THEOPHILE DE VIAU
Théophile de Viau naquit ea 1590, à Boussères, dans l'Agenais, village situé sur la rive gauche du Lot, à une diuni-licuc de Port-Sainte-Maric, où son père, ancion avocat au parlement de Bordeaux, possédait un petit domaine. « Là, s'est-il écrié quelque part en ses vers.
Se voit un petit château Joignant le pied d'uu grand coteau. »
« Une tourelle bâtie par les ancêtres du poète, écrit Théophile Gautier, fait apercevoir le manoir d'assez, loin et dépasse de tonte la tète les maisons plus humbles et plus bourgeoises groupées tout à l'cutour. L'aspect du paysage est des plus romantiques. Sur la colline, le terroir est assez maigre et coupé de roches, mais il produit d'excellent claret, et l'on peut vivre la très confortablement; en bas, les prairies sont fraîches et plantureuses, les bois feuillus et pleins d'ombrages... » En somme, un vrai paradis terrestre, si l'on ajoute foi aux poétiques descriptions qu'en a faites le pauvre Théophile au fond de son cachot... Sa famille était huguenote. Son aïeul avait été secrétaire de la reine de Navarre, et son oncle gouverneur de Tournon, sous Henri IV. On croit qu'avant d'aller faire sa philosophie à Saumur, où les protestants avaient une Académie, il fréquenta le collège de la Flèclie, que dirigeaient les jésuites. Sou incrédulité, a-t-on observé, excitée peut-être par cette éducation contradictoire, fut précoce. Théophile vécut et mourut en libertin, .selon le sens que Ion donnait autrefois à ce mot. Eu 1610, il vint à Paris, se lia avec quelques beaux esprits, puis visita la Hollande en compagnie de Balzac. De retour dans la capitale, il fut l'objet d'un ordre d'expulsion pour avoir répandu des vers libertins (1619). Il vécut à Londres, sollicita sa grâce, l'obtint, rentra en Frauce, se convertit, et eût peut-être joui en paix de ses talents et de hi faveur que lui valait la protection de Henri II, duc de Montmorency, sans la malheureuse affaire du Parnasse satyrique (1622), où il fut compromis avec Guillaume CoUetet, Berthelot, Nicolas Freuicle et d'autres écrivains, ses amis. Sou
impiété et plus encore ses sarcasmes, le cynisme de ses propos et ses débauches lui avaient valu linimitié des jésuites. Il eut beau désavouer l'ouvrage publié sous son nom, les pères Voisin, Garassus, Guérin, Renaud, le firent poursuivre, déclarer coupable de « lèze-majesté divine » et condamner par le Parlement de Paris à être brûlé vif en place de Grève. Le poète n'avait pas attendu l'exécution de cet arrêt pour disparaître. Il s'était réfuoié à Chantilly, cliez son protecteur, le duc de Montmorency. Craignant d'être découvert, ou bien d'inquiéter son hôte, il s'enfuit, changeant chaque jour de retraite; mais, arrêté auCatelet, en Picardie, le 28 septembre, il fut ramené de brigade en brigade et finalement jeté à la Conciergerie, dans le cachot où avait langui Ilavaillac. Il put se croire perdu, abandonné do tous, et il prépara une justification qu'il adressa sous forme d'apolo^^ie au roi. Son procès fut revisé, et au bout de deux ans sa peine fut commuée en un bannissement perpétuel avec confiscation de ses biens. Théophile se relira à Chantilly, puis an château de Selles, en Berry, chez le comte de Béthuue. C'est do là qu'il revint mourir à Paris, — des suites des privations et des souffrances injustement supportées dans sa prison, — en l'hôtel de Montmorency, le 25 septembre 1626. âgé de trente-six ans. Il fut, dit l'abbé Goujet, inliumé dans le cimetière do Saint- Nicolas des Champs. Nous ne retiendrons rien du libertin, victime du plus sot et du plus misérable des fanatismes, celui-là même qui s'oppose à la liberté des miuurs et à l'iudépendanco d'esprit. Le poète seul nous occupera. Théophile fut mieux qu'un gentil rimeur de cour. Très doué, plus doue sans doute <iue la plupart des poètes contemporains, il connut et peignit la nature avec des couleurs qu'on n'avait point employée» avant lui. Selon l'expression de La Bruyère, il en fit l'histoire et l'anatomie. Il en lit aussi le roman, et par cela il mérita d'ètro considéré comme un ancêtre du romantisme rustique. Bien qu'il ait gi\té parfois par des toudies «le pn-ciosité et dos exercices de rhétorique s<!S gracieuses inventions, il n'a pas laissé do faire montre d'une élégante et juste simplicité. Il y a, écrit M. Remy de Gourmont. nu Tln-ophil»», ivre des beautés cliampètres et amoureux de son pays natal. Il so révéla après son procès, lors(|u'il reprit contact par le souvenir avec le ciel et les sites de son pays. On a donné récemment une liste de tous les ouvrages du poète. Nous croyons inutile de la repro<luiro ici. La première édition des poésies de Théophile est de 1621. Voyez : Les Œuvres, etc., Paris, QuesucI, 1021. in-12. Vinrent ensuite : Les Œuvres, etc.. 1022. in.l2; Les Œuvres... revues, corrigées et aiigin., Paris, Billain<!. 162:{, 1026. in-12; Rouen, iJolamasso, 1627, 1628, 1029, in 12: Paris. 1629, iii.l2-. Lyon, Michon, 1G3(», in-12; Rouen. Delamasse, WA'i, in-12 (celte dernière édition a été réimprimée do 1633 à 1677, tant à Paris qu'à Lyon, à
Rouen, à Bordeaux, etc., un grand nombre de fois); Œuvres complètes... publiées avec une notice biogr. par JI. Alloauuie, Paris. 1856, 2 vol. petit iu-lG; Collection des plus belles pages, Théophile, etc., notice de Remy de Gourniont, Paris, Soc, du Mercure de France, 1907, in -18.
BiBLiooRAPiiiE. — Abbé Goujet, Biblioth. française, etc., t. XIV, p. 3C3. — Nicérou, Mémoires pour seri'ir à l'histoire des hommes illustres, etc. — Théophile Gautier, Les Grotesques, nouv. éd., Paris, Charpeutier, 1897, iu-18. — Alleaume, Notice Sur Théophile, éd. citée. — D'" Kaethe Schirmaclier, Théophile de Vian, Leipzig, 1897, ia-S». — Ch. Garrissou, l'hcoph. et Paul de Vian, 1897. — Frédéric L.ichèvre, Le Procès de Théophile (sous presse).