‹ Les poètes du clocherChapitre 52 sur 56 · CUBA · texte numérisé non relu

CUBA

On sait le genre de M. José- Maria de Hérédia. Il n'est pas un de ses vers qui ne porte avec lui sa marque, et, — si j'ose employer un aussi gros mot pour quelques syllabes mises bout à bout, — son esthétique. M. de Hérédia s'attache à la sonorité des terminaisons et à leur éloquence ; il veut qu'on puisse, sur le vu des seules rimes, et en laissant de côté tout le reste, suivre le sens, interpréter la pensée du morceau. Vous voyez si le vocabulaire doit être éclatant à la fois et précis ! Pas une expression laissée au hasard de la rime, à la fougue de la création : ce hasard lui-même est muselé, cette fougue tenue en laisse. Il s'agit d'un art à la fois micrographique dans le détail et grandiloquent dans l'ensemble, puisque cette laborieuse construction de chaque quatrain, cette angoissante correction de chaque tercet doivent aboutir à la parfaite magnificence du morceau. H y a bien un peu de bvzantinisme dans le cas de M. de Hérédia, et je ne voudrais point être de son école ; quelque spontanéité ne nuirait pas où notre écrivain n'entend mettre qu'une longue patience : mais je ne saurais refuser au labeur artistique ainsi entendu la

grandeur du désintéressement et la solidité du méthodique effort. Nous n'avons, au reste, qu'à le juger sur les résultais acquis, et quelques sonnets de M. de Hérédiasont des merveilles oratoires. On les dit avec la bouche pleine ; la mélodie en déborde, le choc des sons y est encore de la majesté, toute voyelle y prend une âme, toute consonne y vit de sa propre vie : c'est la glorification, c'est l'apothéose du verbe.

M. de Hérédia a fait plusieurs allusions à son île de Cuba. Je ne parle pas du fameux sonnet des Conquérants, le modèle du genre et sa condamnation, puisque l'auteur lui-même n'a jamais pu atteindre, depuis, à une beauté supérieure. Mais il est, dans l'œuvre de José-Maria de Hérédia, plus d'un passage qui touche à la '<■ poésie du clocher » . On le verra mieux encore lorsque paraîtra le livre depuis si longtemps attendu, ce livre au titre rutilant et fastueux, — les Trophées.

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