SOUVENIR
Je suis venu , moi , triste et plein d'alarmes , Revoir les lieux de mon premier bonheur !
— Coulez encor, coulez toujours, mes larmes. Seules du moins vous consolez mon cœur !
J'ai sous les yeux une rose chérie , Un souvenir de mon premier amour •
— D'hier éclose, elle est déjà flétrie;... Mon rêve aussi n'a duré qu'un seul jour !
Et la nature est toujours aussi belle.
Et le rosier produit toujours des fleurs,
Et l'oiseau chante,... et rien n'est changé qu'elle!
Coulez encor, coulez toujours, mes pleurs.
Lyon, 8 juin 1833.
BENOIT TRUFFET
Benoît Truffet, né à Rumilly le 29 octobre 1812, embrassa la carrière ecclésiastique. Il occupa pendant dix ans la chaire de rhétorique au collège de Pont-Beauvoisin, et fut nommé successivement membre agrégé de la société savante de Grenoble et correspondant de l'Académie de Savoie.
Il entra ensuite aux missions étrangères, fut consacré à Paris le 25 janvier 1847, dans l'église de Notre -Dame -des -Victoires, sous le titre d'évêque de Gallipolis, et fut nommé immédiatement vicaire apostolique de l'Afrique occidentale. Il s'embarqua à Bordeaux le 18 avril de la même année, et arriva le 7 mai suivant à Dakan (Guinée). Après quelques mois
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de séjour sous ce ciel brûlant, il tomba malade et mourut le 23 novembre, à l'âge de trentecinq ans.
Pendant son séjour en Savoie, Benoît Truffet se fit remarquer par ses travaux littéraires. Il publia un ouvrage assez remarquable sous le titre de Vltalie ou une Conversion au xixo siècle, vol. in-S» (Paris, bureaux de la Revue catholique). Il donna plusieurs articles intéressants et des pièces de vers au Courrier des Alpes et à fAllobroge, revue scientifique et littéraire qui se publiait à Grenoble. Il a laissé en manuscrit une Histoire des sanctuaires du Dauphiné et de la Savoie.
Comme bien Ton pense, l'idée profane est entièrement exclue de la poésie de B. Truffet, et, pour la bien juger, il ne faut pas perdre de vue qu'elle sort d'une plume éminemment religieuse , et pour laquelle l'idéal le plus parfait ne réside que dans les régions du pur esprit.
Parfois, cependant, des accents mâles et patriotiques se font entendre au milieu des chants du poète évangélique, qui, lui aussi, veut évoquer le souvenir des gloires anciennes de son pays natal.
BENOIT TRUFFET. i95