BRIE & CHAMPAGNE
Je n'ose vraiment, — par pudeur! — vous rappeler ici les vers d'Hégésippe Moreau sur La Voul:(ie.\\s ont été si banalisés, et tant de gamins les ânonnent ! Enfin, pour l'acquit de ma conscience^ je copie une fois de plus, — l'ai-je assez fait en pensum! — le fragment caractéristique ;
S'il est un nom bien doux, foit pour la poésie,
Ah 1 dites, n'est-ce pas le nom de la Vouizie ?
La Vouizie, est-ce un fleuve aux grandes îles ?Non!
Mais, avec un murmure aussi doux que son nom,
Un tout petit ruisseau, coulant visible à peine.
Un géant altéré le boirait d'une haleine ;
Le nain vert Obéron, jouant aux bords des flots,
Sauterait par-dessus sans mouiller ses grelots.
Mais j'aime la A^oulzie et ses bois noirs de mûres,
Et, dans son lit de fleurs, ses bonds et ses murmures ;
Enfant, j'ai bien souvent, à l'ombre des buissons,
Dans le langage humain traduit ses vagues sons ;
Pauvre écolier rêveur, et qu'on disait sauvage,
Quand j'émîettais mon pain à l'oiseau du rivage,
L'onde semblait me dire : « Espère ! aux mauvais jours
Dieu te rendra ton pain! » Dieu me le doit toujours.
So LES POÈTES DU CLOCHER.
Ce n'est pas à Provins, mais c'est tout près, — à Coulommiers, — qu'écrit M. Mcdéric Charot.
M. Mcdéric Charot nous dépeindra, de belle f;içon classique, la ferme de Brie :
Les garçons de labour, au poignet formidable, Rangent sous les hangards les herses pour la nuit; Au-dcdans de la ferme on prépare la table, Mt les couverts d'étain se heurtent à grand bruit.
\o\c\ que le troupeau s'en revient à l'étable; Lentement, l'air rêveur, un pâtre le conduit. Sans craindre des béliers la corne redoutable Un bambin court vers eux, les caresse et les suit.
Le soleil sur les toits darde ses flèches roses; Et, debout sur le seuil, content de toutes choses, A l'astre qui s'en va le fermier dit adieu ;
Pendant qu'au fond du ciel se levant blanche et pure.
L'étoile de Vénus sourit à la nature
Avec un rayon doux comme un regard de Dieu.
La Champagne a été souvent décrite en prose. Je sais un érudit, M. Armand Bourgeois, qui lui a consacré bien des pages intéressantes. Je sais un poète, M. de V'aucelle, qui y a fait, dans ses Aspiraîions champêtres, nombre d'allusions,
M. L. Richardot nous dit la Plaine champenoise. Voici ses strophes : la première est dure, mais les suivantes marchent avec entrain :
Sous son linceul épais et blanc, horizontale Comme un lac endormi par quelque nécroman, O Champagne ! ta plaine à l'infini s'étale D'un horizon à l'autre, incommensurément.
Muette sous le souffle âpre et dur de la brise Ou brillante au soleil comme un miroir poli, Tristement elle dort, maigre sous l'herbe grise. Sans ondulation, sans vague, sans un pli.
Des lignes de sapins, troncs altérés de sève, Seules ombrent au loin l'éclat du sol crayeux, Tandis que lentement, en tournoyant, s'élève Un grand vol de corbeaux, noir et silencieux.. .
LES POÈTES DU CLOCHER. 8l
Qu'ils s'écartent de toi, les joyeux de ce monde! Ton rêve n'est pas fait pour leur jeune gaité, Et les rires bruyants, comme en-la mer profonde. Se perdent sans écho dans ton immensité.
Mais, moi, j'aime le calme éternel de ta plaine Où, lorsque Messidor enflamme l'horizon, Au-dessus des troupeaux à la poudreuse laine L'alouette gauloise entonne sa chanson ;
Ta plaine où, par deux fois, et la Gaule et la France De leur glaive ont creusé sa fosse à l'ennemi, Où chantèrent deux fois l'hymne de délivrance Nos aïeux à Chàlons, nos pères à\^almy!
M. Charles des Guerrois a consacré tout un volume aux Paysages de Champagne. II y faudra revenir chaque fois qu'on s'occupera des « Poètes du Clocher ».
Voici VAoût en Champagne. Nous le devons à M. Antony Valabrègue, qui est lui-même à demi Champenois :
Le soleil chauffe à blanc le grand chemin poudreux ; Prés du hameau désert la campagne est brûlée ; Une lueur flamboie au milieu de l'allée Et va se perdre au pied du coteau vaporeux...
Il nous faut rafraichir un peu. . . Vite ! aux forêts de l'Argonne ! et puissent les sources y jaillir !