JACQUES JASMIN
En réalité il s'appelait Jacques Boé, le nom de Jasmin, qu'on portait dans sa famille depuis deux générations, n'étant qu'un ])seudonyrae. Il était né à Agon, le 6 mars 1798, de Jean Boo, pauvre et jovial tailleur d'habits, et do Catherine Arrès, son épouse. Il a raconté dans un petit poème, Mous Sonbenis, poènio en très panusos. les premiers souvenirs de son enfance et révélé en termes touchants le dénuement des siens. On le fit entrer gratuitement à l'école, et de là il passa quelque temps au sémi» naire. Ce fut toute son éducation. Placé comme apprenti coiffeur, il s'établit par la suite, pour son propre compte, sur la promenade du Gravier, prés la porte Saint-Antoine. Il avait épousé, en 1818, Anne Barrore. Sa boutique — cette boutique où, pendant plus de quarante années, dédièrent des célébrités venues de toutes parts pour rendre visite au poète-artisan — existe encore, face au monument que lui ont dressé ses compatriotes. Jasmin débuta par des vers d'amour et des impromptus folAtres. En 1825, il publia son premier poème important, J.c/ Charibari*, et le lit suivre d'une foule do chansons, de pièces <i circonstance, et voire même d'odes patriotiques. Encouragé p ses concitoyens et, assure-t-on, par le célèbre auteur de La I aux Miettes, Jasmiu cessa brusquement de composer de menus poèmes, dont le caractère no pouvait guère dépasser le cercle restreint de sa ville natale, écrivit la Caritat, le Très de mai/. le Maréchal Ldnos, et envoya hardiment son prenùer recueil i Paris (Las Papillotas de Jasmin, coiffur, etc., 1825-1835, Agcii. imprimerie de Prosper Noubel, janvier 1835, in-S"). Le petit livr • trembla peut-être de toutes ses feuilles, selon l'expression d' M. Boyer d'Agen, lorsqu'il se présenta humblement devant la critique, mais quelle ne fut pas la surprise de l'envoyeur quand il reçut en retour le Temps du 10 octobre 1835, avec celte réponse de Nodier :
« ... Voilà qu'il surgit un poète et un grand poète, qui n'a do
i . Il avait donné peu avant celte jolie romance devenue poiiulairc. Me cal nwuri, Agcn, lilli. Lapoyrc, s. d. [18i-J, in-12.
commun avec La Bellaiidicro, Goiidoiili, d'Astros et tous ses ]irédécesseurs que le chiirme piquant d'un idiome plein de nombre et d'harmonie, mais qui les surpasse de toute la portée d'un talent inspiré; un Lamartine, un Victor Hugo, un Bérauger gascon. Ce poète-phénomène est un barbier-coiireur d'Agen, qui ferait aisément la barbe à quelques-uns de nos lauréats et qui s'appelle Jasmin. Il a modestement intitulé son livre Les Papillotes, à l'imitation de maître Adam de Xevors qui appelait le sien Les CheviLLes et qui était aussi un homme de beaucoup d'esprit. Mais que la distance est grande entre maître Adam, qui n'avait que beaucoup d'esprit, et Jasmin, qui a du génie! Qu'elle est grande surtout entre Jasmin et maître André, le seul perruquier-poète dont la littérature française ait conservé jusqu'ici le souvenir! Ce n'est certainement pas à Jasmin que Voltaire aurait dit: « Faites des perruques! » Ou, s'il le lui avait dit, le malin vieillard, c'est parce que son âme jalouse avait encore plus de propension à s'effrayer d'une supériorité qu'à s'égayer d'un ridicule. Quant à moi, je n'ai aucune raison pour ne pas lui adresser cet avis, dans toute la sincérité de mon cœur. Faites des perruques. Jasmin! parce que c'est un métier honnête que de faire des perruques, et une distraction frivole que de faire des vers. Faites des perruques, parce que le travail de la main de l'homme est le seul dont Ihomme ait le droit de s'honorer, le seul dont il puisse goûter le fruit sans le trouver amer. Faites des perruques, pour fournir aux besoins de votre digne famille... Faites des perruques, pour entretenir le cours de ce pitchou riu tan argcntat que la réputation de votre fer à toupet fait couler dans votre boutique. Faites des vers aussi cependant, quand votre journée est pleine et qu'elle a gagné son pain; faites des vers, puisque votre merveilleuse organisation poétique vous a donné ce talent ou imposé cette destinée; faites des vers. Et Dieu me garde que vous n'en fassiez plus, moi qui m'engagerais volontiers à ne plus lire que les vôtres... »
Dès lors ce fut la gloire. Célébré par les maîtres de la critique, Sainte-Beuve, Léonce de Lavergne, Mazade, Armand de Pontmartin, par Lamartine lui-même, reçu aux Tuileries par le roi Louis-Philippe, fêté dans les salons, pensionné et décoré, Jasmin connut tout ce que la fortune littéraire peut prodiguer d'honneurs enviables. En son humble logis d'Agen, qu'il n'abandonna jamais, il recueillit, pendant plus d'un quart de siècle, une abondante moisson de lauriers, mais il n'oublia pas ses origines modestes et, dans ce festin de la renommée, sut prélever la part des pauvres. A l'opposé de ces histrions qui n'exploitèrent jamais la commisération publique qu'à leur profit, Jasmin répandit généreusement son éloquence méridionale au bénéfice de la grande foule anonyme des déshérités. « Les anciens, a-t-on dit, parlaient de ces harmonieuses théories que
leurs a("!des pieux rondiiis.TÎent autour des villes, Amphions do la flûte relevant des murailles de pierre. Que diront les modernes de ces inoubliables pèlerinages que leur dernier troubadour pratiqua sa vie durant sur toutes les routes de France où il y avait im hospice à construire, un orphelinat à approvisionner, une école à rebâtir... Sur toutes les diligences ce commis-voyageur de la cliarité eut, quarante années durant, sa place, et quand les chemins de fer commencèrent à fonctionner, il ne fallut pas moins qu'cme carte de circulation permanente pour suffire à ses déplacements. De l'innombrable correspondance que Jasmin entretint avec les miséreux on a extrait le chilîre énorme de 1.500.000 francs que sa lyre et son aumôniéro amassèrent pour eux. Le poète retenait à peine là-dessus ses frais de voyage et de subsistance !
Trois mois avant sa fin, le corps brûlé de fièvre, mais l'esprit étincelant de verve et de bonhomie, il se présentait encore sur le théâtre de Villeneuve- sur-Lot et déchaînait l'enthousiasme. Ce fut sa dernière séance. Il s'éteignit parmi les siens, au fond de son étroite boutique du Gravier, le soir du 5 octobre 1864, laissant, avec le souvenir d'une âme spirituelle et droite, le témoignage d'une inspiration charmante qui avait pris sa source dans l'obscur génie du peuple.
Ses œuvres ont eu un grand nombre d'éditions. Nous citerons, d'après la bibliographie établie par M. Boyer d'Agen :
Las Papillotas, Agen, Noubel, janv. 183.5, in-8" (éd. déjà citéep. 285); il existe dos exempl. avec la trad. française; La même, ibid.. 1838, in-8»; La même (1825-18^3), ibid., 1843, in-80; La.^ Papillotns, t. II (1835-1842), ibid., 1842 et 1858, in-8<>; Las Papillotas, t. III (1843-1851), ibid.. 1851, in-8° ; Las Papillotas, t. IV (1852-1863), ibid., 1863, in-8» : l.as Papillotas, Paris, F. Didol. 1860, ia-12 ; Ims Papillotas. Œuvres complètes de Jacques Jasmin , avec un essai d'orthographe gasconne d'après les langues romane et d'oc et collation de la trad, littérale, par Bayer d'Agen, Paris, "V. Havard, 1889, 4 vol. in-S»; La même, édit, popul. Paris, Garnier, s. d., 2 vol. in-18.
Nous ne nous ferons pas l'interprète de ceux qui lui ont sans cesse reproché d'avoir appauvri et parfois dénaturé les vertus de la langue maternelle. Jasmin, ne l'oublions pas. ne fut qu'un artisan sans culture, doué d'une verve intarissable et d'une réelle faculté d'improvisation. Son bagage ne soulVre pas davanlago l'appareil imposant de la critique actuelle que son idiome uo supporte le contrôle philologique. C'est un enfant du terroir (jui se fait entendre do ceux-là mêmes qu'il a dépeints. On m saurait lui reprocher ce qui constitue à nos yeux son propre mérite, comme l'on ne saurait reprocher au jiatois gascon do n'être jjoint la langue des chefs-d'œuvre. Toute confusion vient d'une mauvaise interprétation de ses vers, car il ne faut pas
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prendre à la lettre cette critique qu'on lui a faite de penser en français et d'écrire en dialecte. Il eut des détracteurs nombreux.
Mary-Lafon écrivit un jour : « Flatteur universel, sauf à brûler le lendemain ce qu'il avait adoré la veille, et fice i'crsa, — comme il fit avec Louis-Philippe, qu'il insultait grossieremen quand il était républicain, et qu'il adula de même lorsqu'il en reçut une montre, — Jasmin fit fumer son encens gascon sou le nez de tous ceux qui pouvaient le sentir. Cette pratique lui réussit, et il conquit, à force de courses, de dédicaces et de récitations deçà, delà, cette sorte de notoriété qu'on prend parfois pour de la gloire... »
Nous ne citerions guère ces phrases outrageantes pour la mémoire du coiffeur agenais si nous n'étions décidé à les relever. Jasmin, ou l'éprouve à connaître sa vie, à lire son o?uvre, eut exactement des défauts nés de l'excès des qualités de sa race. Ce que l'on a pris chez lui pour de la flatterie et une complaisance intéressée ne fut, presque toujours, que l'elTet de sou exubérance gasconne. Le verbe était outr", mais le fond de l'homme recelait une abondance de candeur, de naïveté d'esprit qu'on n'aurait point été tenté de découvrir chez ce génie rude et facétieux à la fois. Bien qu'il ne se satisfit pas des éloges qu'on lui décerna et qu'il provoquât sans cesse l'enthousiasm»; vulgaire, il ne perdit rien des dons que lui avait départis sa nature lyrique et sentimentale jusqu'à la « religiosité ». Ame de comédien autant qu'âme de poète, chez lui l'interprète servit trop éloquemment l'improvisateur, mais il rendit au centuple à la foule les émotions qu'elle lui avait procurées. Pour nous son influence fut salutaire, et nous ne nous résignons pas a censurer celui qui, avant nos poètes-simples, écrivit ces lignes, tout un acte de foi sincère et émouvant :
« La poésie est partout : d'un côté, on la trouve dans les choses les plus ordinaires de la vie, au foyer du travailleur, au chevet du malade, dans une noce qui passe, et, d'un autre côté, elle s'élève au sommet des cieux. Elle foule la terre et ^lle touche les étoiles. Elle est ordinaire et elle est sublime. Elle est, à la fois, la semaine et le dimanche. Elle est simple et familière, comme lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi et samedi, et solennelle comme Pâques !... Pour moi, j'ai cherché le vrai, le simple, le naturel, le fond du cœur; et c'est par là que j'ai fait éclater tant de rires et couler tant de larmes, même dans les pays où on ne comprenait pas le gascon et où j'étais obligé de me traduire... »
Bibliographie. — Maxime de Montrond, Jasmin, Paris et Lille, 1865, in-8o. — L. Rabain, Jasmin, sa vie et ses œuvres, Paris, F. Didot, 1867. in-18. — J. Aadr'ieii, Bibliographie de l'Agcnais, 1886-1887, etc. — Paul Mariélon, Jasmin, H'J8-i8(JU,
Paris, Flammarioa, 1898. iQ-18, — Bover d'Agon, Préface aux Œuvres complètes de J., Bordeaux, Bellier, et Paris, V. Havard, 1889, etc.
MA YIGXE A PAPILLOTE
A madame Louis WeiLl, de Paris.
Jolie dame, c'est vrai : le mois dernier, je signai — Un morceau carré — De papier timbré ; — Et je me vis aussitôt maître, — Non pas, comme vous l'avez appris, — D'une métairie à six têtes avec un jardin anglais, — J Toute couverte d'épis et de groupes d'arbres; — Mais^ d'une petite, petite vigne — Que j'ai baptisée : A Papillote! — Où pour chambre je n'ai qu'une grotte, — Où les ceps se compteraient aisément. — D'un bout de^ haie à l'autre bout — Sa longueur guère ne se déploie; — Cent de mes pareilles ne feraient pas une lieue, — Six linceuls la couvriraient.
Eh bien ! pourtant, telle qu'elle est, vingt ans je l'ai rêvée. — Vous riez. Madame, de mon bonheur?
MA BINHO X PAPILHOTO
Poulido damo, es bray : loii mes darrè, sianèri Un brigal carrât De pape marcat;
Et taleù mèstre me besquèri,
Nou'n pas, roumo lalxis appres, IViino bordo à siés cats danib'iiu caxal angles, Claùlido de cabels et de randals espes;
Mais d'une pitchoiiuo binhùto
Qu'èy bali/.Ado : A Paimlhôto!
Ou», per crainbo n'ey qii'iino grôto.
Oini Ions bidots se couutayoD.
D'un bord de sègo à l'aùlro sègo.
Sa loungou gayrc se despU'îgo;
Cent atàl fayon pas h» légo,
Siés liurjols la capclayon.
Eh-beî ponrtan, coumo es, bint ans l'ey saùnojado. Rizès, Madame, al boualuir qu'èy?
— Vous rirez bien davantage quand je vous dirai — Que, depuis que je l'ai achetée, — Plus riche en fruit — Je n'en vois aucune. — Neuf cerisiers, voilà mon bois; — Dix rangs de vigne font ma promenade. — Des pêchers, ils sont miens; des noisettes, elles sont miennes; — J'ai deux ormeaux; j'ai deux fontaines. — Que je suis riche!
— Ma Muse est une métayère. — Oh! je veux vous peindre, pendant que je tiens le pinceau, — Notre pays aimé du ciel.
Ici, nous faisons tout naître, en égratignant la terre.
— Qui en possède un lambeau se prélasse chez soi; — Il n'y a pas de petit bien, sous notre soleil.
Vous me direz bien qu'à Paris, dans la serre chaude,
— Deux mois avant nous, vous faites tout mûrir. — Qu'est votre fruit? De l'eau claire — Qu'un feu savant fait roussir. — Mais, belle dame, ici, vous ne vivriez que de fruits. — Vous ôteriez votre gant luisant; — Nous vous verrions à chaque minute — Détacher de la branche une belle pèche fondante,
Rires be may quan bous dirèy
Que, dezumpèy que l'éy croumpado, May frutado N'en bezi uàdo.
Naù guindoulés, baqui moun bos;
Déts causes fan ma permenado.
De presseguès, sount meus; d'abelânos, sountmios;
D'ourmes, n'ey dus; de founs, n'èy dibs. Que sùy riche ! Ma Muzo es uno fazendéro. Oh! boli bous pintrà, tandis qu'èy lou pincèl,
Nostre pais aymat del ciel.
Aciù fazèn tout nayche, en grai^pinhan la tèrro. Qui ne tend soun brigal se palayzo chez el ; Nh'a pas de pitchou be, debàt nostre sourel. Dires be qu'à Paris, dins la sèrro caùdetto, Dus mes abàn nous-aù, fan tout amadurà.
Qu'os bostre frut? D'aygo claretto
Qu'un fèt saben fay roussejà.
Mais, bèlo damo, aciù, nou biùyàsque de frùto.
Tirayàs bostre gant luzen.
Bous beyàn à càdo minuto, Destacà de la brenco un bel precét founden,
— Y planter votre blanche dent; — Comme nous, vous la boiriez presque — Sans en ôler la fine peau; — Car. depuis la peau jusqu'au noyau, — Elle fond dans la bouche... C'est du miel!
Madame, dans le Nord, vous avez de grandes choses,
— Des églises, des palais qui montent haut, bien haut,
— Et le travail de l'homme est plus beau chez vous autres. — Mais venez faire quatre ou cinq pauses — Sur les bords de la Garonne, aux beaux jours dété; — Vous verrez que le travail de Dieu — Nulle part n'est beau comme ici. — Nous avons des rocs vêtus en velours, qui verdoient; — Des plaines, toujours dorées; — Des vallées, où nous buvons un air sain : — Et, quand nous nous promenons, partout nous foulons des fleurs.
La campagne de Paris a bien fleurs et pelouse; — Mais elle est trop grande dame, elle est triste, dormeuse. — Ici, mille maisonnettes rient au bord d'un ruisseau; — Notre ciel est riant, tout s'amuse, tout vit. — Depuis le mois de mai, quand le beau temps s'équilibre,
Y plautà bostro blauco deu; Coumo nous-aù, lou beùyàs presque Sans n'en tira la fino pèl; Car, dumpéy la pèl dinqu'al clèsque, Found dins la boùco... Acos de mèl !
Madame, dins lou Nord acos de grandes caùzos. De glèyzes, de palays, que meunton liaù, bien haù, Et lou trabal de l'home es may bel chez, beus-aù.
Mais benès fà quatre ou cinq paùzos Sus bors de la Garèno, as bès jours de l'estiù;
Beyres que lou trabal de Diù
Enlet n'es tan bel, coumo aciù.
Abèn de rocs bestits en belour, que lierdejon;
De planes, que toutjour daùrejon :
De coumbos, oua bebéa un ayre sanitous: Et, quan nous passejan, pertout traùlhan de flous.
La carapanho, à Paris, a be flous et peloiizo: Mais es trop grande dame, es triste, reumilheuze. Aci, milo oustalets rizon, al bor d'un riii. Nostre ciel es rizen, tout s'amuze, tout biîi; Dumpèy lou mes de mây, quan lou bel tenip s'alinde.
— Pendant six mois dnns l'air une musique résonne. — A mille rossi^-nols cent pûtres font coiieurrence; — Et tous chantent l'Amour, l'Amour qui est toujours neuf. — Votre Grand-Opéra, surpris, ferait silence — Quand lejour delà nuit déchire le rideau — Et que, sous un ciel qui s'allume aussitôt, — Ecouté du hon Dieu, notre concert commence. — Quels refrains ! Quelle voix! Tenez, ils s'v font, aujourd'hui; — L'un chante sur le coteau, et lautre dans le guéret.
« Ces montagnes, — Qui sont si hautes, — M'empé- <;hent de voir — Où sont mes amours. — Baissez-vous, montagnes, — Plaines, haussez-vous, — Pour que je puisse voir — Où sont mes amours, »
Et mille voix, aussitôt résonnant dans les airs, vont, à travers les rideaux bleus, — Faire sourire les anges là-haut. — La terre embaume les chanteurs. — Les rossignols, sur l'arbre en fleur, — Chantent plus fort, à qui mieux mieux. — C'est juste, et personne ne bat la mesure.
Penden siès mes Uins l'iiyre iiuo muzico tindo. A mile roiissiahols ceut pnstous fao rainpeù; Et touts canton l'Amou, r.A.mou qu'es toutjour ncù. liostrc (iran-Opera, surpres, favo sileiiço Quan lou jour de la néy osquisso loii riduù Et quo, debàt un ciel que s'alùco taleù. Escoutat del boun Diù, nostre councèr coumcnço. Quas refrins! Quinos bîies ! Tene! s'y fan, anôy; Un canto pe la côsto, et l'autre pel barèy : « Aquelos mountanhos' Baycha-bous, mou«tanhos,
Que tan hautes sount, Plàuos. haùssa-bous,
M'empatchon de beyre Per que posqui bevre
Mas amous oun sount. Oun sount mas anious! »
Et milo bues, atàl brounzinan dins lous ayres, Ban à trabés lous rideùs blus, I"à rire lous anges lassùs.
La terro embaùmo lous cantayres.
Lous roussinhols su l'aùre en flou, Canton màv fort, à qui inilhou.
Tout bay juste, et pourtan digun bat la mezuro.
i. Couplet populaire d'une chanson attribuée à Gaston Pliébus.
— Et pour tout entendre, tant que le concert dure, — Ma vigne est un siège d'honneur; — Car je plane, du coteau où ma grotte s'élève, — Sur le paradis d'Agen, la vallée de Vérone.
Que je suis bien, dans ma vigne! Oh! je n'y vais jamais assez. — Pour clic, je me suis fait poète-vigneron; — Je délaisse même les chansonnettes. — Je ne rêve qu'échalas, que pampres, que treilles, — Sur le chemin je trouve de petites pierres, — Je les porte dans ma vigne et j'en fais des tas, — J'y aurai une maisonnette et des tonnelles fraîches. — Chaque ami à son tour y sera fêté ; — Et, quand viendront les vendanges, mon cellier sera fermé : — Avec tous mes amis, sans paniers, sans corbeilles, — Nous aurons d'avance tout vendangé.
Oh! ma jeune vigne, — Le soleil te l'cgarde chaleureusement. — Porte-moi de tout, — Aussi, quand il bruine,
— N'en perds aucune goutte. — Mon feu s'assoupit. — Ma Muse se fatigue; — Mes amis, demain, — Pourraient m'échapper : — Mois toi, jeune amie, — Vigne au fruit savoureux, — Avec ta fleur-figue,
Etper entendre tout, tant que lou councer dure. Ma biuho es un siéti d'aunou;
Car plàni, de sul tap oun naa grôto s'entrouno,
Sul paradis d'Agen, la coumbo do lîerouno.
Que sùy bien, dins ma binho ! Oh ! n'y baù jamày prou.
Per elo, mo siiy fèyt poùto binhayroti. Daychi mémo las cansounettos.
Nou rébi que paychols, que flàjos, que bidots. Pol cami trôbi des pcyretos,
Las porti dins ma binho et n'en faù do pilots.
Y'aùrùy un oustaict et do tounolos frcscos.
Càdo auiit, à soun tour, y sarà fostejat;
Et, quau brenlios bondràn, moun ciiay sarà barrât :
Dambu touts mous amits, sans panùs et sans doscos, .\ùren d'abanço tout brcnhat.
Oh ! ma jiiyno binho. Ma Mu/.o fatigo ;
Lou sourcl te guinho. Mous amits, douma,
Porto-mc de tout. Pùyon m'<!scfipa;
Tabe, quan plebinlio. Mais tu, jùvno auii^ro,
N'en perdes nat ;'lout. Hinlio al fnil goustous,
Mouu fèt s'amatigo, Dambo ta iluu-ligo.
— Et tes bons raisins, — Attache-les-moi! — Récolte abondante — Ainsi tu me vaudras. — Pour l'âme aimante,
— Récolte ne vaut pas — Serrements de mains.
Et tout pousse, tout croît. Et seul je n'y suis guère
— A l'heure où je n'ai personne, mes souvenirs fidèles
— Me font compagnie, et les plus vieux — Se rajeunissent pour me plaire. — Aujourd'hui une nuée m'en est venue.
Je vois la prairie où je sautillais; — Je vois la petite île où je broussaillais, — Où j'ai pleuré, où j'ai ri.
Je vois plus loin le bois feuillu — Où près de la fontaine je me faisais rêveur, — Depuis que l'on m'avait dit qu'un fameux écrivain — Avait doré le front d'Agen, — En faisant retentir ses vers, dans l'air, — Au bruit de cette onde d'argent.
Mais je veux dire tout. Devant, à gauche, à droite, — Je vois plus d'une haie épaisse, que j'ai trouée;
Et tous durançous Per l'àmo amislouzo,
Estaco-me loiisl llecolto bal pas
Récolte aboundouzo Sarromens de màs.
Atàl me baldràs.
Et tout pousso, tout croy. Et soulet n'y sùy gayre A l'houro oun n'èy digun, mous soubenis fidèls
Me fan coumpanho, et lous may biéls
Se refan jùynes per me playre.
Anèy un fun m'en es bengut.
Bezi la pràdo oua saùticàbi;
Bezi l'ilhot oua broucalhàbi,
Oun èy pleurât, oun éy rigut.
Bezi mày lèn lou bosc fèlhut Oun, proche de la feun, me fazioy saùnejayre, Dumiîèy que m'abion dit qu'un famus escribeu '
Abio daùrat lou froua d'Agen,
Eu fan seunà sous bèrs, dins l'ayre,
Al brut d'aquelo aygo d'argen.
Mais boli dire tout. Dabàn, à gaucho, à drelo, Bezi mày d'uno sègo espesso^ qu'èy traùcat;