LE CHEVRIER DES ALPES
Un pâle reste de verdure
Se mêle aux neiges du glacier ; Aux lieux où Ton dirait que finit la nature,
Pend la hutte du chevrier :
Quelques rameaux brisés forment le toit sauvage
La feuille sèche, dont l'orage Dépouilla les forêts, forme sa couche : il dort,
Et, sans l'éveiller, la tourmente.
Roulant à ses côtés comme une autre bacchante , Jette sur le hameau l'avalanche et la mort !
Parfois le chevrier, du seuil de sa chaumière , Voit la lune prêter sa tremblante lumière Au torrent qui rugit dans le creux du vallon ; Il suit d'un œil distrait la rapide carrière Des nuages brumeux que pousse Taquilon.
Je disais autrefois : « Sous la hutte sauvage, Heureux si je voyais s'écouler tous mes jours !
J'aurais, pour mes jeunes amours, Les fleurs de l'églantier, la couche de feuillage. Oh ! le ciel près de nous a placé le bonheur : Le lait de mon troupeau, Tair pur de la montagne.
Et le souris d'une compagne , Ne serait-ce pas trop pour remplir un seul cœur? i Mais du vieux chevrier, sur Técho de la plaine ,
Le chant plaintif vint murmurer...
Aux cités , aux déserts , partout la voix humaine
A des douleurs à soupirer !
Jacques Replat.