A LA BRUNETTE
Malgré mes serments, Briinette, te refuseras-tu toujours à croire que je te chéris? Je suis prêt à te prouver ({ue je t'ai dit la vérité; je suis prêt à exécuter tous tes ordres.
Mets-moi à l'épreuve; ordonne ce qu'il te plaira, puisqu'il faut ainsi parler. A quoi te sert la beauté, si ton cœur peut être inaccessible à l'amour ?
L'objet de l'amour doit payer l'amour par l'amour. Quoil aurais-tu donc oublié les lois de Cupidon.'
IJ i: L X A H A N A il I
Nie hamlatctnn crraiia, Ks-is irequi,
Nahi estuna finhctli, Har dun' ostcla btirutan;
Aisel' onhotsi Ser prouexu odertasuna
Is'isas, aiiliiz, Belxar.ma! Da hiro gorpu/.ean,
Bada delà hori eguia Tinc biho/.can
Prcst nun eracuslera, Badaxon gogortarsuna?
Kt' eguitcra g,„. jji,j ,„j,itaiu isateac
Mana uesana gnsia Ordainolan, maita/.e
Esar ncsan porogtitan, Ser al ! aha/.e
Ordea hamhate<jui Sausquin iiiaituri Icgueac ?
Il est temps, la belle, d'aimer à ton tour celui qui t'aime.
Tu m'as réduit à une position dig-ne de pitié; je suis aux portes du tombeau. Si tu ne viens à mon secours, ton devoir te le commande, mille témoins crieront que tu m'as donné la mort.
[Proverbes basques, rec. par Arnauld Oihenart, trad. de M. Archu, sec. éd., 1847.)
Aldis dun maitariarcu Mail' orde hig' Vkena Eder estena Hi bcsalaco ederrareu.
Halas gaisqiii/.e l)uuetan Nen alabaia' esarri,
Dobi eguin-gani,
Huna uiagoii hil minetan
Espanuu hant' idokiten,
Sordun isan besala,
Hic hil niinala,
Dinat hil aitorr vzitcD.
CORTETE DE PRADES
François de Cortèto, sieur de Cainbos et de Prades, du nom de terres seigneuriales qu'il tenait de ses ancêtres, naquit vraisemblablement en Ajrenais vers l'an 1586. Destiné à la carrière des armes, il entra fort jeune, en qualité de page, au service de François dEsparbés de Lussan, vicomte d'Aubeterre, alors gouverneur de Blaye, et accompagna son maître à la guerre, lorsque celui-ci devint maréchal de France. Par la suite, il servit, dans les troupes du roi, sous les ordres d'Adrien de Monluc, comte de Carmaing, gouverneur du pays de Foix et des terres de Donnezan et d'Andorre, et assista, en 1639, à la prise de Salées. Le petit-fils de Biaise de Monluc passait à juste titre pour undes esprits les plus cultivés de son temps; il est peu douteux que Cortète se ressentît du goût de ce grand seigneur, auquel Goudouli avait dédié ses premiers vers, et Mathurin Régnier sa satire des Poètes. En quittant les armées, Cortète se retira dans la petite ville d'Hautefages et y mourut le 3 septembre 1667. Il laissait une pastorale, La Mirainoiuido (La Miramonde), pastnuralo en lantgafrc d'Agcn, deux comédies, llamounct ou loti paisan Agenez tournât de lagucrro (Ramonetou le paysan revenu de la guerre), etc., Sancho Panso al palais dcL duc (Sancho Pansa au palais du duc), etc., et plusieurs compositions inédites qui furent en partie publiées, avec des modilications regrettables, par son fils Jean-Jacques, lequel se piquait de littérature gasconne. Ces ouvrages eurent plusieurs éditions, ainsi qu'il suit: Kamounet, etc. (Agen, Gayau, 1684, 1692 et 1701, in-8 ■) : Uanwiinct... aii/ncntado dr quantitat de bcrs qu'cron estais onbUdats à la pruinire impression, et conrrijado de bcucops de f autos (Bordéus, impr. Séjourné, 1740, in-S"). La Miranioundo, etc. (Agen, Gayau, 1685) (J.-B. Noulet cite une édition de 1684 qui semble perdue), 1695, 170(i et 1701, in-8"). Sancho l'ança, comédie découverte dans les papiers de la famille Cortète do Prades, n'a été donnée que fragmentairomeut par C. Ratier, dans son étude sur le poète agenais.
François do Cortète de Prades s'éleva, dit-on, à une hauteur qui le rapproche do Goudouli. « Depuis Goudeliu, s'écriait J.-B. N'oulet en 1859, nous n'avions point rencontré do talent aussi
complet, et il nous a semblé, à part le plaisir que nous éprouvions à exprimer nos impressions à ce sujet, que nous accomplissions un devoir en rendant une tardive justice au gentilhomme poète qui, le premier, illustra l'idiome agenais. Sa valeur méconnue jusque dans son pays natal nous a paru un de ces coupables abus qu'il était bon de signaler et de ilétrir. Non, ce n'est pas seulement de nos jours que la poésie vulgaire a excité l'admiration chez vous et autour de vous, Agenais peu soucieux de votre passé! Le poète (Jasmin) qui de notre temps, après bien des tâtonnements, semble avoir voulu se renfi-ruier dans les récits empruntés aux mœurs populaires, n'est que l'écho allaibli de cet autre poète qui, au xvii« siècle, s'inspirait si bien des mœurs villageois<;s... »
« La langue de Cortéte, observe M. Charles lialicr, est une variété du sous-dialecte gascon de l'Agenais; variété dilférant assez sensiblement de celle qui existe à Agen. Linguistiquement parlant, le Bas-Quercynois est descendu presque jusqu'aux portes de la ville natale de Jasmin et a semé quantité de ses vocables sur les pays de coteaux qui bornent son horizon au nord et à l'est. Quant à la plaine, séparée seulement par la Garonne de la Gascogne proprement dite, sa conjugaison, tant en amont qu'en aval du lleuve, combiue les formes de la rive droite avec celles de la rive gauche. A Prades, situé vers l'est d'Agen, dans la plaine, mais au pied même des coteaux et à quelques centaines de mètres de la Garonne, ces deux grands traits de divergence existaient et existent encore. Le parler qu'on y entend aujourd'hui est, à part quelques termes inusités ou perdus et beaucoup d'autres corrompus par le mélange avec le français, le môme qu'écrivit Cortète avec tellement de pureté qu'à l'attrait de la poésie ses œuvres joignent la valeur du document linguistique. »
Les félibres et les cigaliers, réunis à Agen le 10 août 1890, ont inauguré sur le grand boulevard de la ville le buste de Cortète de Prades par Amy. Entin, ou prête à M. Charles Ratier lintention de donner sur les manuscrits de l'auteur une édition des œuvres complètes du meilleur chantre de l'Agenais.
Bibliographie. — Adrien Donnodevie, Etude dans la Revue des langues romaues, 1812, t. I, ill. — Evn.hahad'ie. Etude dans la Revue de l'Agenais, 1906. — P. Lauzun et J. Dubois, Etude, Uevue de V Agenais, 1906. — Mary-Lafon. Histoire liitcraire du Midi de la France, Paris, Reinwald, 1882, in-S». — J.-B. Noulet, Essai sur l'histoire littéraire des patois du Midi de la France, seizième et dix-septième siècle, Paris, J. Techener, 1859, in-8°. — Charles Ratier, Notice sur François de Cortète, Agen, veuve Lamy, 1890, grand in-S» (extr. de la Revue de l'Agenais). — Paul Roman, Lou GaiSabé, 1907.
25't LES POÈTES DU TERROIR