UN LIS AU DESERT
POÉSIB INKDITK *
A Tonibre des forêts alpines , Au flanc du rocher inconnu, Près des sauvages aubépines , Parmi la ronce et les épines , Beau lis, comment es- tu venu?
Si loin de ta rive natale
Tu croîs pourtant, fleur du vallon!
Et ton parfum plus doux s'exhale ,
Et ta tunique virginale
N'a pas soufi'ert de l'aquilon.
Dans Tombre et la forêt charmée.
Au sein d'un vert buisson de houx.
Tu grandis, ô fleur parfimiée, Comme une vierge trop aimée Que surveille un amant jaloux.
Le buis et Tépine acérée Gardent tous ces sentiers déserts , Et de ta retraite ignorée Nul ne connaît l'ombre sacrée Que la bribc et Toiseau des airs.
'Celte piècfi nous a ('tO communiquée par M. Louis Pillet, avocat à Cliambëry,
N'entends -tu pas, quand la nuit sombre Jette au ciel son manteau d'azur Où brillent des perles san>< nombre, Le rossignol, ami de l'ombre, Soupirer un chant doux et pur?
Les étoiles, ô fleur sauvage.
Te versent leurs célestes pleurs.
Et, livrant la rose au veuvage, Bulbul s'oublie à ce rivage A te murmurer ses douleurs !
Tu l'écoutés, belle exilée.
D'abord pensive et sans dessein ; Mais quand fuit la nuit étoilée, On voit une larme perlée, 0 fleur, s'échapper de ton sein.
L'BTRANGÈRB
FAAGKBIITS IHBDITS *
Oh! chante- moi, disait cette fille étrangère, Un de ces refrains d'or à la rime légère , Qu'on exhale en soupirs sur le sein bien -aimé; Pourquoi songer toujours à la patrie absente ? La patrie est partout où la femme est charmante , Et le vin doux et parfumé!
Cette pièce nous a été communiquée par Mme Veyrat.
— Non, lui dis-je ; au chasseur, il lui faut la montagne, Au simple enfant des monts une simple compagne ;
Je suis enfant de ceux qui boivent aux torrents. Ma cabane est auprès de la sombre avalanche. Nos femmes ont le cœur comme la neige blanche, Nos fils sont robustes et grands !
— Oh! conduis -moi là -bas sous ta roche sauvage; L'air de Paris me pèse et j'aime ton rivage Depuis que tu m'as dit qu'il était triste et beau ? Dis-moi l'air du chasseur a l'allure hardie, Dis-moi l'air du pêcheur, j'aime sa mélodie
Semblable au murmure de l'eau.
— L'air du chasseur est pâle ailleurs qu'à la montagne , Le chant du iac est dur qu'aucun vent n'accompagne ! Restez dans les cités , ô reine des salons !
Vos pieds se briseraient au sol de ma patrie ; Le vent de nos glaciers vous eut bientôt flétrie , Fleur craintive des aquilons !
— Bois dans ma coupe, enfant des tristesses sauvages. Bois!... notre vin de France est le roi des breuvages, La femme de Paris la reine des beautés ;
Celles de ton pays ont des âmes de glace. Que veux -tu? n'as -tu pas mon bras nu qui t'enlace? Un sein brûlant de voluptés?...
— Il croît dans mon pays une fleur merveilleuse ; Elle lève au matin sa tète radieuse ,
i88 JEAN- PIERRE VEYRAT.
Tourne avec le soleil et le suit lentement ; Tant qu'un rayon d'amour éclaire la journée. Elle vit, puis s'incline et meurt découronnée Quand a fui son céleste amant!...
Ah! doute si tu veux! moi, je crois et je t'aime; Je crois à ce moment, il est le bonheur même; Il s'échappe, qu'importe, il renaîtra toujours : Tous les parfums sont doux , toutes les fleurs sont belles , Suaves au matin , mais toutes sont mortelles ! Le seul immortel, c'est l'amour!...
Si vous saviez , au fond d'une combe ignorée A grandi sous mes yeux une fille adorée ; Comme vous elle avait des yeux pleins de langueur ; Un rare éclair brillait sur sa longue paupière. Mais il portait en lui son âme tout entière Et mettait à nu tout son cœur.
Son pied, sans se tacher, eût marché dans la fange; Son beau front accusait l'ignorance de l'ange ; Elle ne connaissait rien du siècle, et jamais Sa pensée en jouant, rieuse et vagabonde. N'effleura les sentiers où s'agite le monde, C'est pour cela que je l'aimais !...
Seulement elle avait au fond de son cœur vierge Un sentiment divin
Mystérieux secret de prière et d'amour , Elle était belle aussi, belle à tenter un ange Quand sa prière au ciel s'élevait sans mélange Sur le dernier rayon du jour!