XL VI ROUMANIE
L.i Roumanie a un grand poète, qui est en même temps son ambassadeur à Paris. M. Vasile Alecsandri a écrit un Chant des peuples latins, célèbre du coup, et cité encore dans toutes les publications de nos félibres. Mais c'est en Roumain qu'il compose; nous sommes donc obligés de ne le mentionner qu'en passant.
Il n'v a, à notre connaissance, qu'un seul écrivain qui ait célébré la Roumanie en vers français. M'^ Hélène Vacaresco a esquissé, dans ses Chants d'aurore^ quelques paysages de cette lointaine terre, qui, enserrée entre les steppes russes, le Danube et la triste Mer Noire, s'accroche aux pentes arrondies, aux gorges et aux aspérités des Carpathes. Paysages larges et plats, d'une mélancolie grandiose et d'un charme inédit. Il y parait dans les vers de M"' Vacaresco. Elle nous parle de « la plaine infinie où se meurt le soleil »; elle nous peint les blés mouvants, œs blés auxquels la brise prête des houles marines... Mais où son œuvre nous sera précieuse, c'est lorsque, — comme dans la Chanson roumaine, — elle interprète une héroïque et pittoresque berceuse de là-bas :
Le maïs verdit parmi Therbe verte.
Ma petite porte au vent s'est ouverte,
Elle s'ouvre au vent : ne la fermez pas. Le maïs d'avril er.t éclos là-bas.
Lorsque le zéphyr l'ouvre en la nuit brune, Ce n'est pas pour toi, doux œil de la lune.
Le vent au matin l'ouvre avec émoi.
Regard du soleil, ce n'est pas pour toi.
Ma porte en chantant s'ouvre d'elle-même Sous les pas joyeux de celui que j'aime.
Ma petite porte ouvre son battant Pour fêter celui que mon rcvc attend.
Celui que je veux est hautain et tendre.
Ma porte en chantant s'ouvre pour l'attendre.
Et moi, pour emplir les soirs pleins d'ennui. Je file à ma porte en rêvant à lui,
Car je poserai mon front sur sa bouche
Et ma main qui tremble en sa main farouche.
lime contera l'horreur des combats.
. La pierre du seuil souhaite son pas.
Il me chantera la terre conquise .
Son souffle léger est cher à la brise.
Il dira qu'il m'aime et je le croirai. Le soleil puissant emplira le pré.
Le maïs verdit parmi l'herbe verte.
Ma petite porte au vent s'est ouverte.
Elle s'ouvre au vent, ne la fermez pas : Le maïs d'avril est éclos là-bas.
Et maintenant, adieu l'Europe! Nous partons pour les colonies.