FRAGMENT D'UNE EPITRE A CASIMIR DELAVIGNE
Quand Toiseau du printemps, dans nos bois amoureux, Fait redire aux échos des sons harmonieux, La fauvette ignorée, au timide ramage.
Ose à peine chanter dans le fond du bocage ; Ainsi, lorsque ton luth, par de mâles accords. Fait entendre des sons inconnus sur nos bords, 0 Lavigne! ma Muse, à tes chants attentive. N'élève qu'en tremblant sa voix jeune et craintive.
Eh! qui suivra jamais, en son vol audacieux. L'aigle aux ailes de feu , s'élançant vers les cieux ? Ah! toi seul, ami, toi d'une céleste flamme Entourant tes vertus et nourrissant ton âme. Dans un brûlant essor des mortels ignoré, Toujours nous t'avons vu chercher la vérité : Comme l'aiglon puissant de la roche sauvage, A travers le brouillard, ou l'éclair du nuage. Nous t'avons vu, jeune aigle, à l'ongle déchirant, T'élancer l'œil en feu de ton giron sanglant; Nous avons vu soudain, inhabile à combattre, Sous les coups de ton bec le serpent se débattre , A tes cris menaçants les oppresseurs pâlir. Et l'ingrate Albion se voiler pour gémir. De la Grèce au cercueil , ils ont frappé l'oreille ; Sous ses fers je la vois qui s'agite et s'éveille... La vengeance a brillé dans son œil irrité. Elle a saisi le glaive et redit : Liberté!
io^ FRANÇOIS BLANC.
Liberté ! la voilà plus brillante et plus belle ,
Reprenant à Sainos sa couronne immortelle!
Des créneaux de Corinthe aux champs de Marathon ,
Les Grecs ont invoqué l'exilé d'Albion ' ;
« Qu'il prélude, ont -ils dit, qu'il chante la victoire!
Grèce! hélas! il n'est plus, il a prédit ta gloire...
Ah! regrettez sa vie et donnez -lui des pleurs,
Soldats de l'Eurotas! mais calmez vos douleurs;
Vainqueurs, que voulez -vous de sa vertu guerrière?
Votre Achille n'est plus, il vous reste un Homère!
Comme l'autre, il n'a pas, pour chanter vos exploits. Quitté le sol natal et la rive des rois ; Mais, demi -dieu nourri dans un pays de braves, Naguères on l'a vu chez les peuples esclaves , Paraître tour à tour, et par de fiers accents , Réveillant la valeur, menaçant les tyrans. Des rives d'Ausonie aux murs de Mantinée, Invoquer tous les dieux, pour la Grèce opprimée. 0 Grecs! ne pleurez plus le poète guerrier! Apollon en partant a légué son trépied. Qu'attends- tu pour céder au charme qui t'attire? Où sont les hymnes saints de ta brillante lyre, 0 Lavigne! entends -tu? pour chanter ses enfants La Messène chrétienne a réclamé tes chants ; De Parthénope aux fers, déesse fugitive, La Vierge d'Ipsara se lève encor plaintive. De ses habits de sang dépouille les lambeaux , Et retrouve sa gloire au fond de ses tombeaux...
* Lord Dyron.