‹ Les poètes du terroir du 15e siècle au 20e siècle; textes choisis accompagnés de notices biographiques, d'une bibliographie et de cartes des anciens pays de FranceChapitre 223 sur 284 · LES FILOUTERIES DU POXT.NEUF · texte numérisé non relu

LES FILOUTERIES DU POXT.NEUF

Sois-je pendu cent fois sans corde, Si jamais plus je vais chez vous, Maistresse Ville des Filoux, Et si je me mets plus en peine D'aller voir la Samaritaine, Le Pont-Neuf, et ce grand Cheval De bronze, qui ne fait nul mal, Tousjours bien net, sans qu'on l'estrille (Dieu me damne s'il n'est bon drille!) : Touchez-Ic tant qu'il vous plaira, Car jamais il ne vous mordra :

Jamais ce Cheval de parade N'a fait morsure ny ruade.

Vous, rendez-vous de charlatans,

De filoux, de i:)asse-volans,

Pont-Neuf, ordinaire théâtre

De vendeurs d'onguent et d'emplastre,

Séjour des arracheurs de dents,

Des Fripiers, Libraires, Pedans,

Des Chanteurs de chansons nouvelles,

D'entremetteurs de Damoiselles,

De Coupe-bourses, d'Argotiers,

De Maistres de sales mestiers

D'Operateurs et de Chymiques,

Et de Médecins spagiriques,

De fins joueurs de gobelets,

De ceux qui rendent des poulets.

« J'ay, Monsieu, de fort bon remède, Vous dit l'un (jamais Dieu ne m'ayde!), Pour ce mal là que vous sçavez ?

Croyez-moy, Monsieu, vous pouvez Vous en servir sans tenir chambre.

Voyez, il sent le musc et l'ambre :

C'est du mercure préparé.

Et jamais Ambroise Paré Ne bailla remède semblable. »

— « Cette chanson est agréable.

Dit l'autre, Monsieu, pour un sou! »

— « La hé ! mon manteau, ha, filou!

Au voleur, au tireur de laine! »

— « Hé! mon Dieu, la Samaritaine, Voyez comme elle verse l'eau.

Et cet Horloge, qu'il est beau!

Escoute, escoute comme il sonne :

Dirois-tu jjas qu'on carillonne ?

Regarde un peu ce jacquemard :

Teste-bleu, qu'il fait le monard!

Tien, tien, ma foy, aga, regarde, 11 est fait comme la Guimbarde, Pardy, c'est pour estre estojinez!

Il frappe l'heure avec le nez, »

Voyons ces lireui's à la blanque,

Qui pour ornement de leur banque

Ont quatre ou cinq gros marmousets

Plantez dessus des tourniquets,

ïenans eu main une escritoire,

Faite de bois, d'os ou d'yvoire,

Un peigne de plomb, un miroir

Garny de papier jaune et noir,

Des chausse-pieds, des esguillettes,

Des cousteaux pliants, des lunettes,

Un esluy de peigne, un cadran,

Barbouillez avec du saffran;

De vieilles Heures Nostre-Dame

A l'usage d'homme et de femme.

Moitié françois, moitié latin ;

De -vieilles roses de salin ;

Un fusil' garny d'allumettes.

Deux ou trois vieilles savonnettes

Une tabaquiere de bois,

Une visse à casser des nois.

Un petit marmouset d'albàstre,

Des gans blanchis avec du piastre,

Un meschant chappeau de castor,

Garny d'un cordon de faux or.

Une fluste, un tambour de Basque,

Un vieux manchon, un meschant masque,

« Çà, messieurs, mettez au hazard!

On tire deux fois pour un liard

(Dit ce coquin, dans sa boutique,

Vestu d'un habit à l'antique.

Qui peste contre les passans

De ce qu'il n'a point de marchansj î

Pour un sou, vous aurez six balles !

Dit ce marchand d'estuis de balles ;

A moy, Monsieu! Qui veut tirei",

Avant que de me retirer?

Çà, chalans, hazard à la blanque :

De trois coups personne ne manque! »

[La Ville de Paris en uers burlesqu es éd. de 1859.) 1. Biiqucl.

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