BLANC LA GOUTTE
(xviii* siècle)
François Blanc, dit la Goutte, — ou encore Le Podagre, — était vraisemblablement de cette ville de Grenoble qu'il a célébrée; en accents burlesques, et où il a vécu au début du xviii» siècle. Il exerçait la profession d'épicier en gros dans « l'île Claveison », c'est-à-dire au centre d'un groupe circulaire de maisons éloigné des autres lieux de la cité. Il dut son surnom à une atteinte de goutte dont il souffrit pendant de longues années, ce qui ne l'empêcha point de chanter et de se montrer sans cesse d'humeur joyeuse. De toutes les particularités de son existence, nous ne connaissons que ce qu'il a bien voulu en dire dans ses œuvres patoises. Il est vrai, ajouterons-nous, qu'il ne tarit pas souvent sur son propre compte, bien qu'il paraisse s'inquiéter uniquement des événements dignes de mémoire et des faits et gestes de ses contemporains. Sa notoriété s'est faite sur un poème qu'il écrivit à propos de l'inondation de Grenoble par l'Isère et le Drac, les 14 et 15 septembre 173.3, et qui fut publié la même année, à Grenoble, chez André Faure, Greiioblou /nalheirou (Grenoble malheureux), 1 vol. in-4". Il avait donné précédemment un récit de l'inondation du 20 décembre 1740 : Couple de la Icttra escrita per Blanc dit la. Goutte, etc., et sous ce titre: Le Dialogo des qiiatlro coniare (Le Dialogue des quatre commères), fait paraître une ingénieuse et mordante satire des mœurs de ses concitoyens. Les poésies de Blanc la Goutte ne sont peut-être pas ce qu'on a composé do meilleur en langage dauphinois, mais elles constituent une u-uvre unique en leur genre. Productions hybrides, tenant tout à la fois du poème épique et de la satire, elles ont tour à tour été exaltées et décriées, sans toutefois rien perdre des sud'ragcs du populaire dont elles sont l'interprète fidèle. Leur vulgarité est rachetée par une grande variété de détails, le pittoresque dans les images et des expressions heureuses et piquantes qu'on chercherait en vain chez les meilleurs poètes du cru.
Blanc la Goutte mourut à la fin du xviii" siècle, laissant une famille nombreuse : deux fils, quatre filles et plusieurs petitsenfants.
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Grenoblou malheirou, de même que les deux autres opuscules du poète, fut réimprimé maintes fois, à Grenoble, au xviii» et au XIX» siècle. Nous en avons compté neuf éditions, et nous sommes loin de les avoir toutes vues. Des versions du siècle dernier, nous citerons celles qui furent données enlSÔO.par Colonib de Batines d'abord (Grenoble, Merle, in-8") et ensuite par Ed. Pilot (Grenoble, Maisonville et fils et Jourdan, in-8"). Nous no saurions omettre dans cette cnumcration une édition illustrée, mise au jour la môme année, et les éditions populaires publiées par l'éditeur Xavier Brevet. Les trois ouvrages de lilanc la Goutte ont été, de plus, insérés dans le curieux Recueil de poésies en patois du Dauphinois formé par ce dernier éditeur en 187t* et commenté par J. Lapaume.
Bibliographie. — A. Rochas, Biographie du Dauphiné, I, etc. — J. Lapaume, Commentaire. (Voir ci-dessus.)