‹ Les poètes du terroir du 15e siècle au 20e siècle; textes choisis accompagnés de notices biographiques, d'une bibliographie et de cartes des anciens pays de FranceChapitre 121 sur 284 · EGLOGUE AU KOY. SOUBZ LES NOMS DE PAN ET ROBIN · texte numérisé non relu

EGLOGUE AU KOY. SOUBZ LES NOMS DE PAN ET ROBIN

Un Pastoureau qui Robin s'appelloit, Tout à pur soy n'agueres s'en alloit

1. Marot fit celte ^gloguc dans l'automno de sa vie. Il paiail qi ce fut au rclour de son premier exil. Il s'aperçut alors (ju il falla dire adieu jt-unossc, comme il le martiuc si agK'abIcmcnt dans sr Adieu à la ville de Lyon {l'Jpitre 52).

Parmy fousteaux (arbres qui font umbrage)

Et là tout seul faisoit de grand courage

Haut retentir les boys, et l'air serain,

Chantant ainsi : O Pan, Dieu souverain,

Qui de garder ne fus onc paresseux

Parcs, et brebis, et les maistres d'iceulx,

Et remets sus tous gentils pastoureaulx,

Quant ilz n'ont prez, ne loges, ne taureaulx

Je te supply (si onc en ces bas estres

Daignas ouyr chansonnettes champestres),

Escoute un peu, de ton verd cabinet,

Le chant rural du petit Robinet.

Sur le printemps de ma jeunesse folle,

Je ressembloys l'arondelle qui vole.

Puis çà, puis là; l'aage me conduisoit

Sans peur, ne soing, où le cœur me disoit.

En la forest (sans la crainte des loups)

Je m'en alloys souvent cueillir le houx,

Pour faire gluz à prendre oyseaux ramages

Tous differens de chantz, et de plumages ;

Ou me souloys pour les prendre entremettre

A faire bries, ou caiges pour les mettre;

Ou transnouoys les rivières profondes.

Ou renforçoys, sur le genouil les fondes.

Puis d'en tirer droict et loing j'apprenoys

Pour chasser loups, et abbatrc des noix.

O quantes fois aux arbres grimpé j'ay

Pour desnicher ou la pie, ou le geay, •

Ou pour jetter des fruits jà meurs et beaux

A mes compaings, qui tandoient leurs chappeaulx.

Aucunefoys aux montagnes alloye, Aucunefoys aux fosses devalloye.

Pour trouver là les gistes des fouynes, Des hérissons, ou des blanches hermines : Ou pas à pas le long des buyssonnetz Allois cherchant les nidz des chardonnetz, Ou des serins, des pinsons, ou lynotes. Desjà pourtant je faisois quelques notes De chant rustique, et dessoubz les ormeaux Quasi enfant sonnoys des chalumeaux.

Si ne sçauroys bien dire ne penser, Qui m'enseigna si tost d'y commencer, Ou la nature aux Muses inclinée, Ou ma fortune, en cela destinée A te servir : si ce ne fut l'un d'eulx, Je suis certain que ce furent tous deux.

Ce que voyant le bon Janot, mon père, Voulut gaiger à Jacquet, son compère i.

Contre un veau gras, deux aignelets bessons, Que quelque jour je ferois des chansons A ta louange (ô Pan, Dieu très sacré), Yoyre chansons qui te viendroyent à gré. Et me souvient, que bien souvent aux festes. En regardant de loin paistre noz bestes, 11 me souloit une leçon donner, Pour doulcement la musette entonner, Ou à dicter quelque chanson rurale Pour la chanter en mode pastourale.

Aussi le soir que les trouppeanx espars Estoient serrez, et remis en leur parcs. Le bon vieillard après moy Iravailloit, Et à la lampe assez tard me veilloit.

Ainsi que font leurs sansonnetz, ou pyes. Auprès du feu bergères accroupies.

Bien est-il vray, que ce luy estoit peine : Mais de plaisir elle estoit si fort pleine, Qu'en ce faisant sembloit au bon berger, Qu'il arrousoit en son petit verger Quelque jeune ente, ou que teler faisoit L'aigneau qui plus en son parc luy plaisoit * Et le labeur qu'après m«»y il mit tant. Certes c'estoit affin qu'en l'imitant, A l'advenir je chantasse le los De toy (ô Pan) (jui augmentas son clos, Qui conservas de ses prez la verdure Et qui gardas son troui)eau de froidure. Pan (disoit-il), c'est le Dieu triumphant Sur les pasteurs, c'est celuy (mon enfant)

t. Jnc'juel, Jacques Colin.

Qui le premier les roseaux pertuysa,

Et d'en former des flustes s'advisa :

Il daigne bien luy-mesme peine prendre

D'user de l'art que je te veux apprendre.

Appren-le doncq, afin que monts et bois,

Rocs, et estangz, apprennent soubz ta voix

A rechanter le haut nom après toy

De ce grand Dieu que tant je ramentoy :

Car c'est celuy, par qui foisonnera

Ton champ, ta vigne, et qui te donnera

Plaisante loge entre sacrez ruisseaulx.

Là, d'un costé, auras la grand' closture

De faulx espez : où, pour prendre pasture,

Mousches à miel la fleur succer iront,

Et d'un doulx bruyt souvent t'endormiront :

Mesmes alors, que ta fleuste champestre

Par trop chanter lasse sentiras eslre.

Puis tost après, sur le prochain bosquet,

T'esveillera la pie en son caquet :

T'esveillera aussi la colombelle,

Pour rechanter encores de plus belle.

Ainsi, soingneux de mon bien, me parloit Le bon Janot, et il ne m'en chaloit : Car soucy lors n'avois en mon courage D'aulcun bestail, ne d'aulcun pasturage.

Quand printemps fault et l'esté comparoist, Adoncques l'herbe en forme, et force croist. Aussi quand hors du printemps jeuz esté, Et que mes jours vindrent en leur esté, Me creut le sens, mais non pas le soulcy : Si emploiay l'esprit, le corps aussi Aux choses plus a tel aage sortables, A charpenter loges de bois portables :

A les l'ouler de l'un en i'aultre lieu, A y semer la jonchée au milieu, A radouber treilles, buyssons et hayes, A proprement entrelasser les clayes.

Pour les parquets des ouailles fermer, Ou à tyssir (pour fromages former) Panier d'osier et fiscelles de jonc,

Donc je souloys (car je l'aymois adonc) Faire présent à Heleine la blonde.

J'apprins les noms des quatre pars du monde, Japprins les noms des vents qui de là sortent, Leurs qualitez, et quel temps ilz apportent : Dont les oiseaux, sages devins des champs, M'advertissoyent par leurs volz et leurs chants. J'apprins aussi, allant aux pasturages : A éviter les dangereux herbages, El à cognoisti'e, et guérir plusieurs maulx, Qui quelquefois gastoyent les animaulx De nos pastiz : mais par sus toutes choses, D'autant que plus plaisent les blanches roses, Que l'aubespin, plus j'aymois à sonner De la musette, et la fis resonner En tous les tons, et chants de Buccoliqucs, En chants piteux, en chants mélancoliques. Si qu'à mes plaincls un jour les Oreades, , Faunes, Silvains, Satyres, et Drijides,

En m'escoutant jetterent larmes d'yeulx Si firent bien les plus souverains Dieux, Si fit Margot bergère, qui tant vaut' : Mais d'un tel pleur esbahyr ne se faut. Car je faisoys chanter à ma musette La mort (helas!) la mort de Loysettc, Qui maintenant au ciel prend ses esbat* A veoir encor ses trouppeaux icy bas.

Ainsi, et donc, en l'esté de mes jours

Plus me plaisoit aux champestres séjours

Avoir fait chose (ô Pan) qui t'aggreast,

Ou qui l'oreille un peu te recreast,

Qu'avoir aultant de moutons, que Tityre :

Et pKis (cent fois) me plaisoit d'ouyr dire :

Pan fais bon œil à Robin le berger,

Que veoir chez nous troys cents beufz héberger :

Car soulcy lors n'avoys en mon courage,

D'aucun bestail, ne d'aulcuu pasturage.

1. Marfjof, Margucrile de Valois, sceur de François I" et relue ilc Navarre.

Mais maintenant, que je suis en l'automne, Ne sçay quel soing inusité ni'estonne : De tel' façon, que de chanter la veine Devient en moy (non point lassé, ne vaine) Ains ' triste, et lente, et certes bien souvent Couché sur l'herbe, à la Irescheur du vent, Voy ma musette à un arbre pendue :

Se plaindre à moy, qu'oysive l'ai rendue : Dont tout à coup mon désir se resveille, Qui de chanter voulant faire merveille, Trouve ce soing- devant ses yeulx planté. Lequel le rend morne, et espouvanté :

Car tant est soing basanné, laid, et pasle, Qu'à son regard la Muse pastoralle, Voyre la Muse héroïque, et hardie, En un moment se trouve refroidie, Et devant luy vont fuyant toutes deux, Comme brebis devant un loup hydeux.

J'oy, d'autre part, le pivert jargonner, Siffler l'escouffle, et le butor tonner, Yoy l'estourneau, le héron, et l'aronde Estrangement voler tout à la ronde, M'advertissant de la froide venue Du triste hyver, qui la terre desnuë.

D'autre costé, j'oy la bise arriver,

Qui en soufflant me prononce Fhyver :

Dont mes trouppeaux cela craignant et pis,

Tout en un tas se tiennent accroupis;

En diroit-on, à les ouyr besler, •

Qu'avecques moy te veulent appeller

A leur secours, et qu'ilz ont cognoissance,

Que tu les as nourris dès leur naissance.

Je ne quiers pas (ô bonté souveraine) Deux mille arpens de pastiz en Touraine, Ne mille bœufz errants par les herbis Des monts d'Auvergne, ou aultant de brebis ; Il me suffit que mon troupeau préserves Des loups, des ours, des lyons, des loucerves,

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