Léon Bocquet, La Flanrlre^ Grande Revue, 1" mai
et heureuse. Et le sol gras, opulent et sain, ondule d'une montée insensible du côté du Ferrain et du Pévèle, tandis qu'à l'autre extrémité, bleuissant l'hémicycle de l'horizon, le sol se mamelonné des monts de Bailleul et de Cassel pour s'enclore à la frontière par les collines basses du Tournaisis. Rivières et canaux sinuent et serpentent dans les trois Flandres, la flamingante, la -wallonne et colle proprement française, à l'entour des villes anciennes dont l'existence raconte une épopée : Landrecies et Maubeuge, Valenciennes et Bouchain, Douai, Bavay et Lille. Bardées de fer et closes de remparts, c'étaient les cités fortes, orgueilleuses et invincibles qui commencent à peine de se désentraver de la gêne, devenue inutile, de leurs fortifications. Ailleurs ce sont des cités déchues, Wervicq, rivale d'Ypres, Halluin, Comines, célèbres toutes deux dans les annales et mortes irrémédiablement; Bailleul la dentellière, Cassel, Hazebrouck, Hondschoote et tant d'autres encore qu'on oublie. » Aussi bien l'histoire de la Flandre française se confond-elle avec celle de tous les pays du Nord; mais elle a pour nous séduire des pages hautement significatives où s'est inscrit le sentiment de son indépendance. Il y a autre chose que de la brutalité dans le génie de sa race. La force prolifique des Bolgs d'Mande se trouve, selon l'expression de Michelet, chez les peuples originaires de Belgique et des Pays-Bas. Chez ceux de Flandre, le sens belliqueux s'atténue à mesure qu'on s'avance vers la Picardie.
Peu guerrier de sa nature, le Flamand, à part quelques instants de révolte et d'héroïsme, répugne volontiers à la guerre qui entrave son goût de négoce et perturbe son désir de paix laborieuse. On a beau citer les fastes de son histoire, rappeler ces noms glorieux et significatifs pour la nation , Cassel, Bon vines, Fontenay, Denain, Wallignies, etc., on ne caractérise point ainsi son rôle dans l'évolution sociale des derniers siècles. Il eut un but plus haut que celui qu'on lui prête. Le sol de sa patrie fut sans doute un champ de bataille, mais la prospérité de ses cités ne dut rien à la conquête. Peuple fort et positif, ayant sans cesse le souci du réel, nul plus que le Flamand ne montra tout à la fois le goût de l'industrie, de l'agriculture et des arts pacifiques. Nul ne comprit mieux les nécessités de la vie, les usages du monde, ne sut mieux agir et conter. « La Champagne et la Flandre, a-t-on dit', sont les seuls pays au moyen Agequi puissent lutter avec l'Italie. La Flandre a son Villani dans Froissart, et dans Comines son Machiavel. Ajoutez-y ses empereurs-historiens de Constanlinople. Les auteurs de fabliaux sont encore des historiens, au moins en ce qui concerne les mœurs publiques. Mœurs peu édifiantes, sensuelles et