‹ Les poètes du clocherChapitre 36 sur 56 · ROUSSILLON · texte numérisé non relu

ROUSSILLON

On ne connaît guère le Roussillon. A dire vrai, il est humble et tient peu de place. Enserré d'un côté par les lagunes de Narbonne et les basses plaines de l'Aude, étouffé de l'autre par les montagnes abruptes et le dur lacet des routes militaires taillées en pleine roche, le Roussillon n'a pour lui que ses stations pour les poitrinaires, et son « banyuls » pour les estomacs délabrés. On le traverse pour se rendre en Espagne : on ne s'y arrête pas ; et, à dire vrai, Perpignan n'est-elle point déjà une ville espagnole ?

Rien d'étonnant à ce que le Roussillon n'abonde guère en poètes locaux. La couleur ne lui manque pas ; mais les paysfrontières sont destinés à cet étranglement entre deux civilisations et deux races.

Je n'ai pu trouver en Roussillon, pour notre cueillette de morceaux pittoresques et des lyriques du crû, qu'une frêle brochure. Auteur : M. Albert Saisset, — et titre : Poésies roussi lloiinaises. J'y vois deux ou trois morceaux historiques,, à la manière des classiques du Premier Empire ; j'y note également une description de Perpignan, avec sa cathédrale, sa 'c Loge » et son

t Castillet ». Enfin j'y découvre une invocation à la montagne roussiilonnaise par excellence, à ce neigeux Canigou, dressé audessus d'une plaine où mûrissent les vins chauds. M. Saisset nous décrit d'abord la vue qu'on embrasse depuis le Canigou; il nous parle de son ermitage célèbre ; il nous dit la joie qu'éprouve r « enfant du pays » à retrouver sa montagne chérie ; il termine par cette apostrophe :

Tu fus l'heureux témoin des luttes de nos pères :

A tes pieds, dans les champs du Boulou, leurs repaires,

Les soldats espagnols, battus et dispersés,

Virent le Tech rouler leurs morts et leurs blessés.

Redis à nos enfants la consolante histoire

De ces jours valeureux, marqués par la victoire,

Et qu'un jour, comme alors, s'ils étaient envahis,

Ils sachent vaincre encore, et sauver leur pays !

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