PIERRE DE GARROS
(xvi» siècle)
Ce précurseur incontestable du Félibrigo. selon l'expression le M. Paul Mariéton. n'est connu que depuis peu. Ses poésies, (■unies eu doux volumes. Psaumes de David viratz en rythme jascouji (15GÔ) et Poesias Casconas (1567), et rééditées en 1895' oar son compatriote Alcée Durrieux, constituent le premier iionument littéraire du dialecte gascon dans sa forme moderne, aquelle forme, a-t-on observé, n'a pas plus changé que la prolonciation elle-même. Protestant zélé et convaincu «comme la ilupart des fidèles de cette couronne de Héarn qui avait aclu illi Bonaventure des Périers et Clément Marot. sous la preiiieio Marguerite », il était originaire de Lcctoure. La date de ^i naissance a été longtemps controversée, mais l'on sait aujourriuii qu'il vit le jour au début du xvi" siècle, et qu'il appartenait à une riche maison de Gascogne. Alcée Durrieux a donné lus détails intéressants sur la vie de ce poète; mais comme il i fait plus souvent appel à son imagination qu'aux documents , originaux, nous nous garderons de la plupart de ses assertions, î Néanmoins ou doit le croire lorsqu'il affirme, avec des preuves à l'appui, que Pierre dé Garros, étudiant en droit, puis licencié de l'Université de Toulouse, fut successivement conseiller au siège présidial de la sénéchaussée d'Armagnac, lieutenant pari ticulier du sénéchal à Lectoure et avocat général à la cour sou- I veraine de Pau. Distingué et protégé par Jeanne d'Albret, il fut chargé de diverses missions, et en lôTl on le trouve délégué, avec quelques-uns de ses compatriotes, pour aller saluer la reine de Navarre et le prince son fils (le futur roi Henri IV) à Nérac. Il mourut vraisemblablement à Pau. après l'an 1582. On a dit qu'à deux reprises il dut fuir les persécutions exercées contre les calvinistes et gagner même une terre d'exil. Rien
1. Las Obros de Pey de Garros : l. Psaumes de David trad. en vers f/ascnns par Pierre de Garros, etc. Traduits du gascon en français I>ar Alcée Durrieux. — II. Poésies Gasconnes de Pierre de Garros, Aucli, imprim. Gaston Foix, 1895, 2 vol. in-18, 100 ex. C'est une édition fort médiocre.
n'est moins certain, mais il est hors de doute que Garros fut un des plus ardents vulgarisateurs de la Réforme. Sa science, son dévouement à une cause chère, ses aptitudes de poète, qui déjà s'étaient manifestées dans sa jeunesse, le désignèrent tout naturellement pour traduire en dialecte du cru les Psaumes de David. 11 le fit avec une sincérité, un talent qui lui ont valu de nombreux admirateurs. Ses psaumes, répandus et chantés par le peuple, eurent un retentissement considérable et décidèrent de son génie poétique. Son texte, d'une forme à la fois correcte et élégante, mais qui n'est souvent qu'une ingénieuse paraphrase de l'original, fut en Armagnac l'équivalent de la traduction de Clément Marot dans les pays de langue française, c'est-à-dire un chant sacré que les huguenots adoptèrent et qui guida leur foi. Les Psaumes de David viratz en rythme gascoun parurent à Toulouse, chez Jacques Colomès, en 1565 (in-12). précédés •d'une dédicace à « Très illustre et très haute princesse la reine de Navarre ». Encouragé par son succès. Garros donna deux ans après, sous le titre Poesias gasconas (Toulouse, Colomès, 1567, in-12). un recueil de poésies diverses, où l'on trouve des héroïdes à l'imitation des anciens, huit églogues touchant les mœurs rustiques et une sorte de manifeste en faveur de la langue gasconne. Après avoir fait œuvre de foi religieuse, Pierre de Garros terminait sa carrière par une manifestation de foi littéraire et morale. Ses héroïdes ne sont, à proprement parler, qu'un exercice d'éloquence, mais ses églogues demeurent comme un des plus authentiques et émouvants témoignages d'une éjioquo troublée de notre histoire. Elles renferment des pages qui ont sollicité la verve de ceux qui vinrent après lui, en créant un genre. Telles pièces, Mauberdot (Méchant Verdet) et Ifcrran (Le Ferrailleur), ne sont pas déplacées près do ce tableautin saisissant de (îoudouli, Loti Croquant. « Abandonnant les sentiers étroits du sentimentalisme, trop battus jusque-là. écrit M. J. Michelet, Garros osa aborder avec un égal mérite la poésie biblique, héroïque et pastorale. L'arme ne faiblit jamais dans sa main de novateur, et le langage est partout au niveau de la pensée. Son vers est clair, lucide; sou style simple, ses tableaux relevés par des remarques toujours empreintes de sagesse, qui font ressortir son esprit observateur, judicieux, indépendant. La rapidité et lu facilité de conception sont alliées a une abondance de coloris, d'images qui donnent à son talent un cachet particulier. ■
BiBLiooRAPiiiE. — J.-C. Brunot, Manuel du Libraire. — Supplément à la Biographie univ. de Michaud. — Alcée Durrieux, Notice biogr., eu tête de la réimpr. des l'sauines de Pey de (iarros, etc. — J. Michelet, Poètes f/ascons du fiers, depuis te seizième siècle jusqu'à nos Jours, Auch, impr. Th. Bouquet, 1904, in-8».
Voir en outre Revue (V Aquitaine, t. I"', p. 125-126, t. IX, p. 204, 205; Revue de Gascogne, t. I-, p. 355, 405, 468, 499; t. II, p. 571; t. XIII, p. 537.