L'AUBERGE
Pailleur', est-il honteux de manger et de boire?
Il faut que de mon sort je te conte lliistoire;
Je t'aime, tu le scais, et j'aime Luxembourg,
Et je nay sceu trouver dans tout nostre fauxbourg,
Où je pourrois loger pour un temps ma personne
Que dans un Cabaret; que ce mot ne t'estonne,
Il en a bien le nom, mais non pas tout l'effet :
Ce fut de vray jadis un Cabaret parfait,
Le Riche Laboureur^, nul vivant ne l'ignore,
Et du pain et du vin on y fournit encore
Avec le saucisson et cervelas salé,
Poulains par qui le vin dans nous est avalé;
Mais c'est tout, et cela dans une salle basse
Qui frémit d'un bruit sourd que fait la populace :
Or, dessus cette salle est mon appartement
Où j'entre toutefois assez ouvertement
Par une porte à part et par une montée
Qui de pas un Beuveur n'est jamais fréquentée.
Quelquefois dans ma chambre, ou dans mon Cabiii.
Je médite à grands pas ou t'escris un Sonnot,
Quand j'entends tout à coup quelque gueule profan-
Qui crie à plein gosier : A la Nopce de Jeanne,
Cette Nopce de C/iien^, ou quelque autre chanson
Qui renverse mes vers d'une estrange façon.
Il me semble d'abord que c'est dans ma Cuisine
Qu'on mené tant de bruit, et d'une ame mutine.
Je donne un coup de pied pour faire le hola.
A peine suis-je à moy revenu que voilà
Un valet qui me sers de qnoy faire carousse;
"Vin blanc ou vin clairet, liqueur piquante ou douce.
Voudrois-je avecques toy trancher icy du fin?
Un Poëte jamais n'est ennemy du vin,