LU EN MANIÈRE DE CONCLUSION
Donc il en r(3ste beaucoup encore, de ces hommes qui savent la vie ingrate, qui la connaissent monotone ou douloureuse, et qui s^'en consolent par des mots accouplés. Les uns ont eu la foi, — et ils ont souffert ; les autres ont haï, — et ils ont souffert; ceux-ci espéraient, — et ils ont souffert; ceux-ci ont fait souffrir, — et ils souffrent; ceux-ci encore ont aimé, — et ils vont souffrir. Heur ou malheur, la vie est plutôt malheur. Et, au milieu de cette fournaise, dans l'entrecroisement de toutes ces pensées confuses ou cruelles, sous la menace de tous ces couteaux levés, c'est un refuge que le rêve, une consolation que le rythme. On est poète parce qu'on souffre ; aussi la poésie ne mourra-t-elle jamais. Cette intelligence écrasée, elle la relève ; ce cœur somnolent, elle l'exalte ; ces yeux éteints, elle les fait revivre. Elle nous sauve des bassesses, elle nous réchauffe sous les glaciales désillusions, elle nous garde contre le sort et contre nous-mêmes. Et bénie soit-elle, la mère, la nourrice, celle qui pétrit l'art dans la tristesse, celle que nous servons aux heures dures, la méprisée des goujats, la raillée, la honnie, la proscrite, caresse pour les yeux mouillés, musique pour les oreilles lasses, — la divine poésie !