‹ Les poètes du terroir du 15e siècle au 20e siècle; textes choisis accompagnés de notices biographiques, d'une bibliographie et de cartes des anciens pays de FranceChapitre 144 sur 284 · Traduclion de Mary-Lalou · texte numérisé non relu

Traduclion de Mary-Lalou

GASCOGNE ET CV'ÏE.N>t-

Le* arbres Io< plus t''.>rt>. i' les ivet «?". aijr-.ii-??.

Et chaque toi> tout t^o:e te: :

Ce qui fait qu on dirait '|u ' ;^ar i,'> t!oU de larmes

rSotre tleuve e<t çi-'.^ss:.

Mouta,çne<. qui dcliei la poifiCe

Ju^qu eu 1 a^ur de> eieu\ lJ.-b..i>.

Que vau* avous-uau* tait, h.éla>!

Q«« Tovs »oos porlîex q«el<|«e point»?

Bt p6ar notts ttvpper de MM-reau.

Et nous mettre toui à Tatu^reaia, Que TO«s nous enrorex taoïl de neige foadae ;

Qvand on te pleure jour et nuit. Rire qve la Gaoronoe «xec roge « uiordae Poor y diaoftger son lit ?

A force q[ae le fiol s*j lunse.

Le bord nous fait iacessaoBunent, Bt nous perdons un ornement Qui Tnut le trésor de Venise.

Quand le flot s'y jette au tr«kTer$, Mettant le bonnet à IVnTers.

K met al tr«inolis las rasies Us plas liemklll^s> Doan eaaqiM cop toat «a n^ptt.

P«r TuM» qae se fèj d «no pl^ de lumos» La nàtak de l^ils*t.

Moata^pnos qaa lbai|;:nas la panla»

Jasqaos dias kkas cffiuas I Las! qaia tort boas fesaa i Qaeboasnoas poartas« £ trcqp soi^en par dastanra, S mettra toat à tiaténa.

Noaa embials à trabàs la nca toato foaadado ; Taadis qaa ploaiaa îoar et a»t>

La ribo qae CUdtoaao a toato coanfoaadado P*r y mada soaa limt?

A Ibr^ qae la tevto es tiiso Loa tap j gvdlo ineessomea, Taa qae pefdea aa omoaata»

Qae bal loa trésor d» B>ai«.

Qaaa Taigo Py bea à trabàs L» coifo bùrado al febès.

Pas un œil qui ne pleure, à voir ce grand ravage

Mais, s'il vient un débordement.

Tous les soupirs alors y forment un orage, Qui fait le mal plus grand.

0 vous qui trouvez tant de charmes

(En y jouant au palamal),

Tant de dégâts et tant de mal

Ne vous coûtent donc pas des larmes ?

L'allée à morceaux se détruit,

Chaque an nouveau la rétrécit.

De tous elle est pleurée et de nul secourue,

En sorte que d'heure ou de tard.

Au lieu d'un palamal long à perte de vue. On n'aura qu'un billard.

Nous n'oyons pas, nous, ce me semble, Les tristes soupirs des ormeaux, Qui sentent s'augmenter leurs maux.

Et la terre, à leurs pieds, qui tremble. L'exemple de leurs compagnons, Où l'on voyait les maquignons,

N'es pas el que non gloiipé à boire lou doiiniagt Mes sel arribo ua graa aigat

Alabcth lous soupirs y formon un auratgo Que fay tout lou baguât.

Bousaiis qu'abès la ma ta formo, Quan yjougas al pallamal Tant de doumago e twiit de mal, Nou bous tiro pas cauquo lermo?

L'alleyo se per à bouois, Toula lous ans elo s'accourcis,

Un cadun la regrctto e dcgun nou l'assisto. De faissou que d'iiouro ou do tard.

Al loc d'un pallamal loung à perte du bisto On u'aoura qu'un billard.

N'ausen pas nousails, se me 8Pml)lo, Lous ouïmes que fan de gouspis De beirc tout de mal en pis, E quai pe d'els la terro tremble. L'exemple de lours compagnons Ou l'oti besio lous maquignous,

Après quelque ruade, attacher leurs montures,

Du sud leur fait craindre le vent, Et qu'en fondant la neig-e, ici comme à Coutures, Ronge le sol mouvant.

Hélas! il va cesser de plaire :

Où nous venions nous promener,

Dans peu de temps, au pire aller,

On dira : « Vogue la galère! «

Car, éperonnant le courtaud,

L'on y voit courir comme il faut La bague dont le jeu notre noblesse entraîne;

Mais alors la bague fera Que vingt seront montés sur un cheval de chêne, Qui cabriolera.

Cependant, sans buttes ni bosses, Cest comme un tapis de velours.

Où sur ce qui reste, à pas lourds, On peut voir rouler les carrosses.

Un goutteux à double bâton Marche comme sur du coton.

Aprep qiiauquo piafado estaca lours mouutaros,

Leur fai cregnè loti bea del sud, E que la neu fouudeii el sio couaio à Couturos Où tout es descousut.

Jamai plus non sara ço quèro :

Oun l'on s'anabo permeua,

Din quauques ans al pire ana

On dira : « Boguo la galère ! »

Car se montais sur un roussi

On y pot courre jusqu'aissi, La baguo ou touts lous jouns la noblesso s'ajusto

Alabets la baguo (ara Que biiit saran mouutats sur un chabal de fusto Que capioulara.

Entretan ses taps ni ses bossos

Sô que reste n'es qu'un pelons, Que seuiblo un tapis de belous,

A beire rulla lous carossos.

Un goutous à gran sabattou

Marcho coumo sur de coutou

258 LIÎS l'OÈTKS DU TERROIR

Sur l'herbe et sur les fleurs, qui se flétrissent toutes;

Mais le dégel, levant son deuil.

Nous montre ses regrets, et l'on compte les gouttes Qui lui brillent dans l'œil.

Que feront les pauvres ancelles Qui vont chercher l'eau dans les puits? Du nôtre l'œil se ferme, et puis Toutes rouges sont ses prunelles, « Ah! diront-elles, quel malheur Que celle qui fait ta douleur.

Gravier, perde sa source et mevire de misère! » 0 filles! qui tant y veniez,

Semble-t-il pas, au prix de ce qu'il fut naguère, Un pré de sept deniers ?

Pauvre pré rasé comme un rnongc.

Gravier, le lieu des passe-temps, Souviens-toi que dans peu de temps Tu seras passé comme un songe :

Les premières eaux qui viendront Assurément t'emporteront,

Su l'hcrbo e sur las flous que se trepissoua toutes,

Mes aprep se bey lou degol Del regret qu'el ne sent on bey toutos los goutos Que li saillon pel Tel.

Las ! que faran las pauros goujos

Que ban querre l'aigo à la foun,

La nostro à son cl que se foun,

K las prunélos toutos roujos.

Ah! sa diran quin desaguis,

Grabo, la ([ue te porseguis, Posque perdre sa douts e péri de scquéro!

Filles quan bousaits y bcnés, Nou bous semble pas el al respet de ço qu'oro, Un prat do sept dînes?

Pauré prat rasât coumo uu mouiigc,

Grabo, lou loc dos passotonips,

Su»*ben te que din pauc de temps,

Tu saras passât coinno un soiingo.

Lous prumés aigats que bcndrau,

Acos ségu, t'acabarau,

Si contre ]e courant il n'est point de ressource.

L'on te plaint beaucoup ; mais celui Qui croit que tu pourras la trouver dans ta bourse

Peut bayer là tout aujourd'hui.

Se costo lou coiUTon tu n'as qtiauquo ressourso.

L'on te plan be tout niey e mey, Mas que pensarios tu la trouha dins la bourso, Ha! bado aqui tout oi'iey.

JEAN-GERAUD D'ASTROS

Tons les Mcridionaux ciirioux des meilleurs monuments d( la langue d'oc connaissent le bon abbé d'Astros, l'auteur tan' de fois célébré d'une Apologie des Saisons et de No('Is où perc» ime humeur quasi rabelaisienne. On affirme qu'il naquit It !<"■ août 1594, à Saint-Glar-de-Lomagne. ou plus exactement;" Jandourdis, lieu situé prés du village nommé ci-dessus. Fib d'un modeste artisan. — son père était tailleur, — il eut une jeu- •nesse studieuse et fut l'objet d'une sollicitude toute particuliéri provoquée par son tempérament chétif, auquel se joignait uni infirmité physique : il était bossu. Destiné à l'état ecclésiastique, il entra au séminaire de Toulouse. Ses études terminées, le jeune clerc reçut, dit-on, avec l'ordre de prêtrise li charge de vicaire de Saint-Clar-de-Lomagne. en témoignage d( •confiance pour ses belles qualités. Il y demeura du 20 mars 161( jusqu'en avril 1G47, signant les registres de baptême, de décè et de mariage de sa paroisse, conjointement avec deux autre ,prètres, ses collègues, et avec le curé, qui, le plus souvent, aban donnait cette tâche à ses subordonnés.

Les exigences de sa charge ne l'empêchèrent pas de rontrac ter avec les consuls de Saint-Clar l'engagement d'instruire le enfants de la commune. Il faut croire que ce ne fut point assc pour son activité surprenante, car d'Astros trouva encore de loisirs qu'il consacra à l'entretien des Muses gasconnes. Il dé buta par des Noris dans lesquels il s'attacha à faire ressorti le mérite de son dialecte et qui obtinrent les sull'rages de se compatriotes. On en a signalé une édition qui parut en 164 sous ce titre : Loti Trimfe des nouels gascons^, etc.

Il publia par la suite d'autres ouvrages qui établirent sa repu lation et lui assurèrent une place au premier rang des restau rat(!urs de la langue romane, soit deux poèmes didactique réunis sous un même titre : I.oii Trimfe de la lengoito gascom

1. L'édition originale do cet ouvrage dalorait, |)arait-il, de 103< maison n'en a trouvé jui^qu'ici aucun exemplaire. l>i'S .Noëls ont él réimprimés à Toulouse, chc/ Guillemcltc, s. d., in-l:i.

GASCOGNE ET GUTENNE 261

nui playdciats de las qnoiiatc Sasous et des quoiiatc FAemens daoùaiit lou Pastau de Loumaigno (Le Triomphe de 1.-» lauguu o;asconiie, etc.) (Toiiloiiso, J. Boiido, 16'«2, in-î2|'; «no Dde à Moussu finudelin, aboncat à Toulouso (Cf. liamelct Mouiidi, de P. Goudelin), et enfin un Catéchisme, mis en rimes, pour en rendre la récitation facile au peuple, La Scolo dcu chrestian idiot, OH Petit Cathachisme gascoun, heit en rith/ne (Toulouso, J. Boudo, 164Ô. in-12/.

Quoique très estimé de ses paroissiens et protégé do quelques grands qu'amusait sa verve facile. d'Astros connut une singulière disgrâce. Pour des motifs demeurés inconnus, mais auxquels ne paraît point étrangère la familiarité par trop profane de sa muse souvent bachique et licencieuse, il lut relevé de ses fonctions ecclésiastiques vers la fin de 1647. Il essaya de s'en consoler en gardant sa belle humour, mais ce fut en vain qu'il fit appel à son insouciance de philosophe chrétien. L'Age était venu, et le poète imprévoyant connut les rigueurs de l'infortune. Il se résigna mal au rôle de quémandeur, et. désabusé, chagrin, il s'éteignit à Saint-Clar, le 9 avril 16'i8, non sans avoir con>posé un émouvant adieu à la vie : Lou Chant deou (igné (Le Chant du Cygne), qui est certainement le seul ;iccent austère qu'il ait jamais tiré de sa lyre enguirlandée de pampres. Né des entrailles du peuple, d'Astros est un vigoureux interprète de la vie et des mœurs rustiques de la Lomagne. Sa manière réside, tout entière, dans une sorte de lyrisme trivial qui n'exclut point les grâces naïves du langage populaire. Son vers tient à. la fois de la causerie mesurée et de l'évocation sentimentale.

Ce qui parait irréprochable chez lui. selon J.-H. Noulet, c'est son respect, disons mieux, son amour pour le dialecte de la petite patrie. Au contraire des autres poètes gascons, qui regardent leur propre patois comme la fine fleur du langage de la province entière, d'Astros, lui, n'assigne pas au sien un territoire de plus de sept lieues. Il rétrécit, semble-t-il, afin d* le glorifier mieux, le domaine du terroir natal...

Les œuvres complètes de J.-G. d'Astros ont été données à la fin du XIX" siècle. \o\e/. Poésies gasconnes recueillies et publiées par F. T. (Taillade) ,'nouv. édit., Paris, Tross, 1867-1869, 2 vol. in-4<>.

BiLiOGRAPiiiE. — Docteur J.-B. Noulet. Essai sur l'histoire littéraire des patois du Midi de la France, seizième et dix-septième siècle;Paris, Techener, 1859, in-8<>. — J. Wichelet, Poètes gascons

1. On a, sous le môme titre, plusieurs éditions de ce livre : Toulouso, J. Boudo, 1700, in-ii; Toulouso, Hirosse, 1762; Toulouso. J.-H. Guillcmetlo, 1703. in-li. Voyez en outre, Lou lierai/ e Xntiirau Gascoun en las quatre sasous de l'An, etc., Toulouso, Pierre Eslev, imprim., 1636, in-12.

du Gers depuis le seizième siècle jusqu'à nos jours, Auch, impr. Th. Bouquet, 1904, in-S". — Voyez en outre les études de Léonce Couture et de Cénac-Moncaut {Revue d'Aquitaine et Revue de

Gascogne).

PAYSAGE

Regai*de-moi ce petit tertre — Coiffé d'un joli bosquet:

— Si ce coteau ne te convient pas, — Tourne tes yeux sur la prairie — Parsemée en haut et eu bas — D'ormeaux, de peupliers et de saules.

Quand tu auras assez contemplé la saulaie — Et admiré le froid vallon, — Tes yeux auront vite gravi — Lu perspective de l'autre vallon.

Là, tu vois plantée, — Au cordeau, la lig-ne qui verdoie.

— Présentant au rayon du soleil — Son fruit coulé du Paradis.

Cela fait, prends la campagne, — Etends ta vue vers la plaine — Et regarde une lieue à l'cntour, — En faisant partout un tour avec tes yeux :

PAYSAGE

Espiom' aquet taparrot, Couhat d'un poulit l)ouscarrot, E s'aquet tepé nou t'agrado, Debaro tous oiieils en Ja prado Touto broudado liaut c bas D'oumos, do bioules, é d'aiibas.

Quan ajos prou bist l'aubaredo E remirat la counio fredo.

Tous oiieils auran léou escalat Lou filh de l'autc coustalat.

Aquiou tu beses à la ligno Plantado, berjéda la bi^no, Que i)réseutc à l'arrajadi.s Souu frut coulât doou Paradis.

Après aqiio prcn la canipaigno, Estcn ta bisto por la plaigno, Espiom' iio lèguo à l'outour, Da pcr tout dab tous oiieils un tour,

Il ne se présentera pas un seul ol)jet — Qui ne te soit bien agréable; — Tu ne sauras où arrêter ton œil — Tant le plaisir sera égal pour tout.

Tu vois un semis qui verdoie, — Un labour qui paraît noir, — Tu vois secouer ce bosquet, — Et puis un autre à côté de celui-là, — Puis un verger le long d'une métairie — Bien arrangé à fil et à corde;

Tu vois le jardin contigu, — Puis la maison et l'enclos ; — Puis dirige tes yeux au delà, — Tu verras un autre beau manoir — Assorti de tout ce qui est nécessaire — En bois, verger, vigne et jardin.

Tu vois encore un autre labourage, — Et puis après un village — Environné d'un beau vignoble; — Enfin tu n'apercevras rien — Qui ne réjouisse de sa vue — L'âme la plus triste qui soit...

(Trad. de J. Micbelet.)

Causo deou moim nou set' presento

Que non sic touto plasento ;

Tu non sabes oun hica l'oùéil.

Tant poou plase tout t'es pareil.

Beses un samouat que berdcjo,

Beses un baréyt que negrejo,

Beses liandouéj' aquot bousqiiet,

E puch un aute auprès d'aquet,

Puch un berge Ion loung duo bordo,

Plan arrenjat à hiou é cordo;

Beses lou casau que s'y teng, ^

E puch l'ayiiau, é lou padouenc:

Puch dab lous oiieils au delà bayne,

E beyras un aute bet mayne

Assourtit de tout sô que eau.

De bosc, berge, bigno é casau.

Beses un aute labouratge,

E puch tu beses un bilatge

Embirouat d'un bét bignares ;

Enfin arre tu nou beyres

Que n'arregausis de sa bisto

L'armo deou niounde la mes tristo,..

(Lou Beray e Naturaii Gascoun

en las quate Sasous de l'An; 1636.)

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