‹ Les poètes du terroir du 15e siècle au 20e siècle; textes choisis accompagnés de notices biographiques, d'une bibliographie et de cartes des anciens pays de FranceChapitre 16 sur 284 · LA CASCADE DE GRESY · texte numérisé non relu

LA CASCADE DE GRESY

Le torrent mugissant écume Contre les roches qu'il polit ; Il tombe, rejaillit et fume, Et couvre d'une épaisse brume Les arbres penchés sur son lit.

Les cascades qui rebondissent Et qui confondent leurs fracas Partout tonnent, partout mugissent.

Et les airs au loin retentissent De leurs effroyables éclats.

A quelques pas de ce tonnerre.

On voit le torrent furieux Qui, devenu tout débonnaire, Se couche, uni comme du verre, Sur le sable silencieux.

Ainsi dans les jeunes années,

Quand l'amour commande en vainqueur,

Quand les passions déchaînées

Luttent contre les destinées.

Tout est tumulte dans le cœur.

I. J. Harbcy «l'Aurevilly, Les Quarante Médaillons de l' Académie frmiçaise, 18G3.

DAUPHINÉ 35

Puis vient Tùge où l'àme s'émousse Et ne sait plus que s'nbstenir :

Les jours s'écoulent sans secousse, Endormis dans leur pente douce, Et murmurant un souvenir.

Hélas! tout s'éteint, tout s'efface, Le crépuscule suit le jour ; L'ardente jeunesse fait place A la vieillesse qui nous glace!

L'amitié succède à l'amour!

Ah! s'il faut un jour, cœur sans flamme,

Cesser d'aimer et de souffrir;

Si le pas connu d'une femme

IV'e fait plus tressaillir noire âme.

Plutôt cent fois, plutôt mourir!

[Œuvres complètes.)

xMAURIGE FAURE

M. Maurice Faure est né à Saillans en 1850. Il appartient par sa mère à une lignée hellène, et descend par son père d'une vieille famille dauphinoise établie dans la vallée de Die. Successivement publiciste, fonctionnaire au ministère de l'intérieur, député, membre du conseil supérieur des prisons, ancien vice-président de la Chambre, il est actuellement membre du conseil supérieur des beaux-arts, président du conseil général et sénateur de la Drôme. Orateur écouté, M. Maurice Faure est également un écrivain de tempérament. Ses travaux le prouvent, et en particulier son ouvrage Souvenirs du général Chanipionnet. Il n'a point, ainsi qu'on pourrait le craindre, oublié sa petite patrie : au contraire, chaque année il revient en sa pittoresque cité de Saillans, « site de prédilection, coin de terre aimé entre tous, angulus souriant où convergent sans cesse toutes ses aspirations ». « En littérature, aussi bien qu'en art, a écrit l'un de ses biographes, c'est un irréductible décentralisateur. Il ne pense pas, comme François Villon, qu'i/ n'est bon bec que de Paris. Il croit aux dialectes locaux, au charme des antiques légendes, à la vieille Provence, au vieux Dauphiné. dont il étudie passionnément l'histoire. » M. Maurice Faure esl l'auteur de poésies en langue d'oc qui eurent un grand succès. (Juelques-unes de ces pièces ont été publiées dans un recueil collectif, La Cigale (Paris, Fischbacher, 1880, in-8'), parmi des ])ublications félibréeunes.

HiBLlooFiAPiiiK. — Fabre des Essarts, Maurice Faure, La France contemporaine, t. IV. — C. Hcnuion, Les Fleurs Félibresques, 188.3. — Anonyme, Compte rendu delà fête donnée le 'J(j jant'ier 1001 en l'honneur de 31. Maurice Faure (Paris, Houvalot-Jouve, 1907, in-8").

Page 1