Ami de Pascal, de Voiliiro et do Daliliray
'.i. Cabaret situé près de la foire Sainl-Gcniiain.
:<. Chanson gaillarde du l'onl-.Neuf. On peul la lire dans le Ilecimt nouveau îles ('hansons ilu Sm'oi/nrd, par lut/ spid chantées dans J'aris(\ Taris, clie/ la veuve Jean rroim''. l'Hii. in-li^
Et je n'habite pas en ce lieu de franchise,
Ainsi qu'un Huguenot près d'une belle Eglise :
Je m'appaise, je ris, je bois cinq ou six coups
De Tin blanc ou clairet, de vin vieux ou vin doux :
Alors il me souvient de ce traîneur d'ospée,
Cet heureux Fanfaron que l'on nomma Pompée,
Qui d'un seul coup de pied de cent mille soudars
Devoit faire frémir la campagne de Mars.
Et je tiens ma fortune à la sienne pareille
De faire au moindre bruit paroistre une bouteille,
Car comme on ne void point de mal sans quoique bien
Et comme d'un garçon l'ordinaire n'est rien,
De la Chambre où je suis, j'ay ce grand avantage
Que quand le mauvais temps nous menace d'orage,
Ou que le trop grand froid m'attache auprès du feu,
Je n'ay pour boire un coup qu'à coigner quelque peu :
Ou s'il faut que parfois j'arrive de la ville
Crotté jusques au [dos] (comme il est très facile),
Pour me reconforter je n'ai qu'à dire un mot,
On apporte après moi pinte, pain et fagot;
Mais quand il fait beau temps, le logis ne m'arroste,
Car boire tousjours seul, ce seroit vivre en beste :
Je quitte donc ma chambre avec intention
D'aller au lieu voisin manger en pension :
Je traverse la rile et suis à la mesme heure
Où force honnestes gens ont choisi leur demeure.
Là si tost que je suis du bon Maistre apperceu.
Pour ma pièce d'argent, je suis le bien receu;
Non qu'il faille payer à chaque fois (^u'on disne,
Cela sentiroit trop son infâme Cuisine;
11 suffit que ce soit quand le mois est passé,
Et du livre de vie on est lors effacé.
J'entre et me mets à table on bonne compagnie
Sans nul bonadiez et sans cérémonie :
Là de maint discours grave et maint joyeux propos
Nous passons doucement une heure entre les pots;
L'un baptise son vin, et l'autre, un peu moins triste,
Jure qu'il auroit peur qu'il fust anabaptiste.
Que le Maistre luy-mesme, au fonds de son caveau,
L'a desja baptisé comme un enfant nouveau;
L'autre, plus amoureux, cajole la servante,
Et lors qu'on boit six coups, de six autres se vante; Un gros frère frappart paroist au mesme instant, Qui demeure à la porte et nostre aumosne attend. On se taist, on se levé, et vers la Cheminée On soiig-e comme on doibt passer l'apres-disnée...
[Les Œuvres poétiques, 1653.
JEAN-JOSEPM VADE
Ce poète médiocre, que nous ne saurions passer sous silence, 2ar il connut au dix-huitiôme siècle une vogue que n'obtinrent laïuais des écrivains d'un tout autre mérite que lésion, n'était pas des provinces « françaises ». Il naquit à Ham, en Picardie, le 18 janvier 1719, vint à Paris dès son jeune Age et s'y fixa jusqu'à la vingtième année. Son père, qui exerçait un commerce lucratif, tenta vainement de le faire instruire et de lui faciliter une honorable carrière; il ne réussit qu'à lui procurer un emploi de « contrôleur du vingtième » à Soissons, puisa Laon. Il quitta cette dernière ville en 1743, passa à Paris, séjourna à Rouen et revint ensuite dans la capitale, pour prendre les fonctions de secrétaire du duc d'Agenois. Ses relations lui valurent de nouveau une place au bureau du « vingtième » de Paris- Joseph Vadé eut une vie peu régulière et une fin tragique. Il mourut à Paris, des suites d'une blessure que lui fit un chirurgien, en l'opérant d'un abcès à la vessie, le 4 juillet 1757. Jean- Joseph Vadé créa le genre « poissard », qui depuis a eu de nombreux imitateurs. Il introduisit en littérature le vocabulaire des Halles, l'assaisonna du sel de sa propre verve et de plaisanteries grossières, et cette nouveauté le mit à la mode. La bonne compagnie prenait, dit-on, un plaisir extrême à retrouver dans ses ouvrages une peinture fidèle des mœurs et du langage de la basse populace. On a reconnu dans ses poissarderies. La Pipe cassée et les Lettres de la Grenouillère entre autres, les tableaux les plus réalistes de son temps. Vendeuses de marée, débardeurs, piliers de cabarets, déhanchés de guinguettes, familiers des bals de barrière, sont esquissés là avec une franchise, une liberté qui n'exclut jamais le sens du pittoresque. Le goût d'un tel genre a pu passer, à tel point qu'on n'éprouve qu'un médiocre plaisir à connaître les productions de cet auteur, Vadé n'en demeure pas moins un des ancêtres de nos poètes-argotiers, et le précurseur direct d'Aristide Bruant.
Les ouvrages de Vadé ont été recueillis en 1758, et maintes fois réimprimés. Voyez : Œuvres de 31. Vadé ou Recueil des Opéras-comiques, parodies et pièces fugitives, nouv. éd., Paris, N.-B.
Duchesne, 1758, 4 vol. in-S»; les mêmes, 1769 et 1775; Œuvres poissardes de J.-J. Vadc et de l'Ecluse, Paris, imprim. Didot. 1 796, in-12 ; Œuvres choisies, Paris, chez les Marchands de Nouveautés, 1834. iu-S»; Œuvres de Vadè, Paris, Garnier fr., 1875. in-lS, etc. Elles consistent en vingt opéras-comiques, vaudevilles, parodies, épîtres, madrigaux, fables, chansons, houquett poissards et amphigouris. On a donné récemment une réimpres sion du fameux poème La Pipe cassée'. C'est la fantaisie la plus mortellement ennuyeuse qui soit jamais sortie dune plume dite littéraire. Voltaire, qui n'a jamais manqué de sourire à toutes les gloires, même les moins fondées, a publié des contes el plusieurs pamphlets facétieux sous les noms supposés de Guillaume et de Jérôme Yadé (Genève, 1764, in-S").
Bibliographie. — Fréron, Année littéraire, 1757, t. IV. — Charles Nisard, Etude sur le langage popul. ou patois de Paris, etc., Paris, Franck, 1872, in-S". — Journal et Mémoires di Collé, etc., éd. de 1S68.