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LIMOUSIN

Lorsqu'on va de Périgueux jusqu'aux plateaux du centre, par Brive-la-Gaillarde, — la ville raillée, charmante quand même, et toute fraîche dans sa ceinture de prés et de collines, — on voit d'abord de gros bourgs dévalant le long des pentes, on fait commerce avec des rivières limpides, des chemins « doux-fleurants », comme eût dit ce paysagiste d'occasion qui s'appella Montaigne; puis on entre dans le vrai Limousin, le pays planté de chênes et tout écartelé de roches. Je sais peu de sites comparables à ceux qu'on traverse entre Brive et Tulle. Partout des éboulis, des cascades mousseuses, des hameaux perdus dans la ravine , des végétations d'une teinte sombre, d'étroits horizons encaissés, où la fumée des locomotives se déchire aux aspérités, puis s'éparpille dans Tair froid. La rude montée ! Enfin l'on arrive à Tulle, et c'est là que commence cette région désolée qui va jusqu'à l'Auvergne d'un côté, jusqu'au Quercy de l'autre... Des plateaux immenses, où tressaillent les bruyères battues du vent; çà et là, quelque village pauvre, groupé autour de son église sans style; de profondes vallées qu'on aperçoit un instant, qui se dé-

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roulent sous un viaduc, pour aller, là-bas, se perdre dans le bleu noirâtre : des infinis de solitude et d'abandon. Il y a un endroit qui est admirable. On }• atteint près de Meymac,, au point précis où la ligne de Limoges vient s'accoler à celle de Tulle, pour la suivre vers Clermont-Ferrand. I/air est vif; le plateau s'étend, coupé et tailladé de creux brusques, à perte de vue ; dans la direction du Nord, des sommités indécises apparaissent. C'est d'une grandeur muette et d'une imposante sévérité.

Voilà bien la nature limousine. On y respire l'oubli de Paris, — et c'est peut-être pour cela qu'on l'aime. Mais non, mille fois non ! on l'aime pour elle-même^ pour sa beauté primitive et calleuse, et qui l'a vue ainsi, par une fin de jour d'automne, n'en ou'Dliera jamais les lignes vigoureuses et l'àpre atmosphère.

Le Limousin a un poète, — et c'est M. Gaston David. Je ne vous citerai rien de lui, pour la bonne raison que tout serait à citer. Ce ne sont qu'invocations à la terre natale, souvenirs d'enfance, effusions de famille, accolades au pays et saluts au clocher. Et c'est très lamartinien, très abondant, très lyrique, conçu largement, exécuté de classique façon, comme une large S3'mphonie où l'amour du pays chanterait. Je recommande surtout aux lettrés les morceaux « limousins « que M. Gaston David a mis dans son Poème de. la Vie.

Un autre poète du Limousin, Auguste Lestourgie, — il habitait Argentat, — nous a chanté son petit pays :

J'arrivais plein de foi, d'amour, de poésie ! Je sentais sous mes pieds frémir le sol natal ; Devant moi je laissais courir ma fantaisie, De buissons en buissons, dans les détours du val.

J'allais donc vous revoir, ô solitude aimée ! Sentiers moussus des bois, arbres de mon verger. Seuil à jamais béni, maison longtemps fermée. Mais qui n'a pas, du moins, abrité l'étranger !

J'allais donc vous revoir, m'enivrer, à toute heure, Des arômes épars dans les chemins ombreux, Boire les traiches eaux de la source qui pleure, Et retrouver partout mes souvenirs heureux !

Le célèbre auteur des Pensées, le poète patois de VEpopée Limousine, l'abbé Joseph Roux, laissera quelques sonnets français sur sa terre de souffrance et d'amour, — le pays de Tulle et de Brive.

Enfin, il y a, tout près de Limoges, et sur la Vienne, une île qui s'appelle 1' « Ile Madame ». Je manquerais à tous mes devoirs si je ne vous signalais les vers qu'a écrits M. A. Grospas sur la dite île. J'y vois un tableau de la vallée, oùff ondoient les froments » ; j'y apprends que l'île contient des « mousses argentées ))^ des sentiers et des chênes...

Oh! l'heureuse terre du Limousin, qui réunit en elle les beautés sévères et les onduleuses lignes^ le rude et le doux, le triste et l'exquis ! Et qu'il est donc splendide, ce pays de France, où tous les contrastes se touchent, s'appellent et se font valoir !

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