FRAGMENT DU POÈME INTITULÉ L'ENFER
O Roy heureux, soubz lequel sont entrez Presque perys, les lettres, et lettrez! Entens après (quant au point de mon estre) Que vers midi les haults Dieux m'ont fait naistre,
Où le Soleil non trop excessif est :
Par quoy la terre avec honneur s'y vest De mille fruitz, de raainte fleur, et plante : Bacclius aussi sa bonne vigne y plante Par art subtil sur montaignes pierreuses. Rendans liqueurs fortes et savoureuses, Mainte fontaine y murmure, et ondoyé.
Et en tous temps le laurier y verdoyé Près de la vigne, ainsi comme dessus Le double mont des Muses, Parnassus :
Dont s'esbahit la mienne fantaisie, Que plus d'esprits de noble Poésie N'en sont yssuz. Au lieu que je declaire, Le fleuve Lot couve son eau peu claire, Qui maints rochers traverse et environne, Pour s'aller joindre au droict fil de Garonne. A brief parler, c'est Cahors en Quercy, Que je laissay pour venir querre icy Mille malheurs, auxquelz ma destinée M'avoit submis. Car une matinée, N'ayant dix ans, en France fus mené :
Là où depuis me suis tant pourmené, Quej'oubliay ma langue maternelle, Et grossement apprins la paternelle Langue Fran('oise, es grandz Cours estimée, Laquelle en fin quelque peu s'est limée, Suyvantle Roy François premier de nom, Dont le sçavoir excède le renom.
C'est le seul bien que j'ay acquis en France Depuis vingt ans en labeurs et souffrance...