UN PETIT SAVOYARD
A AIiEX. GUIRAUD
AUTKUR uv Petit Satojrani
A peine il était jour : les brouillards du matin Se promenaient encore au fond de la vallée , Et dans nos toits aigus, sous la paille roulée, Les vents sifflaient : la neige entravait le chemin ; Sans bruit nous descendions le coteau solitaire ;
Sur le sol gémissaient les vieillards attendris. « Adieu, village; adieu, chaumière! • Bien loin, tout seuls, pauvres petits.
Nous emportions notre misère...
Mais sous l'abri mouvant dépouillé de ses fleurs ,
Vers le roc moussu de la rive Où le pâtre s'incline, et d'une voix plaintive Appelle, en se signant, la Dame -des -Douleurs, En cercle, on s'agenouille autour de la chapelle, Et notre vieux curé, d'une voix solennelle ; « Courage, enfants! partez! Dieu vous protégera!
Gardez l'honneur et l'espérance !
Vous avez des amis en France, J'en connais un surtout... le ciel le bénira! » A ces mots : « France... Ami, » sa paupière affaiblie
Baignait de pleurs religieux Un livre... C'est celui qu'à la mélancolie
Dicta l'amour des malheureux :
Dès lors je connus de ta lyre
Les accents bien simples, bien doux, Et mon cœur rendait grâce à l'ange qui t'inspire.
Charmant poète de Limoux!
Plus tard, au beau pays de France,
Sous l'aile de la charité.
Ton nom, comme un parfum, jusques aux cieux porté , Résonnait sur les voix de la reconnaissance ; Duval, et Fénelon, et Guiraud tour à tour*, Noms sacrés parmi nous, volaient de bouche en bouche. Et la Vierge qui veille au-dessus de ma couche
Souriait à nos vœux d'amour!
Bienfaiteurs de l'œuvre des Petits-Savoyards.