‹ Les poètes de la SavoieChapitre 73 sur 89 · OGIER · texte numérisé non relu

OGIER

11 dit : « Du seuil de ta demeure Si tu dois f éloigner un peu , Trouve longue, longue chaque heure Qui te sépare de fadieu.

a Brûle de retrouver la lèvre Qui te cherche soirs et matins, Les jeux dont l'absence te sèvre, Les chants et les ris enfantins.

« Brûle, à Theure des crépuscules, De leur conter, sur tes genoux.

Le trait qui les trouve crédules Et qu'à redire ils sont jaloux.

« Reviens dresser leur main novice A tracer des signes de croix ; Reviens leur dépeindre le vice Laid comme la Lête des bois.

« Reviens ! Mais , pendant ton absence, Ne garde pas trop de souci ; Je te rendrai leur innocence, Leurs ris, leurs cheveux blonds aussi.

« Et ne crains pas ! L'ange mon frère Qui veille au pas des voyageurs Brisera la pierre contraire Qui fait choir aux sentiers trompeurs. » J. Ogier.

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LES CHALETS D'ENLAU

Sur les pas des chasseurs , quand le seizième automne

Suspendait à mon front sa plus paie couronne ,

De la Tournette, au pic rival des monts géants.

Que j'aimais à gravir les rapides versants !

Je montais admirant, de cime en cime ardue,

Du mobile horizon la croissante étendue;

L'herbe qui jaunissait aux flancs du dôme altier ;

Les méandres sans fin du sauvage sentier ;

Les extrêmes forêts sombres et murmurantes ;

Sur les rochers moussus les fleurs bientôt absentes ;

Puis à l'entour joyeux des grisâtres chalets ,

Les vaches au front noir, aux longs regards distraits,

Laissant aux doigts brunis des robustes bergères

Ce lait ombré d'azur qui des mornes bruyères

Retient l'âpre saveur et l'ambre appétissant.

Chalets hospitaliers! Quand In jour décroissant,

La fatigue du corps , l'approche d'un orage ,

Ou la séduction d'un charmant paysage,

Du repos m'invitait à goûter la douceur,

Je trouvais sous vos toits la paix et le bonheur,

Et la gaieté toujours aux chaumières fidèle.

— Du rustique banquet le bois fait la vaisselle : Nos modestes vins blancs des collines d'en bas. Pour exciter l'esprit, pour dorer les repas, Y montent seulement aux jours des grandes fêtes ; Mais ce lait écumeux, ces coupes si bien faites.

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Enchantent mes regards et me font oublier Le Syllery menteur que produit l'atelier. Nos cristaux éclatants et nos riches calices. Qui du pain noir au lait ne fera ses délices? Le vin donne l'ivresse et l'eau porte à l'ennui ; Mais, sans laisser d'effet aussi triste après lui. Le laitage des monts, simple et candide chose, A la plus douce joie, à la paix vous dispose. 0 festins du chalet, chers à mon souvenir! Tous nos vœux éloignaient l'heure de vous finir ; D'ingénieux relards, prolongeant la veillée. Sous le charme tenaient la joyeuse assemblée : C'étaient de longs récits, de merveilleux exploits. Qu'un chasseur redisait pour la vingtième fois. Nous dépeignant l'isard fuyant vers les abîmes, A travers les glaciers, sur les plus hautes cimes, Sans lasser du chasseur l'étrange passion. Malheur au chamossier que prend la vision ! Un cor éclate au loin. Oh ! bien loin sur la neige... C'est le chasseur damné que précède un cortège, Une meute d'aiglons à la chasse dressés : Le damné, rouge et noir, avec des cris pressés Et de longs hurlements infernaux, les anime. Leur désigne, en riant, le chasseur pour victime. Malheur ! malheur à lui ! s'il n'a plus au chapeau L'humble rameau pascal, effroi des nains de l'eau. Des sylphes des forêts , de l'ange au vol immonde. De l'âme qui revient des feux de l'autre monde ; Il sera dans les airs par la meute emporté ; On entendra, la nuit, sous son toit déserté. Une ombre lamentant, d'une voix désolée. Ses os, dans le désert, sans croix, sans mausolée. Oubliés et laissés à la faim des vautours... — Un gracieux roman, de suaves amours,

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Aux funestes récits, diversion touchante. Succède et nous redit comment la fée Urgante , Du plus beau des bergers éprise, un soir d'été. Renonça pour l'aimer à Timmortalité, Pour la dernière fois usant de sa puissance , Entr' ouvrit les rochers, et, d'une grotte immense Livrant à ses désirs les trésors merveilleux , L'eût fait en un clin- d'oeil aussi riche qu'heureux Si, docile aux avis de sa belle maîtresse. Le berger y puisant avec plus de sagesse. Au butin déjà pris n'eût voulu joindre encor Du prince des Zervands le diadème d'or. Diadème doré, dont le poids fatidique En un puits l'entraîna. Plus d'une fable antique Des chalets fait ainsi depuis cent ans le tour. Variée, embellie et croissant jusqu'au jour Où, des sujets tombés dans la commune voie, Quelque auteur se lassant, aux monts de la Savoie, S'avisant de chercher un genre plus nouveau , Fasse d'un caillou brut un diamant si beau,

— Epopée ou roman, histoire, idylle ou drame, — Que le monde étonné chef- d'œuvre le proclame !

— Quand, le long des récits de furtifs et doux jeux , Cause de ris charmants ou de ris anxieux.

Parfois l'interrompaient aux plus gentils passages. Notre conteur malin s'en prenait aux plus sages ; Et, au dernier couplet de son vieux fabliau, Il entonnait, et tous en chœur reprenaient Vyau! Puis, aux accords plaintifs du ranz de la vallée. On s'endormait, couché sur la fraîche feuillée.

— Au premier chant du coff, à ma couche de foin. D'un bond je m'arrachais, d'un autre j'étais loin,

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Me hâtant de gravir, avant Taube nouvelle, Le dôme recouvert d'une glace éternelle ; Et de là, contemplant les lointaines cités , Reconnaissant lespieux que j'avais habités. Témoins de mon bonheur, asile de mes peines, Des grands fleuves suivant la course dans les plaines. Du soleil j'attendais ce magique rayon Qui, le premier, l'annonce à Tadmiration. Quand l'aurore, glissant de montagne en montagne, D'un rose harmonieux nuance la campagne Et fait étinceler, comme des diamants, La cime des clochers, le bord des toits fumants. Nos lacs , miroirs d'azur où l'étoile se mire , Et le splendide éther où le poète admire D'un sublime infini la vague profondeur. Du brillant horizon mesurant la grandeur, Le soleil au lointain commence de paraître : Un souffle caressant vous flatte et vous pénètre , En prodiguant la vie à vos sens enchantés ; Enivré d'un air pur, inondé de clartés. On ne sait quel espoir, quelle force inconnue Vous soulève et vous dit : « L'heure enfin est venue De remonter aux cieux d'un élan éperdu. » Pour moi, qu'un faible instinct retenait suspendu Entre l'immense espace éclatant de lumière Et les hymnes d'amour qui montaient de la terre. Je me sentais ravi sur un autre Thabor ; L'enchantement du vide attirait mon essor. Et si j'eusse entendu quelque fatal génie Me crier comme à Faust : « Enfant de l'harmonie , La fleur de ta jeunesse! et ce monde est à toi!... » Amis! qui n'a rêvé d'avoir un monde à soi! 1er octobre 1847.

Ignace Billo.

CHARLES-JOSEPH DÉRISOUD. 299

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