L'OLIVAISON
Nous sommes près de la Toussaint : la bise furieuse
— Du mistral a déjà dépouillé de leurs feuilles plaines et monts; — Des arbres qui se lamentent la dernière ramée — Fuit en tourbillonnant. Cependant, là-haut,
L'olivette, malgré le grand vent furibond, — Jette fièrement son ombre au Roc de Substantion, — Fièrement, comme elle doit, car c'est le temps de l'olivaison,
— C'est l'heure où va ruisseler l'eau dorée, son sang blond.
Comme le fruit bruni pleut dans les frêles claies d'osier — Et comme allègrement les fillettes frappent à coups de gaule, — En riant, en chantant, même en parlant d'amour !
0 novembre! impitoyable bourreau de l'automne, — Tu nous donnes l'huile exquise, si tu détruis nos tonnelles,
— Et, pour ce don, je t'aime autant qu'un mois de mai.
[La Cigale, 1880.)