SOLEIL COUCHANT
Le Soleil va mourir à l'hori/.on qu'il embrase, — De ses derniers rayons daguant les nuages. — Pleine d'une ivresse suprême, la Terre, palpitante, à son amant envoie de toutes ses cimes l'encens de ses serpolets.
Des baisers de la Lumière divinement soûles, — Les Vignes, dans le soir, songent que les rayons puissants dont l'astre souverain a gonflé leurs moelles — Se transmuent en vin où fleuriront — Les audaces des esprits, les vaillances des cœurs. *
Et Celui qui s'éteint songe, lui, qu'avec sa vie — 11 a engendré de l'amour et de la i)ensée, il a fait — Toute la splendeur sur le monde épanouie, — Et, dans l'allégresse de son œuvre accomplie, — Il pose sur les sommets son clignotant regard.
C'est là, sur les penchants des collines pierreuses — Que la Vigne, tournant l'échiné au vent du nord.
SOLEL COLCANT
Lo Solel va morir al orizon qu'abranda, Ambe sos darriors flans daguejaiit las nibols. Comola d'una embriaigiiesa subregi-anda, La Terra, bateganta, à son aimador manda De totes sos acrins l'encens do sos scrpols. Dels potets delà Lux dinzcncament sadolas, Las Vinhas, dins lo ser soscan qne's raisos forts Dont l'astre sobeiran a gonllat lors niezolas Se tremiidan en vin ont seran floribolas Las air/.ors dels esprits, las valensas dels cors. Et Lo que s'cscantis sosca, el, qn'ambe sa vida A congrelhat d'amor et de pensada, a fach Tota la resplondor subre l'monde espandida, E, dins l'allegramcnt de son obra complida, Pau/.a subre's tucols son cliiqiicjant agach. Es aqui, pals i)onjals do las serras peiro/.as, Que la Vinha, virant l'esquina al iberseuc,
— Etale vers l'autan ses ceps vigoureux, — Dont les mille branches, ardentes amoureuses, — Comme des bouches ont bu son sang divin.
Et tel qu'un roi tombant sur un chnmp de victoire, — Orgueilleux et joyeux d'avoir sur les terroirs, — Qui aux temps à venir cflcbreront sa m»''moire, — Versi> ce sang gônùrateur de courages, — L'Astre triomphalement se couche dans sa gloire.
{La Coupe Occitane.)
Estoloiia, al autan, sas socas vcrturozas, Dont las milaiita vits, aCricas amoro/.as. Coma de bocas an popat son sanc diu/.enc. E coin nu rei tombant sus un camp de Victoria, Orgolhos et gauchos d'abor pels terradors. Qu'aïs tempses avenoncs lau/aran sa momoria, Escampat aqiiel sanc asermaire d'ardors, L'Astre ufano/.ament se colca dins sa gloria.
[Lo Goi Occitan.)
PAUL MARYLLIS
Paul Marvllis — de son vrai nom Paul Biers — est né à Villeneuve-sur-Lot le 12 mars 1867. Attaché au Muséum, il apparaît sous le double aspect d'un scientifique et d'un poète. De sa vie nous retiendrons qu'il fut secrétaire particulier du ministre Georges Leygues (mai 1894 à novembre 1895) et qu'il contribua à fonder « La Prune », société amicale des « Lot-et-Garonnais » de Paris. De son œuvre, en prose et en vers, nous citerons : La Citerne de Magnac, légende locale, Villeneuvesur-Lot, imprim. Delbergé, 1894, in-S"; Fleurs gasconnes, poésies, Paris, Ollendorir, 1895, in-18: Les Harmonies naturelles, Paris, Rudeval, 1899, in-18; Rives d'Olt, poésies, Bordeaux, Durand, 1902, in-\&;Le J'eceto blanco, conte, Paris, extr. de Li Soulciado, livre d'or des Félibres de Paris, 1903, in-8''; Les ilfedecins, farce moliéresque en un acte, Paris, 1903, in-8»; Le Vieux Buveur, Y>oés\e,:\\cc une eau-forte d'André Crochepierre, Paris, l'.)()4, in-8''; La Tour hantée, légende gasconne, ill. de A. Calbet, Paris, J. Loubat, 1905, in-8'>: La Messe de saint Sccaire, ill. de G- Barlangue, ibid., 1906, in-S»; Nos Papillons, nos scarabées, nos insectes, Paris, Laveur, 1907-1909, in-*», etc. Le bagage poétique de M. Paul Maryllis, on vient de le voir dans la précédente éMumération,est restreint, mais il témoigne d'un talent délicat, pénétré des choses de la terre et attaché à ses origines. Deux plaquettes, JUves d'Olt et Fleurs gasconnes, ont sufli à cet aimable rimeur pour évoquer les sites et les coutumes de son pays. <Jue n'a-t-il étendu jusqu'au domaine de la langue d'oc — qu'il l)arle et qu'il écrit à merveille — ses dons do pur lyrique! Il nous efit permis d'entendre alors un do ces poètes virgiliens que ses i)remier9 vers nous avaient fait espérer et dont la race s'est éteinte eu Agenais.
BlBLIOORAPiliE. — Beauropaire-Fromont, P. Maryllis, National, sept. 1900, — A. Grimaud, La Race et le Terroir, Cahors, 1903, in-8». — Anthologie de la Société des Poètes français, etc.,