SAVOIE
Je sais peu de poètes savoyards qui aient décrit ou chanté leur pays. C'est ainsi, — et c'est étrange. Cet entassement de rochers et de neiges, ces lacs magiques^ ces extases des yeux, cet air qui assainit les poumons, — tout cela, et à peine un ou deux poètes! Il m'a fallu bien des mois pour me faire à cette réalité. Mais quand on n'a pas ce que l'on aime... Tâchons d'aimer ce que nous avons!
Voici des poèmes de M. Charles Burdin. L'auteur s'est écrié :
Oui, je dirai les tiers transports Dont tu m'emplis l'àme, à patrie, Savoie, en plein granit pétrie] Terre des cœurs droits, des bras forts!
Il nous dépeint les Cinifs, l'aurore sur lés montagnes, le pic « chauve et gris « :
Sur le pic chauve et gris la chaleur se fait lourde ;
Après avoir éteint, aux lèvres delà gourde,
La fatigue et, la soif, plus forts nous descendrons
La pente abrupte, où les rouges rhododendrons,
Le genévrier glauque et les brunes myrtilles
Buissonnent...
LES rOKlKS DU CLOCHER.
Ailleurs se montre le clialet
Comme un bloc arrêté sur une pente verte.
Ailleurs encore c'est la "haute vallée;), semée de rochers gris, avec un village aux toits plats, que domine une tour ruinée. Les chétives maisons coudoient les « blondes avoines », les orges et les prés, — et, au milieu, courent et mugissent les tumultes du torrent.
Et le poète de conclure ainsi :
Nature, à nos pays rudes et tourmentés. Où le roc sur le roc en chaos s'amoncelle, Tu mets, dés le printemps, ta robe la plus belle; Tu fais plus bleus nos lacs et plus verts nos étés.
Nos fleurs, sur le granit, s'cntr "ouvrent plus vermeilles Que dans la plaine, où l'œil ne sait où reposer Et, d'heure en heure, on voit se métamorphoser Nos Alpes, étalant leur grâce et leurs merveilles.
Leur grandiose aspect se grave, chaque Jour, Plus profond dans nos cœurs ; leur image accompagne. Sous les cieux étrangers, les fils de la montagne : Souvenir qui parfois les tue, austère amour.
Il ne faut pas oublier que la Savoie avait été déjà célébrée par Jean-Pierre Veyrat.
On me signale des vers de M. Alcide Guebey : Aux petits Savoyards de Paris.
Au reste, Je n'ai pas de crainte pour la Savoie; le pays des lacs romantiques et du réalisme des vieilles mœurs, le pays des larges vallées et del'Arve courante, le pays quia sa part du Rhône et son morceau du Lac Léman, la solide et rugueuse terre enfantera ses poètes. Elle est française d'ailleurs, autant et plus que tout autre; une idée généreuse y sait prendre racine, — et la graine y lèvera que nous essayons de semer.