GASTON DAVID
M. Gaston David est né à Limoges le 11 juin 1845. Fils de Frédéric David, conseiller à la Cour, et de Guillemine de Malgane, il appartient, par son père, à une lignée de magistrats limousins, et par sa mère, à une ancienne famille de la Creuse. Après avoir fait de brillantes études et terminé son droit à Paris, il épousa, à Fontainebleau, M"» Jeanne Dupont-White» sœur cadette de M^o Sadi Carnot, puis vint se fixer à Limoges, où il exerça la profession d'avocat de 1869 à 1875. Il vécut ensuite à Bordeaux, prit l'initiative d'un mouvement social, fomda et présida le Groupe des Unions de la paix sociale (1885), le Comité de la ligue pour le Repos du dimanche (1891). la Ligue populaire pour la revendication des libertés politiques (1892) et' enfin débuta dans les lettres en publiant trois recueils de vers : Le Poème de la Vie, chants intimes (Paris, Didier, 1876, in-18); Jours d'Etc^ (ibid., 1878, in-18) : Zc5 Ft-rg'e.v, satires contemporaines (Paris, Perrin, 18Si, in-18). On lui doit en outre des études morales et philosophiques et des travaux se rattachant au domaine de la sociologie, L'tdce chrétienne dans l'éducation (Paris, Perrin, 18SG, in-S») ; Etude sur les travaux du moraliste J. Joubert (ibid., 1887, iu-S»); La Philosophie chrétienne et le l'esiimisme contemporain (iljid., 1888. in-8») ; Notice sur les Unions de la Paix sociale (Bordeaux, Bellier, 1889, in-18), etc. Membre de r.\cadémie des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux, lauréat des Jeux Floraux do Toulouse, président do la Société d'économie sociale, etc., M. Gaston David, après un long séjour à Paris, s'est retiré, en 1901, au chAteau des Biards, prèsSaint- Yrieix, en plein pays limousin. C'est là qu'il a fait paraître récemment uu dernier recueil de vers : Bonheur enfui (Paris, Lahure, 1908, in-S»), où il a exprimé, en termes émus, ses regrets et sa résignation, après la perte d'une compagne chère.
BlBLioriRAPUiiî. — A. do Latoiir [G. David]. Revue Brit;uinique, jauvi*;r 1877. — V. Fournel, ibid., ('la/.utte do Fr.ni 18 mars 1876.
1 . C'est de ce recueil qu'est extrait le pot-nie que nous donnons i)hi» loin.
LES CHATAIGNIERS
Grands bois de châtaigniers, bois au profond murmure,
Honneur de mon pays, bois doux et bienfaisants;
Grands bois, présents sacrés de la mère nature,
Qui donnes l'ombre fraîche et les fruits nourrissants,
0 vous les premiers-nés de nos belles collines,
Vous qu'un nœud invincible à leur sein réunit.
Qui toujours plus avant enfoncez vos racines
Pour plonger jusqu'au cœur du vieux sol de granit;
Arbres mystérieux, sous votre voûte sombre
On sent courir encor les souffles d'autrefois;
Vos troncs majestueux qui se dressent dans l'ombre
Nous font ressouvenir des antiques Gaulois.
Car plus d'un parmi vous, colosse séculaire,
Semble contemporain des Celtes nos aïeux;
Et peut-être a-t-il vu, frémissant de colère,
Passer dans nos vallons César victorieux?
Peut-être est-ce iô. ses pieds qu'oublieux des idoles,
Le peuple s'assemblait ardent et généreux.
Quand les saints messagers des divines paroles
Annonçaient de Jésus le règne bienheureux.
O vieux arbres muets, témoins des anciens âges,
Combien avez-vous vu de révolutions,
De choses et de faits, et de fous et de sages.
Entraînés par le flot des générations ?
Combien de souvenirs s'éveillent dans notre âme,
Lorsque nous vous voyons mutilés par les ans,
Par la hache de l'homme et souvent par la flamme
Des feux que les bergers allument dans vos flancs I...
Des orages passés vous eff"acez les traces
Sous le voile abondant des feuillages nouveaux :
Le temps ne peut vous vaincre, et, toujours plus vivaces,
Vous dressez dans l'air pur vos vigoureux rameaux.
Et vous nous survivrez, vieux arbres centenaires !
Et vous reverdirez aux rayons du soleil,
Et vous verrez nos fils, vous qui vîtes nos pères.
Lorsque nous dormirons notre dernier sommeil !
EDOUARD MIGHAUD
M. Edouard Michaud est né à Limoges, le 8 janvier 1876, d'une famille de modestes artisans, originaires du Périgord. II a publié deux recueils de nouvelles, En Limousin, Limoges. Jouannem et Mcge, 1904, in-S"; Margnri. précédé et suivi de nouvelles du terroir, Limoges, Ducourtieux, 1909, gr. in-S", et fait représenter un drame, La Passion (Limoges, Ducourtieux, 1906, in-S»), à la salle Humbert de Romans, et ensuite au théâtre de la Porte Saint-Martin (13 et 14 avril 1906). II a donné, en outre, des articles et des vers à La Revue moderne, à La Revue de l'Est, à L'Art et la Scène, à La Plume, à Limoges Illustré, à Lemouzi, à La Guêpe corrézienne, au Limousin de Paris, etc. Quelques-uns de ses poèmes, qu'il se propose de réunir un jour sous ce titre : Le Chalel d'or, témoignent d'un goût averti pour les choses du terroir et nous révèlent un écrivain épris de pittoresque...
ABBESSAILLE
(limoges)
C'est une pauvre vieille, au soleil accroupie. Devant sa Vienne lente où sonnent les battoirs. Parmi ses huis cloués de primitifs heurtoir» Et «es petits jardins où quelque chatte épie... Au bruit des ans qui vont elle s'est assoupie. Bonne Abbessaille! Coin bien intact d'autrefois, Quartier moyen-ilg-eux promis au pic moderne. Où la Vierge en sa niche a toujours sa lanterne, Si le destin moqueur nous permettait le choix, J'aurais hanté tes cours et parlé ton patois. Car ton âme d'exil convient à l'esprit triste. Quand le ciel gris d'hiver s'étale, un coup de vent
Fait pleurer à tes seuils des cloches de couvent,
Et l'automne aux cils bas, qu'un ang-e en deuil assiste,
T'ofFre un linceul le soir de pourpre et d'améthyste.
Comme un pasteur géant, la cathédrale mit Un haut clocher roman pour veiller tes murs gauches, (Chef-d'œuvre fruste, éclos de ton amas d'ébauches); Son bourdon jeune encor, quand l'angélus frémit, S'attendrit à te voir et chante un chant d'ami.
Chaque maison, au trou de sa basse croisée, Encadre le métier d'un tisserand obscur. On l'aperçoit, cassé, guider d'un geste sûr, Dans le soir éternel dont sa forme est baisée, La navette qui court d'un rayon bref croisée.
De tes greniers la perche sort son maigre bras. C'est là qu'on fait sécher le linge aux brises molles. Pour des processions, roses et banderoles, Autour d'ostensoirs purs qu'exaltent des clercs gras, 11 semble, sont tendus ces nappes et ces draps.
Et l'on souffre à penser que la pioche et la pelle Rompront le charme ancien de ce lieu primitif, Et que nos fils bientôt n'y verront plus, actif. Le métier sec répondre au battoir qui l'appelle, Et les draps transformer une rue en chapelle.
JEAN NESMY
M. Jean Nesmy. — de son vraî nom Henry Surchamp, — inspecteur-adjoint dos eaux et forêts, est né à Marc-Ia-Tour (Gorrèze), le 11 juillet 1876. 11 débuta en 1901, avec des poèmes et des nouvelles insérées dans une petite revue, La Brise (Brive), dont il fut un des fondateurs. Il a donné deux plaquettes de vers, Têtes poudrées, dialogue (Paris, Soc. franc, d'imprimerie ■et de libr., 1903, in-S») : Le Charme des saisons (Troyes, imprim. P. Nouel, 1905, in-S"), des romans de mœurs limousines. L'Ivraie (Paris, Calmann-Lévy, 1905, in-181; Les Egarés (ibid., 1906, in-18). et un recueil de nouvelles, L'Ame limousine, Aupays de la Chabrette (Paris, Librairie nationale, 1907, in-18). On lui doit, en outre, un grand nombre de poésies d'expression locale, publiées <,'à et là dans des revues, et en particulier La Revue Hebdomadaire, La Revue des Pactes, Leniouzi, La Guêpe corrézienne, Limoges Illustre, La Petite Revue Méridionale, etc. Après s'être montré exclusivement poète, M. Jean Nesmy s'est consacré uniquement à la littérature d'imagination. Il excelle à peindre et à animer, soit en prose, soil en vers, avec une pointe d'émotion, les paysages de sa petite patrie.
BlBLiooRAPriiE. — Emile Faguct, L'Ivraie, Rev. Latine, 25 janv. 1906.— B.doNoussauue, Les Egares, Echode Paris, 18 juill. 1906.