AMOUR ET VERTU
CBBOKIQl'E
A MADAME DE MONTROL
Apprends qu'une mort telle que tu la médites est houteuse et furlive ; c'est un Toi fait an genre ht (J.-J. Roussbio.)
Qu'oses -tu méditer? quel délire t'égare? Quelle est donc, insensé, la loi qui nous sépare 1
Mourir ensemble, amis, nous sorait bien plus doux La colombe au ramier, dis, jamais survit-elle? Bon, ils meurent tous deux de la même étincelle; Et pourtant ne crois pas qu'ils aiment mieux que nous !
Il faudra Taccomplir, ce sacrifice horrible !
Il nous faudra donc voir cette nuit si terrible :
Eh! quoi! sans plus tarder? quoi! déjà? quoi! demain?
0 vertueux ami , soutiens la faible amante ;
Comme à Tau tel paré pour la noce brillante.
Dans la nuit du tombeau conduis- moi par la main.
Pourtant, combien nos cœurs eussent goûté d'ivresse.
Si rhymen de ses nœuds eût joint notre jeunesse!
Par l'anneau nuptial et le vœu solennel
Si Ton eût cimenté ce bonheur sans mélanges,
Ah! nous serions heureux, heureux comme des anges
Qui chantent l'hymne saint aux pieds de l'Eternel.
L'Eternel! à ce mot, Faldoni, je frissonne; A la mort volontaire est- il vrai qu'il pardonne? Avant l'instant prescrit permet- il de mourir? Sais-tu s'il ne dit pas : « Enfants, bravez l'orage: Je punirai celui dont le lâche courage Implorera la mort et ne saura souffrir ! »
Oh! s'il pensait ainsi, qu'une affreuse vengeance Fût le prix qu'il destine à la chaste innocence, A l'amour vertueux qui brûle dans nos Cdîurs!... Oh! non; Dieu juste et bon, il sait combien on l'aime! Il sait que pour lui seul nous souffrons l'anathème Que ce monde nous jette en nous criant : Malheurs !
Il sait que la vertu que nous n'osons contraindre Au sacrifice impur, attise, au lieu d'éteindre.
lin feu qui nous consume, un amour sans espoir; Il sait que nous mourons en maudissant le vice, Que nous n'avons point vu l'ombre de Partifice, Que Ton nous sacrifie au rigoureux devoir.
11 sait aussi combien nous désirons de vivre, Que nous aimons les fleurs dont le parfum enivre, Que la vie a pour nous d'indicibles attraits Et que naguère encor, dans un doux tête à tête, Dans un jour de bonheur qu'a noirci la tempête , Nous nous disions, ravis : Si Ton mourait jamais!
Mourir! mon Dieu! mon Dieu! ces moments d'allégresse. Pourquoi sont-ils changés en longs jours de tristesse? Pourquoi, pauvres enfants, sommes-nous malheureux? Pourquoi déjà mourir, à peine à notre aurore?... Oh! je ne mourrai point, moi, je veux vivre encore; A vingt ans, Faldoni, mourir, c'est trop aftreux. i
Mais non, vivre sans toi me serait impossible. Oui, toi seul es ma vie, et ce trépas terrible. Il sera, si tu meurs, ma seule volupté; Thérèse te suivrait dans l'éternelle flamme ! Mais pense si le ciel ou l'enfer nous réclame. Pense mon doux ami , c'est pour l'éternité !
Est -il vrai, cher ami, que nous serons heureux; Que la mort, la mort seule, accomplira nos vœux?
Et qu'unis à jamais dans le céleste empire, Nous pourrons nous aimer et toujours nous sourire? Nous aimer d'un amour ineffable et divin, D'un amour, Faldoni, qui n'aura plus de fin? Est-il vrai que de Dieu la puissance infinie En plaisirs éthérés change notre agonie? Est- il vrai qu'aussitôt que nous fermons. les yeux. L'âme qui fit le bien s'envole dans les cieux? Que, laissant ici -bas son corps, dépouille informe. Prenant d'un séraphin et les traits et la forme. Elle va, pure et belle, avec ses ailes d'or, Par le bleu firmament dirigeant son essor. Vers le brillant palais de la haute patrie , Où réside la joie, où tout n'est qu'harmonie; Où l'ange néophyte, abreuvé de douceurs, De son exil sur terre oubliant les malheurs. Goûte en paix un repos exempt de toute crainte. Les doux épanchements d'une égalité sainte , Le prix de ses bienfaits, que la suprême loi Accorde à tout mortel qui lui garde sa foi ? .
Est-il vrai... qu'ai-je dit? sur le bord de l'abîme. Quoi! j'oserais douter quand le doute est un crime! Quoi! ma faible raison au culte du Seigneur Opposerait encore une fatale erreur !
Quoi ! je méconnaîtrais la divine puissance En qui seule j'espère un terme à ma souffrance? Oh! non! doute cruel, tu m'obsèdes en vain; Non, jamais ton poison n'a pénétré mon sein.
Oui, quand je pense, ami, que l'âme est immortelle, Qu'on se revoit aux cieux, la mort me semble belle! La mort , cher Faldoni , la mort , venant de toi , Ne pourra m'accabler, je la vois sans effroi ...
La mort, c'est le sommeil que cherchent nos paupières, Nos rêves de bonheur, la fin de nos misères. Oh ! ne différons plus ce moment souhaité , Jouissons des vrais biens et de réternité. Viens, qu'un môme trépas tous les deux nous rassemble. Que nos derniers soupirs se confondent ensemble; D'une pénible vie éteignons le flambeau. Et, purs aux yeux de Dieu, descendons au tombeau! Claude Genoux.
(Mkmoiubs d'dv infaitt de la Sato».)