LOUIS BARON
Louis Baroa naquit à Poiivloubrin, dans l'Astarac, en 1612. Il appartenait à une famille d'honnête aisance. Sou père, ancien avocat au Parlement, occupait les fonctions de magistrat dans sa province. Etudiant à Toulouse, ses heureuses dispositions pour les lettres le firent distinguer, et il entra à vingt et un ans, comme professeur-régent, au fameux collège de l'Esquille. Trois fois il remporta des prix aux concours des jeux Floraux, et il eut par la suite le privilège de s'asseoir parmi ses juges.
Après avoir suivi, ainsi que les siens, la carrière du barreau, il Se retira dans son vilhige natal, près de son vieux père, et là, grâce à des goûts modestes, mais élevés, il jouit longtemps d'une existence égale de philosophe et de poète. Il mourut à Pouyloubrin en 1663, à l'âge de cinquante et un ans. Baron eut de nobles amitiés. Il connut l'estime de la noblesse du lieu, fut visité maintes fois dans sa retraite par l'évèque d'Aire et le président Berthier et entretint des relations d'intimité avec Goudouli. Ce dernier corrigea ses premiers vers et encouragea sa muse timide. Lorsque la mort eut éteint l'astre éclatant de l'art méridional, Baron exhala des regrets qui méritèrent d'être entendus de tous ses compatriotes. Les poésies de ce bon génie rustique, ([u'on a surnommé « le plus gracieux chantre do la Gascogne », n'ont pas été réunies. Au xviii» siècle, le président d'Orbessan se flattait d'en i)OSsédcr un recueil auloirraphe; il en a inséré un choix dans des Mémoires manuscrits pour servir à l'histoire et à la description de la ville d'Auch, qu'on trouvera dans la Bibliothèque de cette ville. Assez récemment, AI. J. Michelet a publié ces poèmes, avec d'autres de provenance diverse, en les faisant suivre de commentaires et d'uni; traduction française, dans son excellent ouvrage sur les Poitr gascons du Gers.
BlBLiooRAPiiiE. — Marquis d'Aignan d'Orbessan, Variétés littéraires pour servir de suite aux Mélanges histnr., critiques, de physique, de littérature et de poésie, etc., Auch, J.-P. Duprat, 1778-177'J, II, p. 133, iu-8". — Léonce Couture, Etude sur Louis
Baron, etc. — Philibert Abadie, édition du Parterre gascoun de Bédout, Aiich, 1850. — D' J.-B. Noulet, Essai sur l'histoire littè-' raire des patois du Midi de la France, seizième et dix-septi'eme siècle, Paris, Techeoer, 1859, in-S». — J. Michelet, Poètes gascons du Gers, etc., Auch, impr. Th. Bouquet, 1904, iii-8».
ODE A POUYLOUBRIN
Chantons, gasconnes pastourelles, — Les petites montagnes varit^es — De lu petite montagne de Pouyloubrin, — Et pour sa gloire qui est belle — Faisons résou. ner le long de la rivière — Les refrains de notre hautbois.
Ce beau lieu de ma naissance — Mérite ])ar reconnaissance — Un concert si bien préparé, — Qu'aux doux accents de notre Muse — L'envie se trouve confuse, — Et met le prix de notre côté...
Au plus haut de celte éminence — Mille petits arbres font la ramée, — Et surfout au sommet d'un tertre —
ODE A POUYLOUBRIN
Canlem, gascounes pastourettes, Las bigarrades niountagnetles Deu tucoulet de Pouyloubrin; Et per sa gloric qu'es ta bere Hasau linda per la ribère Lous fredous de nostre clariu.
Aquet bèt loc de ma nechense Merile per recounechence Un councert ta plan aiuslat.
Qu'au dous aire de noste muse L'eml>cie se trobé camuse, E lou prêts de uoste coustat ..
Au plus haut d'aquere monlade Mille arberels héu la ramade E surtout au soumeit dun tap
Couvert d'un tapis de verdure — Où tout le jour l'ombre persiste, — Un grand orme lève la tête.
Ses branches si bien ornées — Tout exprès semblent préparées — Pour garantir contre la chaleur — Qui, sitôt qu'il les voit, recule, — Lorsque l'Eté avec la canicule — Fait changer l'herbe de couleur.
Les Nymphes dansent la pavane — Sur la fière barbacane — Où elles tiennent leurs ébats; — Etjjitimour qui leur fait des gentillesses, — Pour éprouver si elles ont les chairs dures, — Vient leur y donner quelques pincées.
Un château de pierre carrée — De sa vieillesse tire vanité, — Sur une tour construite en voûte, — Qui a ses titres en lettres rouges, — Où le froid, le vent ni la pluie — N'ont effacé le moindre mot...
Ici qu'un air salutaire — Est médecin et apothicaire.
Gilbert d'nn t.ipis de berdure, Oim tout loujour l'oumbre dure TJe grane oume leùe lou cap.
Sas branques ta plan ournadcs Tout esprés semblen ajutades Per tira contre la calou, Qui, taleu que las bé, recule, Quan l'cstiu dab la canicule Hé caïubia l'iierbe de coulou.
Las Nymphes danseu la pabaoe Sur la jiQumpouse barbacane Ouu ère teng sas arrasics; E l'amour quey hé bésiadures, l'or esprouba s'an las cars dures, Lous y beug da quauqucs pessics Un castet d(î peyre carrade.
De sa bieillcsse hé parade, Sur lie tour bastide en arbot, Qu'a sous litres en letre rouge, Doiiii lou fret, lou beat ni la plougo N'au destiatat lou mendre mot...
Acy qu'un aire salutari Es médecin é pouticari,
— On ne parle pas d'ordonnances, — Et sans autre mal ni faiblesse, — Les gens meurent de vieillesse, — S'il* ne se détruisent tout exprès...
Nos bosquets, où tous les jours — Tant de petits oiseaux chantent matines, — Sont là où il faut, si bien placés, — Qu'à seule fin tout y soit agréable; — Les petils aux grands font grâce, — Kt les grands respectent les petits...
Tojis ces monts variés — De mille fleurs parsemés — De Cérès sont les échelons, — Et les mamelles d'où Nature — Retire le lait et l'aliment — Dont se nourrissent les vallons.
Tant de rochers et de friches, — Que beaucoup croient ennemis — Du gain des travailleurs, — Favorisent sous leur maigre apparence — L'ébat des oiseaux de rapine
— Et le plaisir des chasseurs...
Non parle pas do rocipos:
E sens autes mau ni feblesse.
Las gens moiiriohea do bieillesso.
Si nou s'aussisen tout esprès...
Nostes bousqiicts, oun tout lous dics Tan d'auzerets canton mailies Soun pur oun eau ta plan partits Que per affin que tout y j)lacio Lous petits aus graus baillea gracie E lous grans oundren lous petits...
Aquostcs bosses bigarrades De mile flous soun piniparades; De Cérès soun lous escalous, E las poupètes d'oun Nature Tire la leit e la pasturc Doun se nouirichea lou balous.
Tant de rouquets e de bousigucs, Que force cresen enemigues, Deu proufit deus tribailladoiis, Sauben débat lour niagre miuo L'esbat deus ausets de rapine E lou plazé deus cassadous...
A l'entour de la rivière la plus fertile — Un si bon fourrage ne s'amasse — Comme celui qui croît dans nos prairies. — Tant que le Gers nous avoisine, — Il fera sécher de jalousie — Le Sousson, la Lauze et l'Arrats.
Les grappes, les rouges provins, — Yermillonnent à belles masses — Tant dans la plaine que sur le roc; — Et le jus de leur ambroisie, — Plus doux que le miel, rassasie — Les Grands de notre endroit.
Figues blanches, grises et noires, — Coings, noisettes, pommes, poires, — Griottes, cerises, bigarreaux... — Le moindre jardin en produit, — Et chaque vigne qui est travaillée — En orne ses carreaux...
La source de notre fontaine contente — Le plus altéré satisfait, — Avec son cristal qui semble vivant, — Et le Gers, quand il la voit si fraîche, — Dissimulé dans les roseaux, — N'ose se montrer l'été.
Eu la ribere la mes grasse.
Un ta boun pasteng uou s'amasse Coum lou qui crech en nostes prats, Tant que lou Gers mous abesie E hé seca de ielousie Lou Sousoun, la Lausc et l'Arrats.
Las aragues, las rouges mailloques Bermillejen à bères troques Tant sur la plane que suou roc; E lou jus de leur ambrousie Mes dous que lou méou rassasie Lous majouraus deu noste loc.
Higues blanques, grises è nères, Coudoiiis, auérats, poumes, pères, Guindouils, sérides, bigarreus...
Lou mes simple casau ue baille; E quado bigne quès tribaille Ne passemente sous carreus...
La douts de noste hount contente, Lou mes altérât destalcnte Dab soun crislail qui semble biii; Et lou Gers, ([uan la bé ta fresque, Tout escounut doguens la cesqtio Nou gause pareche l'estiu.
Quand le joyeux printemps — Etale sa robe la plus belle, — Les petits oiseaux ressuscites — Se rassemblent dans les allées — De nos étroites vallées — Et tiennent là leurs Etats.
Par-dessus tous, un chantre sauvage — Que les habitants du village — Nominent le Rossignolet, — D'un gosier qui avec tout s'accorde — Imite sur une unique corde — Luth, épinette et flageolet...
Ici le merle fait son nid, — Là, la tourterelle charrie,
— Et sur la fin du mois de mai, — Avec leur famille nouvelle, — Dans les arbres vous trouvez le berceau — Du loriot, du tourd et du geai.
Mais qui pourrait se croire dégagé — En louant le rare mérite — D'un terroir si renommé ? — Sa gloire de tiédeur m'accuse, — Et réclame de quoique autre musc
— Un ouvrage mieux limé.
Qiian la gaiijouso ]irimiiaèrc
Desplegiie sa raiibc mes bère,
Lous auserets resuscitats
S'amasen deguen las alées
De nostos petites balées
E tenguen aquiu lous Estats.
Dessus touts, un coure saubatge
Que lous habitaus deu bilatge
Apéreu lou Rouchinoulet,
Dab un bec qui dab tout s'accorde,
Soune sur iie meticho corde
Luth, espinete et flageoulet...
Acy lou merle nisereie,
Acy la tourtere carreie,
E sur la fia deu mes de mai,
Dab lour mainadete nauère,
Peus arbes troubats la cuignèro.
De l'aurio, deu tour et deu gay.
Mes qui pouire se rende quiti
En lau/.a lou rare meriti
D'uu terradou ta renoumat?
Sa balou de peccat m'accuse,
E prcteng de quauqu'aute muse,
Un oumbratge millou limât.
Pour n'avoir pas plus de honte — Je mets un terme ù ma besogne; — Et je prie que de ce coteau — Toujours le Ciel prenne soin, — Et qu'aucune mauvaise aventure — N'y mette jamais le pied.
S Que tout son mal reste dehors, — Qu'aucune tare de ndore — N'y apporte trace de bruit importun, — Et iise à Dieu que la commune, — Avec les cartes de Fortune, — N'ait jamais que trente et un.
Que jamais la maladie ni la guerre — Ne viennent sur cette localité — Mettre le repos à l'écart, — Mais pour le moins, tant que je vive, — Le bon temps s'y répartisse si bien — Que j'en aie la meilleure part'.
Per u'iive jias nies do bergouignc
Jeu bouti fin à ma l)esoui<>ne;
E pregui que d'aquet tcpé
Toustem lou ceu prengue la cure
E que nade maie abentiire
Noui boute jamés lou pô.
Que tout soun mau sorte delioro,
Que nade tare de Pandore,
Noui porte nat brut importun :
E placie à Diu que la coumuni;
Dab las cartes de la Fourtune,
N'aie jamès que trente-un.
Jamés l'agraiie ny la guerre
Nou benguen en aquere terre
Bouta lou repaus à l'cscart;
Mes per lou mens, tant que ion bisque,
Lou boim temps ta plan s'y ])artisquc
Que ioun aie la meillou part.