‹ Les poètes du clocherChapitre 24 sur 56 · ENVOI · texte numérisé non relu

ENVOI

Ainsi, cher Parnin, ma muse, Qui folâtre et qui s'amuse, De rimes dont elle abuse Compose, — mauvais ou bon, —

Tape donc !

Son beurre, rustique agape,

Tape, tape, tape Pour nos lecteurs de Tournon. ..

Tape, tape, tape donc !

Je regrette de ne pouvoir vous citer quelques-uns des vers, — hauts en couleur et bien musclés, — de M. Edmonçi Morin, ni un poème rustique de M. Louis Goujon.

Vous aurez bientôt les Poèmes du Charolais de M"" Marie Suttin : vous y trouverez de la grâce et de la couleur locale, avec un accent ému qui anime jusqu'aux souvenirs les plus secs, jusqu'aux descriptions les plus froides.

Et c'est par la page suivante, — une belle, une ferme et classique page, — que je veux clore ce chapitre sur la Bourgogne. M. Lucien Pâté l'intitule : A Virgile, et il s y est fait virgilien :

Je te lisais, Virgile, entre deux champs de blé.

Et j'avais peine à lire, étant presqu'aveuglé,

Tant juillet, tout en flamme, incendiait la plaine !

Je me sentais pourtant protégé d'une haleine :

La tienne 1 — car tes vers, sous l'astre incandescent,

M'apportaient la fraîcheur de la nuit qui descend.

Mes yeux allaient, venaient, sans un heurt au passage,

Du livre aux champs d'épis, des épis à la page :

Aux vers comme aux épis même vêtement d'or !

Les yeux déjà levés, je croyais lire encor.

Les sillons achevaient ta phrase commencée.

Et la page reprise où je l'avais laissée

Me faisait voir vivant ce qu'il n'était qu'écrit.

Autre piège tendu pour surprendre l'esprit, ,

Les cigales frappaient leurs cymbales de cuivre :

Était-ce dans les blés ? Était-ce dans ton livre ?

Je ne distinguais plus, je me laissais aller

Au plaisir de confondre et de voir se mêler,

Dans un délicieux et pénétrant mystère,

Les choses du Génie et celles de la Terre !

Je marchais dans un pur et long enchantement, Lorsque l'étroit sentier s'élargit brusquement, Découvrant à mes yeux tout un pan de nature... Horizon bien connu ! — Cependant ma lecture S'arrêta. J'admirai, pour la centième fois, Le vallon, que Midi prive d'ombre et de voix, Les coteaux, au levant, tout tapissés de vignes, Les ondulations mouvantes de leurs lignes ; Au couchant, les bois chors à mes pas familiers ; Les prés, et le rideau lointain des peupliers; La rivière, à mes pieds, suivant sa molle pente Ht des saules du bord la lïle qui serpente, Là-bas, jusqu'à la Saune entrevue au travers D'un paysage foit pour encadrer tes vers, Et, tout plein du beau rêve où mon esprit se joue. Apercevant Chalon, je me dis : « C'est Mantoue ! »

Non, mon cœur ne l'a pas en vain imaginé,

O Virgile ! en Bourgogne il faut que tu sois né !

Sans doute que les noms ont des métamorphoses

Dont ne s'altère point la nature des choses.

Le Mincio, la Saône, à mon gré c'est tout un.

Et la louve romaine a passé par Autun !

Vauban et Scipion sont de même famille ;

Je prononce Carnot quand j'épelle Camille ;

Nous t'avons mal traduit. Ecoute, et reconnais

Ta voix dans le chant pur du cygne maçonnais.

Viens ! nous rencontrerons le vieillard du Galèse,

Et parmi les grands bœufs de race charolaise,

Il s'en trouvera bien pour servir de rivaux

Aux bœufs blancs du Clytumne et des chars triomphaux !

Au front de nos cités vois resplendir les gerbes

Des artistes divins, des orateurs superbes!

Cherche dans quel pays brille un faisceau pareil ;

Vois ces jaunes moissons s'alourdir au soleil,

Et dis si ce n'est pas ma terre que tu nommes

Grande mère des blés, grande mère des hommes !

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