‹ Les poètes du clocherChapitre 45 sur 56 · VENDÉE · texte numérisé non relu

VENDÉE

Est-il au monde récit plus étrangement héroïque, plus mouvementé, plus farouche que celui des guerres de ^^endée ? Tous les historiens en ont parlé, et tous nous ont fait frémir en en parlant ; avec sa géniale exagération, avec ses grossissements superbes, Victor Hugo en a démesurément grandi quelques scènes dans Oitatre-Fingt-Trei^e; Erckmann et Chatrian y ont trouvé les plus saisissants motifs de leur Histoire d'un Taysan; je lisais encore, il y a peu de mois, un roman de M. Elémir Bourges : Sous la Hache, où il était question de ces guerres et de cette nature.

La Vendée a-t-elle fourni beaucoup de « poètes du clocher? » Xotre chapitre sera vite clos.

M. Emile Grimaud est le poète vendéen par excellence. Il a donné, — et. toujours sur le même thème, — quelque chose comme dix volumes. Je n'en ai qu'un dans les mains. Titre double : Dieu et k Roi. Vous voyez d'ici le ton : c'est de la poésie de « chouan ». Et tous ces petits poèmes, tous ces épisodes, toutes ces évocations, tout cela vit, court ou prêche dans le cadre de nous connu — les broussailles, les fourrés, l'étang

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du GraiiJ-Licu, ks petits bourgs des u Blancs '-, les lointains villages catholiques.

M. Iimile Griniaud a été le conseiller et Tami de \'ictor de Laprade : ces deux intransigeants de la droiture, ces deux aciiarnés du bien, ces deux preux de lettres devaient s'entendre.

\'oycz avec quels accents émus M. Grimaud nous chante S3n pays natal :

O sol où je reçus la vie.

Ne m'inspire donc plus l'envie

De te revoir, Puisqu'en passant du jour à l'ombre, De tes champs à la ville sombre,

J'ai l'esprit noir;

Puisque je souffre et je regrette De n'avoir pas une retraite

En tes forêts, Un coin où, dès la prime aurore, Alouette au gosier sonore,

Je chanterais.

Je dirais tes vallons, tes landes, Et tes donjons, et tes légendes

Des anciens temps; Pas à pas, je suivrais la trace De ta prodigieuse race

De combattants.

Hélas ! hélas ! ma noble terre, Voilà longtemps qu'il faut me taire...

Je cède au sort; Mais, chantant ou muet, je t'aime :

Je sens que je t'aimerai même

Après la mort !

C'est dans la même catholique Vendée que M. Xuma d'Angély place son Chemin de l'église :

Un petit chemin creux, longeant le cimetière. Conduit, sous les noyers, à la maison des sœurs ; — Entre deux, une place où filtre la lumière, Et, tout au fond, l'église, ouverte aux laboureurs.

Que de fois, au détour, m'accoudant sur la pierre, Je regarde, en passant, avec des yeux rêveurs. Cet humble coin de bourg, où fleurit la prière, Avec son frais asile ec son champ de douleurs !

Tableau mélancolique, en sa grâce sévère : Tandis que les noyers raclent leur ombre austère Aux clartés de l'école, aux rayons du dehors,

Corrigeant, en retour, le morne voisinage, La cornette des sœurs sourit au noir feuillage. Et les rondes d'enfants dérident les vieux morts !

C'est sur un mode tout différent que M. Auguste Barrau nous décrit les mœurs ou les paysages vendéens. Ses vers ont moins de musique lamartinienne, mais j'y trouve du pittoresque et de la verve. Et, quand notre auteur publiera ses Contes vendéens, il en montera une bonne et vigoureuse odeur du terroir.

HT

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