‹ Les poètes de la SavoieChapitre 64 sur 89 · PROMENADE MARITIME A M. LE DOCTEUR DUBOIS, DE SAINT- SIGISMOND · texte numérisé non relu

PROMENADE MARITIME A M. LE DOCTEUR DUBOIS, DE SAINT- SIGISMOND

0 VOUS, hommes blasés, vous que l'ennui dévore Dans vos vastes hôtels qu'un vain luxe décore , Vous qui ne connaissez ni peines ni plaisirs; 0 vous pour qui la vie est un sommeil sans rêves. Voulez -vous exister?... Sur de lointaines grèves Venez chercher des souvenirs.

Venez, abandonnez de la cité fangeuse L'immonde carrefour, l'atmosphère brumeuse; Venez ouïr des flots les sons harmonieux, Venez voir les climats où se lève l'aurore. Passer un peu du temps que Dieu vous laisse encore Sous un soleil plus radieux.

Venez à bord d'un brick glissant à pleines voiles Sur l'Océan, miroir des brillantes étoiles, Défier le trépas, apprendre à tout braver! Venez, ainsi que moi, dans cette vie errante Goûter le vrai bonheur, si votre âme est ardente Et si vous aimez à rêver.

Venez! et Tunivers, déployant ses mei*veilles. De Malaga d'abord vous montrera les treilles Et les vieux bourgs fondés par les Phéniciens; Venez voir d'un coup d'œil et l'Europe et l'Afrique; Dépassez le détroit, saluez l'Atlantique Qui fut le pôle des anciens.

270 CLAUDE (iENOUX.

Alors, sur l'Océan immense et solitaire. Sur ce vaste réseau dont Dieu ceignit la terre, Sur la voie où Gama comme un soleil a lui , l*our8uivez vers le Cap voire infaillible route; Du Colomb portugais vous n'aurez pas le doute : La mer est connue aujourd'hui.

Venez rêver du Tasse aux îles Fortunées, Sous de hauts pics neigeux comme les Pyrénées ; Venez voir le séjour de la Fécondité... Non! un peuple espagnol, que la misère oppresse, Y meurt, en maudissant les champs que sa paresse A frappés de stérilité.

Plus loin, par un beau temps, par une fraîche brise. Par un de ces matins où TOrient sMrise , Cherchez à Thorizon les îles du Cap -Vert, Et vous verrez de loin des bosquets de verdure , Comme ces oasis que sema la nature Dans rimmensité du désert.

Puis entre Téquateur et le dernier tropique. Venez voir Sainte- Hélène, autre roche classique. Venez, pauvres humains, méditer en ce lieu! Un homme mourut là : prions pour lui; silence! Ambition, vertu, tout va dans la balance De la justice de Dieu.

Ainsi, comme le flot que la tempête anime. Qu'elle abat, dès qu'aux cieux il veut porter sa cime, Le sort, qui Téleva, l'abattit aussitôt; Le destin, le poussant de conquête en conquête. Des grandeurs d'ici -bas le lança jusqu'au faîte. Pour le voir tomber de plus haut.

Son voyage est fini... le nôlro recommence : Amis, rembarquons -nous; et, dans l'espace immense, Allons rouvrir notre âme à nos illusions : Venez, je vous promets des combats et des fêtes, Des dangers à courir, du calme, des tempêtes. D'indicibles émotions.

Sur ce bord , du Macasse erre encor la peuplade ; Ici le Camoëns chantait sa Lusiade , Là le corsaire noir chassait les négriers... Enfin, voici le Cap! Allons, bonne espérance. Oh ! venez voir Bourbon et notre lie de France , Dormir à Tombre des palmiers.

Venez voir de William les créoles si belles. Visiter Port-Louis, le mont des Trois -Mamelles; Mais ces lieux, comme moi, vous les connaissez tous... 0 douce fiction ! ô Paul et Virginie ! Non, l'histoire d'un roi ne vaut pas Tharmonic De vos récits touchants et doux.

Salut, terre par Dieu de bienfaits innondée! Maintenant , vers le Nord prenez votre bordée ; L'Orient à vos yeux bientôt viendra s'offrir ; Beaux cieux, brises, moussons, parfums et poésie Ne vous quitteront pas, des monts dh Salazie Aux bords riants du Bandémir.

Mais laissez un moment ces plages odorantes, Venez du pôle sud voir les glaces flottantes ; Venez, si le péril a pour vous des attraits, Venez, penseurs profonds que la science enivre. Venez, et vous saurez que, pour se sentir vivre. L'homme doit voir la mort de près.

Oh! venez à Timor; il est des mœurs nouvelles; Venez, l'Océanie a des îles si belles!

Venez à Samarang , ou bien à Macao , Laisser un souvenir à quelque jeune fille; Venez vous reposer sur le sein de Manille, La reine de Mindanao.

Quand vous aurez rôvé d'Albuquerque à Mélinde, De Bugg à Batavia, de Wellington dans Tlnde, Lorsque vous aurez vu les temples de Bralima, Oh! vous aurez alors, comme l'oracle antique, Des réponses pour tout , un tableau synoptique Du plus vaste panorama!

Claude Genoux.

(HBMOIftES o'uH BHPiMT OB Ll SaTOIB.)

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