FLANDRE BELGE
Je n'ai vu qu'une fois la Flandre belge, — et encore n'était-ce qu'en passant. Mais l'impression ressentie est demeurée inoubliable.
Bien d'autres que moi ont dit la mélancolie et le charme de ces ciels du Nord, gros de neige, trempés de pluie, frissonnants comme les larmes et monotones comme la douleur. Mais ce qu'on ne dira jamais assez, — parce qu'on ne saurait jamais le dire! — c'est l'ineffable tristesse^ c'est le pittoresque, c'est la langueur de ces villes mortes, accroupies au bord d'une rivière lente ou d'un canal silencieux. Ici c'est Courtrai avec son Béguinage; plus loin c'est Ypres avec ses halles, Ypres, la grandeur tombée, la lumière éteinte, le bruit des siècles s'affaiblissant dans cette torpeur d'une cité à l'agonie, le long de ces rues où l'herbe pousse, autour de cette place où les pas résonnent comme dans un sépulcre ; plus loin encore ce sont Nieuport et Poperinghe, toutes deux groupées, comme Ypres, autour des souvenirs et des vestiges; je me rappellerai toujours ce que je vis de Gand, en contournant les faubourgs par le petit chemin de fer, — une patache !^ — qui mène à Eecloo : ces mâts degabarres au milieu des maisons vieilles , ces clochers entr'aperçus
dans la brume, cette banlieue sans bruit d industrie, sans couleur et sans cris, tout cela vous étonne en vous endormant. l'ai vu aussi Malines avec sa grosse tour de Saint Rombaud, et Louvain avec ses tiles de couvents, avec son hôtel de ville qui est fait de dentelle noire, avec les tristesses religieuses qui vous attendent dans son béguinage. Je ne parle pas d'Anvers et de sa cathédrale, ni de ses autres églises, dont je n'ai pas retenu les noms, mais dont l'une surtout, sombre et massive, se dresse dans ma pensée à chaque évocation. Que dire encore? J'ai vu les petites cités minuscules, j'ai vu Dixmude, j'ai vu ce qui reste de Damme, et enfin (oh ! l'admirable merveille, la merveille à mettre en châsse!) j'ai vu Bruges.
Rien, non, rien ne saurait dire ce qu'est Bruges. J'y ai passé une après-midi seule, et une nuit. C'était un de ces jours d'automne, d'un bleu vif et froid. Je me rappelle encore notre vagabondage le long des canau.x de pourtour. Une surprise à chaque pas, et des exclamations, et des arrêts d'un quart d'heure ! Ici un pont : du lierre, du chèvrefeuille tombant dans l'eau, le mur d'un cloître ou l'extrémité d'un jardin couvert. Plus loin, la « logette du bourreau », ou de vieilles maisons seigneuriales^ ou une rue toute bordée de ces étroites façades flamandes, ou encore un clocher montant à pleine silhouette. A deux pas de là, une taverne du moyen âge, avec le jeu de boules dans la cour, les pipes le long des murs, la chaise de Rubens dans un coin, et, sur une table recouverte de cuir, un journal, — de la veille, — où l'on exaltait l'Inquisition. Plus loin encore, la maison de ville avec ses salles obscures, la place tranquille, de mélancoliques échappées sur des canaux inhabités des barques... Et tout cela n'est rien. Après quelques circuits dans le centre de la nécropole, nous avions rejoint les talus qui l'entourent, et où, — l'eau étant toute proche, — l'humidité monte du sol, novantles arbres sous de blanchâtres buées. On n'apercevait plus que le revers de la cité, les murailles dégradées, les descentes de jardins déserts, les bâtisses noires, le beffroi lointain. Et c'est là, c'est dans cette solitude que nous vimes un rien, un simple élargissement de canal, une flaque plus large que les autres, une sorte d'étang où il n'y aurait pas de nénuphars, le « Lac d'amour. »
Seulement, à un angle de l'horizon, il y avait une vieille porte gothique et lézardée; plus loin c'étaient des peupliers et des tilleuls ; de l'autre côté, d'épais feuillages, d'un roux ardent, longeaient le talus, ajoutant à la tranquillité du site les odeurs de la fin automne; tout au fond, à l'entrée de la ville, les masures se rejoignant, l'eau miroitait sous une dernière lueur mourante,
— et^ droit au bout de Tétang, un clocher se dressait. Je n'ai, de ma vie, senti pareille émotion.
Et, la nuit, lorsque, dans une glaciale chambre d'hôtel, je me fus blotti sous les couvertures, j'entendis longuement les carillons tressailHr, descendant du beffroi sur la place comme des sanglots d'harmonie.
Et voilà pourquoi j'aime la Flandre belge.
La Flandre belge a été souvent chantée. Elle a eu, dans ce siècle, un grand poète en prose^ Charles de Coster. Je sais bien que de Coster lui a également consacré des vers ; mais les vers sont inférieurs : mieux vaut passer vite.
Allons de suite au poète par excellence des villes rêveuses et des canaux glauques, Georges Rodenbach.
Georges Rodenbach va nous dire le « soir attendrissant », avec les lanternes, les auberges où l'on chante, les cloches gémissant dans la brume. Ici se placent huit vers merveilleux,
— une évocation qui vous poursuit :
Tout agonise et tout se tait : on n'entend plus Qu'un très mélancolique air de flûte qui pleure. Seul, dans quelque invisible et noirâtre demeure Où le joueur s'accoude aux châssis vermoulus.
Et l'on devine au loin le musicien sombre, Pauvre, morne, qui joue au bord croulant des toits; La tristesse du soir a passé dans ses doigts Et dans sa flûte à trous il fait chanter de l'ombre
Partout s'alignent, dans ces cités du moyen âge, les vieux hôtels abandonnés :
Et tous ces vieux hôtels sont vides et sont ternes ; Le moyen âge mort se réfugie en eux ; C'est ainsi que, les soirs, le soleil lumineux Se réfugie aussi dans les tristes lanternes.
O lanternes, gardant le souvenir du feu,
Le souvenir de la lumière disparue,
Si tristes, dans le vide et le noir de la rue,
Qu'elles semblent brûler pour le convoi d'un dieu!
Le poète nous dit encore la désolation des canaux, « somnolents entre des quais de pierre ». Il évoque les carillons, en province, les carillons tintant
... dans la douceur De l'aube qui regarde avec des yeux de sœur.
Il nous décrit la cité dolente :
La ville est morte, morte irrévocablement, D'une lente anémie et d'un secret tourment Est morte, jour à jour, de l'ennui d'être seule... Petite ville éteinte et de l'autre temps, qui Conserve on ne sait quoi de vierge et d'alangul, Et semble encor dormir pendant qu'on l'enlinceule.
Et comme il s'attendrit devant toutes ces ruines! \'oici la plus langoureuse, la plus pénétrante des phrases d'amour qu'il leur envoie :
Mon rcve s'en retourne, en souvenirs tranquilles,
\'ers votre humilité, vieilles petites villes,
Villes de mon passé, villes élégiaques.
Si dolentes les soirs de Noël et de Pâques,
Villes aux noms si doux : Audenardes, Malines,
Pieuses qui priez comme des ursulines
En rhythmant des ave sur les carillons tristes !
Qu'est-ce que l'orgue? C'est, nous dit le poète,
L'âme des quartiers morts et des pauvres enclos, L'âme éparse du peuple au fond des terrains vagues, Du peuple tristement joyeux, pareil aux vagues Dont l'écume chantante est pleine de sanglots.
Et quel charme "d trouve à ces béguinages, refuges de silence au fond des faubourgs !
Au loin, le Béguinage, avec ses clochers noirs, Avec son rouge enclos, ses toits d'ardoises bleues Reflétant tout le ciel comme de grands miroirs, S'étend dans la verdure et la paix des banlieues.
En fines lettres d'or, chaque nom des couvents Sur les portes s'enroule autour des banderolles. Noms charmants chuchotes par la lèvre des vents : La maison de l'Amour, la maison des Corolles.
Je l'aime aussi lorsqu'il s'apitoie sur les lamentables douleurs, lorsqu'il nous montre les mélodies
... venant consoler, prés des mornes casernes L'âme des déserteurs pleurant dans les tambours.
Je m'associe à ses pitiés pour 1' « âme éteinte des banlieues», pour les vagabonds, les « forains sans asile «,
Ou les vieux chiens perdus par des chemins lépreux. Où les flaques d'eau morte ont des airs douloureux Comme des yeux crevés d'où le soleil s'exile !
Je regarde, avec lui, passer les « amants chuchoteurs », je contemple la lune, qui, dit-il, vous attriste
... comme un portrait d'absent;
Et partout je vois flotter les vapeurs bleues des brouillards, et partout j'écoute gémir ces musiques alanguissantes et navrées, tandis que le poète nous redit sa douleur suprême :
Vivre comme en exil, vivre sans voir personne Dans l'immense abandon d'une ville qui meurt, Où jamais on n'entend que la vague rumeur D'un orgue qui sanglote ou du beftroi qui sonne...
Oh! vivre ainsi ! tout seul, tout seul! voir se flétrir La blanche floraison de son Ame divine, Dans le dédain de tous et sans qu'aucun devine. Et seul, seul, toujours seul, se regarder mourir !
Ces quelques fragments vous auront suffi pour comprendre l'œuvre de M. Georges Rodenbach. Les vers sont lents, voilés, et comme endormis dans leur extase. C'est une rêverie dolente,
68 l-F.S POÈTES DU CLOCHER.
c'est de l'accablement attendri, c'est du frisson prolongé. Il y a, sous cliaquc strophe, une souffrance physique et une volupté littéraire. Cette poésie vous enivrerait à force d'alanguissement. On ne la peut prendre que comme un opium ; mais, une fois goûtée, on V veut revenir. C'est un charme et c'est une douleur.
Où Georges Rodenbach ne voit que désolation muette, agonie, funérailles, 'adieux des villes mourantes et soupirs des eaux tristes, M. Emile Verhacren voit autre chose : il se souvient des kermesses « gueulardes » , des larges et sonores lippées, des brutales amours, des Jordaens et des Téniers, des réalismesexhubérants, des couleurs poussées au rouge, de la joie frisant l'obcénité. C'est cette truculente et matérielle vie des Flandres qu'il a décrite en vers, ou du moins dans quelques-uns de ses vers. Il y a mis du mouvement, de la vie, de la force, une gaieté savoureuse, et ce que le peintre appellerait une « belle pâte » . Autant l'œuvre de Georges Rodenbach nous apparaît maladive, exquise de pâleur, les yeux battus et les lèvres exsangues, autant celle de W^haeren se montre à nous dans toute l'ivresse de la santé, dans toute l'effervescence, dans toute la virilité des races plantureuses. Le pays chanté vit dans ces pages, et il faut les avoir lues avant de parcourir, à la saison des fêtes de village, ces campagnes de Gand ou de Termonde.
C'est une autre Flandre encore que nous dit Georges Eeckhoud. Celui-ci a vécu dans la contrée qui entoure cette « nouvelle Carthage » dont il nous parle, l'Anvers des financiers bruxellois et des courtiers allemands.
Il y a, tout près d'Anvers, deux régions bien diverses, le Polder et la Campine.
Le Polder s'étend sur l'autre rive de l'Escaut. Après la « Tête de Flandre » passée, regardez à votre gauche, dans la direction de Saint-Nicolas et de la mer. Aussi loin que le regard aille, ce seront des prairies que vous apercevrez, des prairies basses (le fleuve coule plus haut qu'elles), des prairies grasses aussi, et vertes, et sombres, et toutes noyées, le soir, par des nappes de vapeur. C'est là que paissent les belles vaches que nous retrouvons au Louvre,, là que pourraient s'ébattre les paysans de Téniers ou le « taureau » de Paul Porter.
Allez, par contre, de l'autre côté de la ville, soit dans la direction de Turnhout et du Linibourg, soit dans celle de la Hollande. C'est la Campine que vous verrez.
Décharnée, sablonneuse, flétrie, lamentable, sans récoltes et sans eau, la Campine nourrit, — et à peine ! — des futaies, quelques pins, un petit nombre de villages à l'air morne, enfin des bruyères. Ces bruyères donnent à la Campine son originalité. A un endroit même, — près de Calmpthout, et à deux pas de la frontière néerlandaise, — le sol se relève brusquement, comme sous une poussée de rafale, et, à côté d'étangs stagnants, dans la plus saisissante des désolations, ce sont des dunes qui se dressent, en files régulières, avec des croupes, avec des creux, avec des renflements incultes et balayés de bourrasques. Pas un clocher, pas un être humain; des traces d'impuissante fumure, des rigoles creusées pour l'irrigation, et c'est tout. Mais c'est assez pour que les yeux en restent étonnés et l'âme remuée.
Dans ce cadre divers, — tantôt Polder, tantôt Campine, — M. Georges Eeckhoud a placé ses paysans, ses « terriens », comme il les appelle.
Voici le début de son meilleur poème : V Homme de l'Egîogue. Vous allez voir si c'est ferme et lourd !
Pousse dru, comme bonnes graines Dans les terreaux épais et gras !
Mon gars, au tronc des jeunes chênes Mesure ta jambe et ton bras !
Enfant, tandis que dans la classe, Où grouille un tas de polissons, Le magister pédant ressasse Ses rudimentaires leçons ;
La sueur inondant de perles Ton front, avec d'autres gamins.
Pour dénicher les jeunes merles Mets en sang tes pieds et tes mains.
Entraîné dans cette tapée De faunes, gorgé de raisin, Achève ta blouse râpée Aux pièges à loups du voisin.
Ou, vous postant entre les saules, Près des marais bordés de joncs, Arrctcic, aux coups de vos gaules, Les grenouilles dans leurs plongeons.
Mène, plus tard, des l'aube bleue, Le troupeau de taureaux beuglants, Chanteurs solennels dont la queue Bat la mesure sur leurs flancs...
\lt le poète ajoutera à la fin du morceau, en nous parlant des entants de son rustre :
Poussez dru, comme bonnes graines.
Dans les terreaux épais et gras, Fleurs de paysans, jeunes chênes, Les dignes garçons de mon gas !
Mais le véritable poète de la Flandre, — hélas ! un poète en prose, et que nous devons mentionner seulement, — c'est encore Camille Lemonnier dans sa Belgique, dans cette description des pays ruraux, dans ce cantique d'amour aux merveilles de Bruges. Jamais on n'écrira mieux, ni avec plus de filial enthousiasme, ce qu'est cette terre grasse de sang, semée de chefs-d'œuvre, vivante par sa gloire morte, encore merveilleuse sous le linceul des siècles accumulés et les pelletées de terre de l'enfouissement.
Et c'est ce Camille Lemonnier que célèbre le sonnet de M. Albert Giraud, une prodigalité de couleurs somptueuses et d'épithètes flamboyantes :
Ta gloire évoque en moi ces navires houleux Que de fiers conquérants aux gestes magnétiques Poussaient dans l'infini des \'ierges Atlantiques Vers les archipels d'or des lointains fabuleux.
Ils mettaient à la voile en ces soirs merveilleux Où le ciel, enflammé des rougeurs prophétiques, Verse royalement ses richesses mystiques Dans le cœur dilaté des marins orgueilleux
Et les hommes du port, demeurés sur les grèves, Regardaient s'enfoncer les mâts, comme des rêves, Dans 1 eblouissement de l'horizon vermeil;
Et leurs cerveaux obscurs, à la fin de leur âge,
Se rappelaient encor le splendide mirage
De ces grands vaisseaux noirs entrés dans le soleil.
Je n'ajoute rien.
PATRIA BELGICA
Nous venons de traverser les Flandres ; nous allons atteindre les Ardennes : nous étions et nous sommes sur terre belge.
La Belgique n'a eu encore que bien peu de poètes nationaux. Elle abonde en œuvres historiques ; elle a produit de merveilleux romans comme de Till Vylenspiegel, de Ch. de Coster, l'évocation de tout un siècle et Tépopée d'une race entière; elle a donné naissance à des penseurs comme Octave Pirmez, à des humoristes comme M. Edmond Picard ; à dire vrai, elle n'a qu'un poète national, et encore affecte-t-elle, envers sa mémoire, un dédain que je comprends peu.
Ce poète, c'est André Von Hasselt.
\'oyez de quelle manière — en une forme un peu vieillie, mais avec des accents cordiaux, — il chante la Patria helgica :
Non. rien ne nous vaut la patrie...
Elle s'étend, toute fleurie, Entre deux fleuves de cristal.
Juin de roses nous la festonne; L'oiseau qui la quitte en automne
Ne rêve qu'elle en ses chemins ; A son soleil notre cœur s'ouvre, Et quand de loin on la découvre On la nomme en battant des mains.
O sol béni ! terre enchantée !
Dieu te fit avec tant d'amour!
De tous les biens il t'a dotée Comme pour y descendre un jour.
Là-bas, la plaine se déroule Que peuplent des villes en foule Dont le monde entier sait le nom ; Ici, des forêts, des vallées Et des montagnes crénelées Dont le tonnerre est le canon.
L'Escaut, où les trois-màts entrent à pleines voiles, Paraît aux yeux, la nuit, un lac semé d'étoiles; Comme le Rhin, la Meuse a ses vieux châteaux forts, Ses manoirs mutilés par la flamme et l'épée,
Dont chacun a son épopée Que le poète lit sur la tombe des morts.
Au milieu des campagnes vertes S'épanouissent les cités, Comme de grandes fleurs ouvertes, Resplendissantes de clartés :
Les unes au flot des rivières Baignent leurs tours hospitalières, Les autres au flot de la mer ; Toutes ont des cloches joyeuses Dont les urnes harmonieuses Versent leur musique dans l'air.
Nos villes, à l'étroit dans leurs vastes murailles. Mères fécondes, font de l'or dans leurs entrailles. Nos fils ont la vigueur, nos filles la beauté, Et tous ont ce trésor, le plus cher que le monde
Ait reçu de ta main profonde.
Toi de qui tout nous vient, Seigneur, — la liberté !
Ailleurs, — et sur un mode moins élevé, — notre poète dira, en s'adressant à un peintre ami, et pour lui parler des artistes flamands en général :
Ils fouillent, tour à tour, la Suisse et l'Italie. Courtisans des lacs bleus, adorateurs du Rhin, O nature étrangère, ils pillent ton écrin ! Ht le sol natal, on l'oublie.
Ht cependant je sais, tout prcs de ma maison, Je sais, de tous côtés, de charmants paysages. Tel qu'en rêve l'esprit des amants et des sages. Qui de leur cœur, toujours, se font leur horizon.
Ainsi, là, cette plaine, aux accidents sans nombre, Que sillonne un ravin de saules encombré, Et que baignent, aux feux du couchant empourpré, Des masses de lumière et d'ombre;
Site fait tout exprés, ami, pour tes crayons. Avec son avant-plan superbe, — une chaumine Qu'un énorme noyer de son grand toit domine Et que dore le jour de ses derniers rayons ;
Puis trois vieilles qui vont achevant leurs quenouilles Sur le bord d'un fossé peuplé de roseaux verts. Et mêlant leurs chansons — sans rimes à leurs vers, — Aux bucoliques des grenouilles.
Bruxelles, la cité cosmopolite, a eu son poète local. C'est M. Théodore Hannon qui, dans un livre d'ailleurs étrange (Au Pays de Mannekeii-Pis), a décrit les mœurs et croqué les types bruxellois.
La Belgique vient de perdre un poète, son chansonnier, son Béranger de petit pays, Antoine Clesse. Armurier, vivant, au fond d'une rue de Mons, la vie du labeur tranquille, Antoine Clesse a écrit toutes les chansons que la Belgique répète. Elle est de lui, cette chanson de la Bière; ils sont de lui, tous ces refrains populaires ou rustiques !
Il est encore d'Antoine Clesse, ce sonnet si candide et si frais, où je signalerai des gaucheries, mais dont le trait final a tant de grâce :
Chez moi, j'ai la forêt, mais en miniature. Vieillard, quand j'y revois un des printemps bénis. Souvent je vais m'asseoir, amant de la nature, Sous un grand merisier plein de fleurs et de nids.
Des feuillages divers admirant la verdure, On a, dans ce bosquet, aux méandres hardis. Des arbres pour rideaux, du lierre pour bordure, Et, sous un ciel d'azur, un coin du paradis.
Des plus douces clartés ma retraite m'inonde. Un jour que j'y rêvais loin des tracas du monde. Dans le grand merisier soudain le vent parla ;
Ses branches, où l'oiseau chantait sa bien-aimée, Semaient l'étroit chemin de leur neige embaumée Comme si le bon Dieu devait passer par là.
Mais les Ardennes nous appellent... En route !
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