VERSAILLES
SONNETS
L'if seul garde encor vert son funéraire cùno Dans ce parc mag-nifique et uiélancliolioux; Un végétal drap d'or s'épand sur ces beaux lieux : C'est la prise d'habit de la Nature, en jaune.
Le dépérissement des plus immortels dieux Eclate en ce décor incandescent d'icône ; L'ablation d'un sein a fait une amazone De cette Nymphe en proie au temps luxurieux.
L'irradiation de leur iconostase
Console de mourir les bustes et les vases,
Théâtres d'eaux, parterres d'eaux, montagnes d'eaux...
Dont la vraie automnale allégorie est colle
■Qu'érige une statue entre ces blonds rideaux,
Toute nue, et jouant d'un grand violoncelle. •
Les feuilles mortes ont posé leur jaune bourre Sur les chemins dont l'herbe affecte des tons bruns. Le bosquet, chaque jour, accroît de quelques-uns ■Ces plis dont l'eau se voile et dont le sol se fourre.
Quelque chose dans la nature s'énamoure : Le parterre s'exalte en de derniers parfums; Et dans le Parc chargé de prestiges défunts La Diane de marbre écoute un laisser-courre.
Elle entend les soupirs d'une bête aux abois : Est-ce la royauté qui chasse au fond des bois, Triomphante parmi les éclats de sa meute ?
Ou bien est-ce elle-même, acculée au défaut, Qui, parmi les abois inhumains de l'émeute, Tressaille aux hallalis du sinistre échafaud ?
La galerie où sont les glaces au cœur mol, C'est le Parc, dont l'eau noire a gardé les visages ; Miroirs de doux portraits et de fières images Que n'avait point prévus le vieux Piganiol.
Pharaon, lansquenet, reversi, cavagnol,
Se jouent en feuille morte au cœur froid des bocages;
Parfois du sang imite une rose aux corsages;
Un collier de rubis coule le long d'un col.
Un nénuphar éclaire un front dune lunule ; ïlt, lorsque le mirage est ressemblant et net, L'air sur ce pastel glisse un souffle qui l'annule.
Mais un charme en subsiste à ce vert cabinet Où la Nymphe en prison que le jet d'eau relaxe. Disperse en ce bosquet l'odeur dun gant de Saxe.
{Les Perles rouges, 18*J<.>.)