‹ Les poètes du clocherChapitre 12 sur 56 · BOULONNAIS & FLANDRE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

BOULONNAIS & FLANDRE FRANÇAISE

Le Boulonnais fut la patrie de Sainte-Beuve. Le poète y fait allusion à propos de l'Ile Saint-Louis.

Il rêve le long des quais. Alors, nous dit-il :

. . . Voilà Que soudain, loin, bien loin, mon âme s'envola, Et, d'objets en objets, dans sa course inconstante. Se prit aux longs discours que feu ma bonne tante iMe tenait, tout enfant, durant nos nuits d'hiver, , Dans ma ville natale, à Boulogne-sur-Mer...

Mais il n'y a là qu^un ressouvenir passager, et c'est jusqu'au temps présent que nous devons venir pour trouver le vrai poète du Boulonnais.

M. Gaston de la Source avait déjà publié, il y a deux ans, — dans le recueil intitulé : Du Rose au Noir, — des vers rustiques d'une belle santé, d'une fraîcheur heureuse et gaie. Je vous donne ceux-ci comme excellents en leur genre :

Trèfles pourpres, s.ùnfoins roses, minettes d'or, Grands blés verts que bientôt jaunira Messidor, Mousse plein les sentiers, sureaux et chèvrefeuilles Aux buissons, et partout de doux chants dans les feuilles...

6c) LES POÈTES DU CLOCHER

O Juin ! Fraîcheur et Force ! Epanouissement !

Fil pleine herbe, en plein blé, dans ce décor cliarmant,

Je suis parti dès l'aube. — Aux clochers des villages,

Au loin, de toutes parts, derrière les feuillages,

\'ibrant, VJiigeliis tinte, et ses sonorités

\'ont se perdre là-haut, parmi les bleuités

Des radieux éthers où l'alouette plane.

— Ainsi qu'un amoureux, ô flore paysanne,

Je pille tes trésors! — Dans le sac aux oublis,

Rancœurs, soucis brumeux dormant ensevelis,

Je vais, gai quoique seul. — Par instants, dans les sentes,

Des minois chiffonnés, aux mines agaçantes.

Passent à mes côtés, — fillettes du pays,

Faneuses de demain qui, sous les noirs taillis,

S'en vont au bois chercher la fraise ou la framboise.

File jasent, et moi, tandis que je les croise,

(La fibre campagnarde en moi vibrant soudain).

Je me mets à rêver, loin de l'enfer mondain,

De vie aux champs, d'amours aux fêtes des villages,

Et de baisers cueillis sur ces riants visages...

iMais voilà bien autre chose ! M. Gaston de la Source va consacrer tout un livre à son Boulonnais !

Le livre aura pour titre : En Prairial.

Le rêve du poète, — il le dit dans son prologue, — c'est de prendre rang parmi les « poètes du clocher », et de pouvoir à son tour

Mêler à leur guirlande une fleur boulonnaise.

Cette fleur, il la cueille sur les bords de sa vieille « payse », de la plus jolie des rivières.

Cette Liane, au nom sauvage et gracieux, Dont il voudrait faire

\^x\c mignonne sœur du Scorf et de l'EUé.

Certes, la terre boulonnaise n'offre, comme ressources, ni le grandiose, ni l'étrange :

Xos montagnes sont des collines Yx nos rivières des ruisseaux.

LES POÈTES DU CLOCHER. 6l

Mais il s'y trouve des herbages plantureux, des bois, des hameaux dont on voit partout

Fumeries toits moussus dans de gros bouquets d'ormes.

M. Gaston de la Source nous montrera encore

Les vieux terriens, au cœur loyal, aux bras robustes.

Il nous dira les « forêts de pins », les « plages de sable >', les marins boulonnais,

Sur leurs coques de noix, vers les îles du Nord, S'en allant affronter la tempête et la mort...

Et l'ensemble formera^ j'en suis sûr, une œuvre pittoresque et primesautière.

Boulogne et ses environs avaient déjà été chantés par un autre écrivain du crû, Edouard Mariette, le frère et le collaborateur du grand déchiffreur d'hiéroglyphes, Mariette-Bev.

Quelques tours de roue, en express, et arrêtons-nous au cœur de la Flandre française.

Douai, la vieille cité universitaire, a vu naître Desbordes- \"almore. Desbordes -Valmore, ce cœur saignant et lier, dont les soupirs nous ravissent encore en nous remuant. Et Desbordes- Valmore a fait le Mal du pays ; mais je n'v ai rien trouvé qui s'adressât, de taçon spéciale, à Douai. La plainte vague ne s'accorde pas avec le pittoresque d'une description précise. C'est un cri de 1 âme : ce n'est pas une évocation de la mémoire.

M. Arthur Delcourt a écrit un sonnet sur ces vastes plaines du Xord :

Comme d'autres climats, si tu n'as pas, ô Flandre, De grands monts enserrant des vais miraculeux. Nulle entrave à la vue au moins ne vient défendre Les claires profondeurs de tes horizons bleus.

Sous ton ciel calme et doux, le regard voit s'étendre Des champs suivis, au loin, d'autres champs onduleux. Dont l'aspect reposé, mélancolique et tendre YàMl le jaillissement des grands pics anguleux.

O mère ! pour qui sait dignement te connaître, Heureux qui sur ton sol hospitalier dut naître ! Il ne souhaite pas un plus brillant séjour.

l ES POÈTES DU CLOCHER.

Assis en ton «îiron, féconde nouiricicrc,

Il jouit des présents offerts par ton amour,

Puis, il s'étend, paisible, et dort sous ta poussière !

M""-' Drut-l'oiitès, — qui est do Valencienncs. — a célébré son « clocher >■ en une vingtaine de belles strophes mélodieuses.

Mais le principal poète de la Flandre française, c'est encore ce chansonnier lillois, Desrousseaux, dont les Pasquilks ont réjoui les champs et l'atelier. Et c'est à lui qu'il faut revenir toutes les lois qu'on veut étudier l'âme et l'humour de nos populations du Nord, cette àme froide^ cet humour « bon enfant », ce mariage de la retenue avec la gaieté, de la verve avec l'énergie, et de jenn}- l'Ouvrière avec Jacques Bonhomme.

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