DE NOUVELLE IMPRESSION
Tous les maux, compère supplice, Que l'on voit en ce siècle icy, Proviennent du peu de soucy Qu'on a de régler la police Et les grandes confusions Qui sont dans les conditions.
Vois-tu pas comme ces bourgeoises Disputent pour le pas devant, Dont le cœur tout remply de vent Leur cause à toute heure des noises ?
Il faudroit bien des parleniens Pour leur faire des reglemens.
Badautes, pites, singessos Qui voulez imiter les grands.
Et qui voulez prendre des gants; Comme l'on en demande aux princesses, Le fouet, le fouet, sottes guenons.
Qui voulez déguiser vos noms.
Souper de jour, c'est chose vile,
Et n'est pas de condition;
De vivre sans affection,
C'est pour les niaises de la ville;
Les gens réglez sont parmy vous
Reputez des sots ou des fous.
Si qualitez de damoiselles Par noblesse vous peut venir, Qui sçavez bien vous y tenir.
Sans vous eschapper ainsi d'elle, Et vous croistre il est superflus, Car damoiselle est votre plus.
Baste toutesfois qu'on vous dame,
Puis que cliacune a son pion,
Mais s'il n'est pas bon champion,
Il n'a qu'à chercher autre dame,
Car qui ne vous dame souvent
A votre esgard est peu scavant.
Tous faites les Reines Gilettes
Et vous tranchez Dieu sçait comment
Des grand'dames de parlement,
Vous qui n'êtes que des muguettes,
Pour peu qu'on vous regarde au nez
L'on voit le lieu d'où vous venez.
Songez, bien, nouvelles coquettes,
Au petit morceau de velours
Que vous portiez il y a trois jours
Dessus vos testes girouettes.
Mille gens se sont estonnez.
De le revoir sur vostre nez.
De plus, il A^ous faut le carosse.
Pour quinze ou seize mille escus,
Qu'on apporte aux pauvres cocus.
Que n'est-il quelqu'un qui vous rosse !
Allez à pied, beaux nez friquets.
Vos pères y vont en laquais.
Que de jonsnes non commandez,
L'on voit chez vous de tous costez
Le cocher fair grise mine.
Et tout un chacun vous rechinc.
Les valets de vostre maison
Sont plus secs que n'est un tison.
Si par hazard cecy vous touche.
Discrètes, ce n'est pas pour vous, Ny pour un esprit humble et doux.
Qui se sent morveuse se mouche, C'est pour celle de qui l'ardeur Se consomme après la grandeur.
[Recueil nouveau des Chansons du Savoyard par luy seul chantées dans Paris, Paris, veuve J. Promé, 1665.)
VION DALIBRAY
(XVII" SIÈCLF,)
Charles de Vion, sieur de Dalibray, naquit vers 1600 et mouiitpeu après 1650. « Ce fut, selon Gotijet, un de ces poètes qui loivent presque tout à leur génie. Il étoit Parisien, fils d'un : iiiditeur à la Chambre des Comptes et frère de M™« de Saintot ' I qui Voiture a adressé plusieurs do ses lettres. Bru/en de la ilartinière dit qu'il ressembloit à Diogène par bien des en- I h'oits. »
Il avait, croit-on, porté les armes dans sa première jeunesse, ion sans quoique dégoût, puisqu'il quitta cet état pour la cultire des Muses, l'entretien des dames galantes et la fréquentaion des « goinfres ». Ami de Faret, de Saiut-.Amant et de tous L'S « satyriques » de sou temps, c'était un gros homme fort éjoui, débauché et « bon biberon ». La poésie lui fut moins un ■rétexte de gloire qu'une matière à franche raillerie. Il laissa, n même temps que des pièces de théâtre et des traductions .'auteurs italiens et espagnols, deux recueils de vers : La Muette, D. S. D. (Paris, Toussainct Quinct, 1647, in-12); Les Œuvres oétiques du sieur Dalibray, etc. (Paris, Ant. de Sommaville 3U Jean Guignard], 1653, in-8"). L'uij et l'autre de ces ouvrages émoignent d'une même source d'originalité et de bonne humeur. Is renferment tout à la fois des vers bachiques , satirique% ; moureux, moraux et chrétiens, soit, pour parler plus claire- I lent, des sonnets, des stances, des épigrammes, où l'ironie, le i on sens narquois, ne le cèdent en rien à une sorte d'éloquence oluptueuse...
Nous avons donné récemment une réimpression des meil-
3urs vers de Dalibray; voyez : Poètes d'autrefois. Œuvres pné-
•ques du sieur de Dalibray, publ. sur les éd. originales, avec une
) otice, des notes historiques et critiques et des pièces justificatives
! 'aris, Sansot, 1906, in-18).
Bibliographie. — Ad. van Bever, Un Poète de cabaret au dixzptièmc siècle, notice publiée entête des Œuvres poétiques, etc., 'aris. 190G, in-18.