désert.
Il arrive, et le ciel à sa voix s'est ouvert.
Sans se montrer armé du terrible anathème.
Le ministre d'an Dieu paraît un dieu lui-même.
Ses divines leçons, son exemple touchant,
Rendent l'espoir au juste et la crainte au méchant;
Sous un toit écarté, mystérieux asile.
Sur le tronc d'un vieux chêne, orné de l'Evangile,
JOSEPH-FRANÇOIS MICHAUD. i\l
Il reçoit les serments des époux du hameau; Au vieillard expirant il ouvre un ciel nouveau. Le vieillard, qui sourit à cette image auguste, Présente aux coups du sort le front calme du juste; Et voit, sans être ému, le trépas s'avancer. Comme la fin d'un jour qui va recommencer.
Mais déjà l'homme saint, entraîné par son zèle. Obéit à la voix de son Dieu qui l'appelle : Il part, il cherche ailleurs des cœurs à soulager. Des dangers à courir, des maux à partager. Il erre au sein des bois... 0 nuit silencieuse. Prête ton ombre amie à sa course pieuse' S'il doit souffrir encore , ô Dieu ! sois son appui ; C'est la voix du hameau qui t'implore pour lui. De ses bourreaux qu'aveugle une rage inhumaine, Que sa vertu du moins désarme enfin la haine. Aux cachots échappé, vingt fois chargé de fers, Il prêche le pardon des maux qu'il a soufferts ; Et chez l'infortuné qui se plaît à l'entendre. Il va sécher les pleurs que d'autres font répandre : En fuyant à travers ces fertiles vallons , Pauvre et sans espérance , il bénit les sillons ; Seul au courroux céleste il s'offre pour victime ; Et dans ce siècle impie où règne en paix le crime , Lorsqu'un destin cruel nous condamne à souffrir, Il nous apprend à vivre, et nou-^ aide à mourir.
(Pbimtemps d'uh pkosckjt.)