A MON PETIT POTAGER
Petit terrain, qui sais fournir De doux fruits mon petit ménage ; Où ma laitue aime à venir, Où ton chou croît pour mon potage, Je veux tout bas l'entretenir :
Réponds- moi, j'entends ton langage.
Si je voyageais! — Et pourquoi ?
Es -tu las d'être bien chez toi?
— Je voudrais vivre avec les hommes.
— Avec eux? ce sont presque tous
Des méchants, des sots et des fous, Surtout dans le siècle où nous sommes.
— De leur plaire je prendrai soin; J'en aimerai quelqu'un peut-être.
Notre esprit .>e ^ ait à connaître ; Plus instruit je verrai plus loin.
— Que dis- tu là, mon pauvre maître?
Crois -moi, trop penser ne vaut rien ; Trop sentir est bien pire encore!
Déjà ma pêche se colore,
Mes melons te feront du bien.
— 11 me faudra donc au village Vieillir sans nom sous mon treillage?
Je pourrai voir tout à loisir
Mes lézards aller et venir Sous les murs de mon ermitage.
— Est-ce un malheur? Va, plus d'un sage. Dans les soupirs, dans les dégoûts.
Du bonheur, sur des flots jaloux, Poursuivant la trompeuse image , S'est écrié dans son naufrage : « Ah! si j'avais planté mes choux! »
70 JBAN- FRANÇOIS DUCIS.