‹ Les poètes de la SavoieChapitre 44 sur 89 · LA SOURCE DU SALÈVK · texte numérisé non relu

LA SOURCE DU SALÈVK

Au pied de Taride Salève,

Dont la cime fière s'élève

Comme un fort aux créneaux hautains,

Il est une source limpide

Dont on aime, d'un œil avide,

A suivre les divers destins.

D'abord timide à sa naissance.

Presque sans bruit l'onde s'avance Sur un lit de cailloux épars; Telle au sortir du. monastère La vierge à la démarche austère Veut échapper à nos regards.

Mais bientôt, trouvant une pente, A travers les champs Teau serpente En reflétant les feux du jour.

Semblable à la vive bacchante.

Qui, sous le dieu qui la tourmente, Fait éclater ses chants d'amour.

Que j'aime ce tapis de mousse Où le flot, qui soudain rebrousse Dans son léger cours arrêté , S'étend comme une nappe blanche, Comme un flocon de l'avalanche Que détache un souffle d'été !

Du sommet d'un tertre élancée.

Ailleurs la source courroucée Tombant en bouillons écumants, S'élève en brillante poussière Et flotte comme la crinière D'un coursier qui brave les vents.

Quelquefois, sous un vert feuillage Qui la couvre de son ombrage.

L'onde disparaît à nos yeux ; Dans l'ombre ainsi d'une retraite.

L'âme, que le monde inquiète, Se cache pour songer aux cieux.

0 source pure, onde chérie, Vers cette lointaine prairie Garde -toi de hâter ton cours; Là -bas est un abîme immense, Où ta passagère existence Ira se perdre pour toujours.

Au sein de l'humide surface

En vain Ton chercherait ta trace ;

Ton nom même aurait disparu

Comme celui de la bergère

Qui meurt dans la ville étrangère

Où son cercueil est inconnu.

Juillet 1832.

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