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FIN D'UNE BELLE JOURNÉE DE PRINTEMPS

Mais, tandis qu'à regret je quitte ces demeures,

Entraînant dans son cours le char léger des Heures,

1/astre brûlant du jour s'incline vers les monts,

Et Zéphire, endormi dans le creux des vallons.

S'éveille, et, parcourant la campagne embrasée.

Verse sur le gazon la féconde rosée ;

Un vent frais fait rider la surface des eaux.

Et courbe, en se jouant, la tête des roseaux.

Déjà Tombre s'étend : ô frais et doux bocages!

Laissez - moi m'arrêter sous vos jeunes ombrages ,

Et que j'entende encor, pour la dernière fois,

Le bruit de la cascade et les doux chants des bois.

De la cime des monts tout prêt à disparaître,

Le jour sourit encore aux fleurs qu'il a fait naître;

Le fleuve, poursuivant son cours majestueux.

Réfléchit par degrés sur ses flots écumeux

Le vert sombre et foncé des forêts du rivage.

Un reste de clarté perce- encor le feuillage;

Sur ces toits élevés, d'un ciel tranquille et pur.

L'ardoise fait au loin étinceler l'azur ;

Et la vitre embrasée, à la vue éblouie

Offre à travers ces bois l'aspect d'un incendie.

J'entends dans ces bosquets le chantre du printemps :

L'éclat touchant du soir semble animer ses chants.

Ses accents sont plus doux et sa voix est plus tendre;

El, tandis que les bois se plaisent à l'entendre.

Au buisson épineux, au tronc des vieux ormeaux,

La muette Arachné suspend ses longs réseaux ;

L'insecte que les vents ont jeté sur la rive

Poursuit, en bourdonnant, sa course fugitive :

Il va de feuille en feuille, et, pressé de jouir.

Aux derniers feux du jour vient briller et mourir.

La caille, comme moi, sur ces bords étrangère.

Fait retentir les champs de sa voix printanière ;

Sorti de son terrier, le lapin imprudent

Vient tomber sous les coups du chasseur qui l'attend ;

Et par Tombre du soir la perdrix rassurée

Redemande aux échos sa compagne égarée.

Quand la fraîcheur des nuits descend sur les coteaux.

Le peuple des cités court oublier ses maux

Dans ces brillants jardins, sous ces vastes portiques

Qu'embellissent des arts les prestiges magiques.

Li, cent flambeaux, vainqueurs des ombres de la nuit.

Renouvellent aux yeux l'éclat du jour qui fuit ;

Li, le salpêtre éclate, et la flamme élancée.

En sillons rayonnants dans les airs dispersée,

Remplit tout l'horizon, s'élève jusqu'aux cieux,

Tonne, brille, et retombe en globes lumineux;

Tantôt elle s'élève en riches colonnades.

Tantôt elle jaillit en brillantes cascades;

Et tantôt c'est un flejve, un torrent orageux.

Qui roule avec fracas son cristal sulfureux ,

Mais à ce luxe vain , oh ! combien je préfère

Cette pompe du soir dont brille l'hémisphère,

Ces nuages légers l'un sur l'autre entassés.

Et sur l'aile des vents mollement balancés!

L'imagination leur prête mille formes ;

Tantôt c'est un géant, qui, de ses bras énormes.

Couvre le vaste Olympe, et tantôt c'est un dieu

Qui traverse l'éther sur un trône de feu.

i20 JOSEPH -FRANÇOIS MICHAUD.

La ce sont des forêts dans le ciel suspendues.

Des palais rayonnants sous des voûtes de nues ;

Plus loin mille guerriers, se heurtant dans les airs.

De leurs glaives d'azur font jaillir les éclairs.

Que j'aime de Morvcn le barde solitaire !

Quand le brouillard du soir descend sur la bruyère.

Assis sur la colline où dorment ses aïeux,

Il cbante des héros les mânes belliqueux.

Dans l'humide vapeur, sur ces bois étendue.

L'ombre du vieux Fingal apparaît à sa vue;

Le vent du soir gémit sous ces saules pleureurs !

C'est la voix d'ilhona qui demande des pleurs.

Ces antiques forêts , leurs mobiles ombrages ,

L'aspect changeant des lacs, des monts et des nuages.

Rappellent à son cœur tout ce qu'il a chéri.

Oh ! qui pourra jamais voir sans être attendri

L'éclat demi- voilé de l'horizon plus sombre.

Ce mélange confus du soleil et de l'ombre ,

Ce combat indécis de la nuit et du jour.

Ces feux mourants épars sur les monts d'alentour.

Ce brillant occident où le soleil étale

Sa chevelure d'or et sa robe d'opale.

Ce ciel qui par degrés se peint d'un gris obscur.

Et le jour qui s'éteint sous un voile d'azur ?

(P&IKTEliPS d'vS r&OSCRlT.*)

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