‹ Les poètes du terroir du 15e siècle au 20e siècle; textes choisis accompagnés de notices biographiques, d'une bibliographie et de cartes des anciens pays de FranceChapitre 168 sur 284 · A MON PAYS · texte numérisé non relu

A MON PAYS

Rouergue, je t'envoie un lointain souvenir,

— Heureux si tes enfants d'un doux regard raccueillent !

— Je fadresse mes vers lorsque tes hêtres feuillent, Et ma muse ù leur ombre accourt se rajeunir.

Reçois-la de ton mieux, la pauvre voyageuse; C'est ta fille, après tout, elle est née en tes bois; Les airs de son berceau vibrent seuls dans sa voix, Et c'est d'être en exil qui la rend si songeuse.

Elle n'a point changé : tu la retrouveras Amoureuse toujours d'espace et de lumière, Simple et franche, et vêtue en modeste fermière. Une gerbe de fleurs agrestes dans les bras.

Elle a soif de revoir, aux campagnes natales, Les seigles épier et les genêts fleurir, De chanter, de rêver, de s'asseoir, de courir Sous les cerisiers blancs d'où neigent des pétales.

Elle a soif de parfums, de souffles, de rayons,

De s'éveiller dès l'aube au chant de Talouetle,

De dormir à midi dans la foret muette.

Ou dans les grand prés d'or tout vibrants de grillons

De voler d'un vol fou du Tarn ù la Truyère, Des herbages d'Aubrac aux saules de l'Alzou, Des pentes de la Caune aux flancs du Lévézou, Et du pâle amandier ù la rouge bruyère;

De traverser le Causse et sa mer de froment Qui palpite et frissonne aux plus douces haleines, Puis d'aller — dédaignant la richesse des plaines — Chercher au Ségala le coin pauvre et charmant,

L humble nid égaré dans les bois et les landes : Le moulin et l'étang bordé de noisetiers.

Les clairs ruisseaux, les vieux chemins, les frais sentiers Où les ronces en fleur déroulent leurs guirlandes;

Les fermes que des houx sombres voilent aux yeux, Les petits clochers bleus annonçant les villages, Et qui laissent s'enfuir, à travers les feuillages, Les glas tristes et lents, ou les appels joyeux ;

Et l'école où jadis on apprenait ses lettres, Bourdonnante toujours d'un essaim de marmots. Qui sur les mêmes bancs braillent les mêmes mots, Du même ton, parfois avec les mêmes maîtres...

Va revoir tout cela, muse! et revois aussi Ceux dont le souvenir nous demeure fidèle; Entre chez eux par la fenêtre, en hirondelle, Chante-leur ta chanson, — et reviens vite ici:

Car j'ai besoin, pour l'œuvre où tout mon cœur s'épanche, De sève et de soleil, de force et de couleurs; Ton retour du pays mettra mon âme en fleurs. Comme un souffle d'avril le vieux pommier qui penche.

(Le Clocher.)

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