‹ Les poètes du clocherChapitre 31 sur 56 · DAUPHINÉ · texte numérisé non relu

DAUPHINÉ

M. Emile Trolliet a glorifié son Dauphiné natal dans une ode qu'il serait trop long de transcrire ici, mais à laquelle j'entends, à tout le moins, emprunter quelques strophes descriptives, — quelques traits croqués sur le vif:

Je cherche à l'horizon tes superbes montagnes Dont le pied touche à l'homme et le front touche à Dieu, Le Rhône frémissant qui longe tes campagnes Comme pour les border d'un large ruban bleu;

Et tous ces flots errants qui vont au Rhône en foule, Le Drac aux bonds fougueux, l'Isère au cours rompant. L'un qui se précipite et l'autre qui se roule, L'un ainsi qu'un dragon, l'autre ainsi qu'un serpent;

Et ta Chartreuse illustre avec ses cloîtres sombres, Tes gorges, noirs tombeaux de quelque voyageur, Et de tes grands sapins les séculaires ombres. Et de tes pics neigeux l'éternelle blancheur!

Au moment où j'achevais de transcrire cette strophe, on m'apporte une revue locale, — elle paraît à Voiron, — où je trouve

pricîsômcnt, sous l;i plume d'un auteur à pseudonyme macaronique (Jehan Hcrevisse !) une description de Voiron et de sa contrée. On nous y p-'^'lc de la fontaine

Qii'orncnt quatre lions et quatre dieux des eaux Versant nonchalamment l'onde sur les roseaux...

On nous y dit :

... Le chemin sinueux de la gorge Où descend, tourmentée et limpide, la Morge Que dominent des rocs abrupts et des bois verts...

Et nous vo}-ons encore le Trou des Sarra;{i7is, et le Pertuis de la vieille, et le Regardon ! A la bonne heure ! Voilà de la poésie locale, — et, n'était le pseudonyme, qui m'intrigue, j'applaudirai sans restriction. Mais il y a cet horrible pseudonyme,.. Aussi, pourquoi avoir été prendre un pseudonyme pareil ?

Un autre poète dauphinois, dont je ne connais d'ailleurs que le pseudonyme (H. Usher), a chanté le clocher natal. Il s'agit du clocher de Saint-Marcellin.

Notre auteur nous le montre portant m dans son corps de pierre un cœur d'airain » . Il nous parle des hirondelles qui s'y viennent cacher, — et il termine ens'écriant, de façon fort allègre :

Mon vieux clocher, salut!

M. Eugène Chenal, lui, nous vante une curiosité locale, les « Cuves de Sassenage ». 11 chante aussi le « Pic de l'Aiguille «, tandis que M. Demassue s'attarde devant le « Saut du Brigandou «, et que M. Joanny Pitaud nous décrit les masures de son canton. J'apprends, d'autre source, que M. Auguste Gillouin prépare un poème dauphinois, Le Comte KÂDiaury. Et je ne vous ai pas parlé de Brises alpestres de M. Jean Sarrazin, — le trois fois célèbre marchand d'olives ! — ni des vers de M. Maurice Cham^^y'ier, m de CQS Roses du Dûitphiné quQ M"^ Adèle Souchier donnait, il y a bien des années, avant l'essor général des « Poètes du clocher ». Je ne vous ai même pas dit que M. Gustave " Rivet, — aujourd'hui député de l'Isère, — a souvent célébré sa province natale, ni que M. Henri Second, — un autre dau-

phinois, — s'arrache à ses chroniques pour décrire une source alpestre, un chemin montagnard ou un village du « pays » .

Et je sais encore des dauphinois qui chantent leur Dauphiné, — M. Emile Viallet, par exemple, dont j'ai là un sonnet remarquable, et M. Francisque Trollié, et vingt autres. Sans parler de Ponsard, qui était né à Vienne-sur-Rhône, et qui l'a dit ! Et je terminerai cette liste par le nom d'un poète excellent, fin ciseleur, dauphinois lui aussi, et amoureux du Dauphiné, —■ Gabriel Monavon.

Et maintenant passons Valence, — la Falhisse des employés du chemin de fer... Voici le cirque romain d'Orange, voici Avignon et le château des Papes !

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