BOURGOGNE
Cette vaste terre de Bourgogne a eu de nombreux poètes. Elle en a eu pour ses vignobles sanglants et chauds ; elle en a eu pour les prairies de l'Yonne et les collines du Maçonnais ; elle en a eu aussi pour ses villes, parmi lesquelles se dressent, au milieu de la belle plaine opulente, les tours et les clochers de Dijon.
Un poète surtout a chanté Dijon. C'est cet étrange, ce macabre et lamentable Aloysius Bertrand, dont l'œuvre entière, — un caprice de virtuosité, — a gardé l'empreinte, profond creusée, des plus extraordinaires bizarreries romantiques. Par exception, le morceau suivant n'est qu'original. Et -Dijon doit être fière de cette fantaisie moyen âge, d'une si joyeuse et gaillarde venue !
O Dijon, la fille Des glorieux ducs, Qui portes béquille Dans tes ans caducs ;
Jeunette et gentille, Tu bus tour à tour Au pot du soudrille Et du troubadour.
A la brusquembille Ta jouas jadis Mule, bride, étrille, Et tu les perdis.
La grise bastille, Aux gris tiercelets, Troua ta mantille De trente boulets.
Le reître qui pille Nippes au bahut, Nonnes sous leur grille.
Te cassa ton luth.
Mais à la cheville Ta main prend encor Serpette et faucille, Rustique trésor.
O Dijon, la fille Des glorieux ducs, Qui portes béquille Dans tes ans caducs :
Ça ! vite une aiguille, Et de ta maison.
Qu'un vert pampre habille, Recouds le blason !
J'ai sous les yeux ma carte de France; et, ville par ville, département par département, je passe en revue les poètes bourguignons qui ont chanté leur Bourgogne. Ici c'est M. F. Fertiault qui consacre des sonnets aux mœurs et aux paysages de Verdun-sur-Saône; là c'est M. Hippolyte Buffenoir qui nous donne des ressouvenirs de la Côte-d'Or, de ses croupes et de ses vignes ; je reviens en Saône-et-Loire, et je trouve les vers de M. Louis Goujon sur cette fraîche et grasse nature. M"* Marie Suttin nous dit les noëls^ les chansons, les rondes du Charolais : elle y va trouver la matière d'un volume entier. Et que sais-je encore ? Je m'embrouille au milieu de tant de noms, — sans compter celui de Lamartine, qui les domine tous, et qui fait du Maçonnais quelque chose comme une terre sainte de la poésie.
C'est encore en Bourgogne, — dans un petit journal de Tournon, — que fut publiée cette chanson sur le Ben rre. Elle est de M. Auguste Buchot, et vous l'aimerez, à coup sûr, pour son parfum campagnard et sa vive allure :
Ma crcme sort de ki crèche ; Elle est fraîche, fraîche, fraîche, Et sa bonne odeur allèche Le chat qui fait son ronron...
Tape donc !
Il tourne autour de la trappe...
Tape, tape, tape !
Il y trempe le menton...
Tape, tape, tape donc!
Or il faut que je la batte Cette crème délicate.
Versons-la dans la baratte Où le beurre frais et blond.
Tape donc !
A mesure que l'on frappe
Tape, tape, tape !
S'épaissit sous le bâton...
Tape, tape, tape donc !
Ma baratte est presque pleine.
Je n'épargne pas ma peine ; Je m'en donne à perdre haleine ; La sueur m'en vient au front.
Tape donc !
La crème en sautant s'échappe
Tape, tape, tape !
Par la fente du bouchon...
Tape, tape, tape donc !
Comme il sera beau, mon beurre !
Quelle odeur suave il fleure !
Le voilà fait tout à l'heure :
Je sens qu'il durcit au fond,
Tape donc ! Se dépouille, se décape.
Tape, tape, tape !
Et qu'il se colle au bâton...
Tape, tape, tape donc !