LA PERCÉE DU MONT CENIS FRAGMENTS
Ce dogme *, je le sais, ne manque pas d'apôtres; Mais ces fervents suspects qui le prêchent aux autres , En proclamant si fort ce mot libérateur. Osent -ils avouer son adorable auteur?
Celui qui , s'immolant pour notre délivrance , Le premier prononça ces mots d'indépendance : « Comptez avec César, car vous ne lui devez Qu'à raison des bienfaits que vous en recevez. Enfants d'un même Dieu, petits dans la prière, Au juge des seigneurs vous direz : Notre Père. Frères, serrez vos rangs, ne faites qu'un de tous : Quand vous serez unis, je serai parmi vous. » Dis, contempteur du Christ et de son sanctuaire, Et du saint Evangile impudent plagiaire. Que faisais- tu jadis lorsque le Roi des rois Appendit notre charte aux deux bras de la croix? Tu n'étais pas, dis -tu; mais ces doctes sectaires Dont tu veux revêtir les livides suaires , Avant l'heure où Jésus sauva l'humanité'. Avaient-ils pu rêver cette fraternité?
Vous vantez vos progrès ; où sont les nouveaux sages ? Qu'enseigne la raison à ces peuples sauvages
La fralornilé.
Chez qui Thorarae opprimé n'invoque pas encor Les foudres du Sina, les rayons du Thabor? C'est la croix qui du cirque a chassé les panthères : Où rhomme fait ses dieux , il dévore ses frères ; Cette terre où Tlndou trafique ses pareils. Pour la philanthropie et toutes vos lumières. N'a pas depuis Adam compté moins de soleils. Mais des erreurs d'autrui pourquoi faire un exemple ? Nous n'avons que trop vu, sans remonter bien haut. Que la fraternité préside l'échafaud.
Quand la raison humaine est adorée au temple... L'impiété s'apprête à de nouveaux combats ; Déjà son pavillon nous suit comme un corsaire. Eh bien! vous qui dormez dans la barque de Pierre, Levez -vous et jetez le cri de branle -bas!
Chrétien, triomphe ou meurs sous ta noble bannière; Hommes, serrez les nœuds de la fraternité ; Défendez vos autels, car dans le sanctuaire Est le code vivant de votre liberté.
0 liberté! liberté sainte!
N'as- tu vaincu tes contempteurs
Que pour étouffer sous l'étreinte
De tes impurs adorateurs?
A-t-on jeté le sort sur ta candide étole. Et, par la trahison d'un disciple imposteur, Dois -tu passer, ainsi que ton divin auteur. Du roi qui te flagelle au peuple qui t'immole? Non, sainte liberté, tu ne failliras pas; La parole du Christ t'engendre des soldats ; Car brame ou paria qu'a touché le saint chrome Devient ton défenseur au sortir du baptême. Les peuples, ralliés autour de ton drapeau. Sous le divin pasteur vont n'être (ju'un troupeau.
â42 MARGUERITE CHEVRON.
Muses, pour Tabriter sous l'aile pastorale, Ouvrez du Vatican la porte occidentale; Que sous le mont Cenis la vapeur et le rail Servent pour le conduire à l'unique bercail Et, si cette barrière à sa base aplanie Doit être un témoignage au moderne génie. Que son cintre massif dans les airs projeté Soit un arc de triomphe à la fraternité!
FRAGMENTS
ET
POÉSIES D'AUTEURS VIVANTS
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