‹ Les poètes du terroir du 15e siècle au 20e siècle; textes choisis accompagnés de notices biographiques, d'une bibliographie et de cartes des anciens pays de FranceChapitre 124 sur 284 · CHANT NUPTIAL · texte numérisé non relu

CHANT NUPTIAL

Debout, allez, filles de Lectoure, — Faire bon accueil à l'épousée qui vient; — Revenez de bonne heure, jeunes filles — Qui allez ramasser la jonchée ' ; — Portez pleines corbeilles — De verdures fraîches, — Et quand vous reviendrez, — Vous tenant la main dans lu main, — Gaies et couvertes de fleurs, — Vous chanterez une chanson.

Sortez, donzelles^ aux cheveux dorés — Qui trop souvent vous faites prier; — Sortez mignonnes, bien parées,— Et no vous faites plus tant gourmander. — Qu'elles aillent les plus jolies — Et les plus diligentes — Aux champs en grand nombre ; — Montrez qu'il n'était — Nul besoin — D'aiguillon aigu.

Courez ébrancher la ramée, — Gentils compagnons des bois, — En revenant au long de la prairie — Sautez joyeux et folâtres.

GANT NOB lAU

Svs anatz hilhas do Laytora La nobia qui ven arcuilhi, Tornatz gojatas, do bon' hora Qui lajiincada vatz culei; Portât?, pleas descas De verduras phrescas, E qan' tornaratz, Man a mau juntadas, Gayas, enphlocadas, Ua canson diratz.

Sortetz danzeras pou dauradas, Que ta soen vos hetz couvida,

Sortetz mignonas e paradas :

E no ra'hassatz plus tant crida.

Angan las mes gentas E mes diligentas '

Aus camps qanteqant, Mustratz que nobs era, Degua nessera, D'agulhon picant. Corretz desbrancâ la ramada, Gentius compagnes boscasses, Au tornâ peu long de la prada Sautatzgaujos,e solasses.

1. La jonchée consiste en feuilles el fleurs répandues à profusion depuis la maison de la mariée jusqu'à l'église, i. Filles d'iionneur de la mariée.

— Et mes gens d'entendre — Ma parole; Ils ont saisi

— La serpe tranchante : — Le vent d'allégresse — Fait hâter leur pas — Vers les bois agréables.

Là, mainte Nymphe belle — Nous verrons prête à embrasser— Sa tant aimée compagne — Qui tant qu'elle peut s'approche en avant; — Et nulle envie, — Tant qu'elle ne nous voit pas, — N'a de se réjouir. — Venez, Nymphe nouvelle , — La première et la dernière — Du bonheur de l'époux.

Soufflez, maîtres (elle est entrée), — Tant que vos soufflets pourront donner. — Commencez avec galante aubade — A célébrer l'arrivée : — Vous, soyez la bienvenue, — Joyeusement accueillie, — Fleur supérieure aux fleurs — Avec la gentillesse, — L'honneur et la noblesse — Que vous menez avec vous.

L'époux avec sa longue suite, — A mille plaisisirs disposé, — Pour faire l'accueil espéré, — Est sorti avec solennité. — Là, l'entoure — La grande couronne du menu peuple; — Là de tristesse, — Mère de la vieillesse, — Nul mot n'est entendu.

E mas gens d'entene Ma paraula. e prene Lo hausset prii/.cnt :

Le vent d'alegransa D'et/. lo pas aiiansa Ent' au bosc pla/cnt.

Aqi mantuA Nympha bera Vej'ran prosta per al)rassa Sa tant amada compagnera Qui tant que pot s'apropia en ça, E deguii enuuja.

Deqià que nos voja.

N'a do s'argauzi.

Vietz Nympha naucru l'rumera, e darrera.

Do l'uspos gauzi.

Hohatzmcstrcs(ora es antrada Tantqueusbarqis vou poyrand.-i

Coaiensatz de galanta aubada

Las amyansas saludà :

Vos siatz beu venguda.

De gay reccbuda, Phlo dessus las plilos, Dam la geutilessa.

L'hono, la uoblessa Que myâtz dam vos

L'espos dam sa longa segucns:

En mila plazes convertit.

Per ha la sperada arculhensa Magniphicaraent es sortit.

Aqi s'eaviroA La graua coroft Deu pople menut.

Aqi do tristessa La may do vielhessa Mot u'es entenut.

Epoux, votre chère moitié, — Que vous voulez unir avec vous, — Dès qu'elle est sortie du lieu où elle était,

— Ne peut plus être sans vous. — O couple amoureux,

— Soyez aussi heureux — Que jamais on ne vit; — Que tant d'amour vous lie, — Qu'il ne se délie — De cent ans et plus.

Tant que durera ce long âge, — Que vous soyez en grande prospérité; — Multipliez votre lignage, — Et que votre postérité — Soit famille qui dure, — Qui craigne et qui aime — Le Dieu suprême; — Qu'elle chante et glorifie, — Qu'elle loue et magnifie — Son nom Eternel.

{Traduction d'Alcée Durrieux, revue et corrigée.)

Espos vosta mieja partida Mentrequedureaqet longatge,

Que dam vos voletz ajusta Vejatz en grand prosperitat,

S'es deu loc on era partida Multiplicâ voste liat^je,

Perqe ses vos no pot esta. E sia vosta posteritat

O copia amoro/.a, Ua gont qui réclame,

tjiatz autant vroza Qui crenga, qui amo

Q'om ne vie james ; Lo Diu supernau,

Tant d'amo vos ligue. Gante, e gloriphiquo

Que no se desligue Lauze. e magniphique

De Cent ans ou mes. Son nom Eternau.

[Poesias gasconas, etc., Tolosa, J. Colomiès, 1567.)

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