UNE VALLÉE DES ALPES
Non, tu n'as rien perdu de ta fraîcheur première; Nul pied n'a sur ton sol secoué la poussière Qui de ce monde impur a flétri la beauté : Le fils de l'étranger jusqu'à présent t'ignore ; Par ses mille regards son œiî n'a point encore Profané ta virginité!
Tes fleurs ne craignent rien que le vent de l'orage : Sur les bords de tes eaux l'églantine sauvage Du creux de tes rochers s'élance librement, Et penche avec orgueil ses corolles joyeuses Que mouille, en caressant leurs toiiiles gracieuses, La blanche écuràe du torreut!
Tes lacs dorment en paix sur tes paisibles cimes; L'homme n'en a jamais sillonné les abîmes; Nul bruit ne vient troubler leurs bords silencieux; Ils n'ont rien reflété des choses de la terre, Mais, voisine du ciel, leur onde solitaire Revêt l'azur brillant des cieux!
Salut! humble séjour de l'anticiue innocence! Salut ! terre fidèle à ta sainte croyance ! Oh! combien l'œil se plaît à parcourir Ion sein , Où partout il rencontre une image divine. Où de chaque passant le front pieux s'incline Devant la croix, sur le chemin!