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LE LAC DE GENÈVE

Le jour 'déjà vient de s'éteindre Sur les aiguilles du Mont-Blanc; La lune qui commence à poindre.

De sa pâle lueur va teindre Les flots bleuâtres du Léman.

Accours, suis- moi vers le rivage :

La barque est prête dans le port :

Le ciel ce soir est sans orage , C'est comme un beau front sans nuage Ou l'œil d'un enfant qui s'endort.

Sur ces coteaux où les ténèbres

Ne tombent jamais qu'à regret,

Que de noms à jamais célèbres!

Quels chants d'amour! quels cris funèbres

Que de lauriers, que de cyprès!

Ici riait, causait Voltaire, Sous l'œil de la postérité.

Tandis que , géant littéraire , 11 livrait la France légère Au vent de l'incrédulité.

Là , victime de son génie , Rousseau maudissait son destin.

Et, donnant le change à sa vie.

Portait dans l'âme de Julie Le feu qui dévorait son sein.

Plus loin, sous la verte colline Byron promenait ses douleurs.

Sous leur poids sa tête s'incline.

Sa voix infernale ou divine Déchire ou fait battre nos cœurs.

Contemple ce bois funéraire Et ce château couvert de deuil :

Une femme y vécut naguère; L'amour gémit sur sa poussière , La gloire embrasse son cercueil.

Ainsi sur ces nobles rivages Partout surgit un souvenir; D'autres viendront avec les âges ; Le passé sous ces beaux ombrages Répond assez de l'avenir .

Viens donc : jamais pèlerinage Ne f'it plus fait pour te charmer, Et nous dirons sur chaque plage :

« S'ils ont seuls la gloire en partage , « Plus qu'eux au moins, sachons aimer. »

Juillet i8a4-

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